Super Tuesday: Le cas de la Virginie

A l’occasion de l’accélération des primaires républicaines, Geoffrey Skelley, du Center for Politics de l’Université de Virginie nous livre ses analyses sur l’importance de la Virginie dans les scrutins.
Le Center for Politics est un institut non-partisan fondé et dirigé par Larry Sabato, auteur de A more Perfect Constitution (Walker & Company, 2007). Il intervient régulièrement sur l’actualité politique dans les média américains. M. Skelley élabore avec M. Sabato les commentaires politiques et les pronostiques de la Crystal Ball.

La primaire de la Virginie a été remportée hier par Mitt Romney.
Il n’y avait en réalité pas de suspens sur le vainqueur, puisque seuls Romney et Ron Paul était présents dans le scrutin. Cette situation s’explique à la fois par le manque de professionnalisme des équipes des autres candidats, mais aussi par les règles électorales extrêmement strictes et lourdes de la Virginie. A première vue, la Virginie ne semble pas digne d’intérêt poussé. Mais ses 49 délégués, dans la « back pocket » de Romney, donnent au Commonwealth une importance technique majeure.

La sociologie politique de la Virginie est très diverse. Le Nord est plutôt modéré, urbain, colonisé par les employés de Washington D.C., mais qui ne peuvent y vivre faute de place et de moyens financiers. Si on se rapproche de la capitale, Richmond, c’est déjà le Sud, et  le conservatisme politique, divers, devient la norme, comme dans l’Ouest.
Dans de nombreuses régions, le candidat Romney ne plait pas, et Ron Paul encore moins. Les républicains sont probablement allés voter pour l’ex-gouverneur du Massachusetts le nez pincé. Si Santorum avait été présent dans la course, il aurait surement attiré un nombre important de votes. Pas de victoire massive de Romney donc (59.5%), puisque Ron Paul réussit ici un de ses meilleurs résultats, avec 40.5% des votes et remportant un congressional district et ses 3 délégués comme récompense. La participation au scrutin s’élève à 6 %, le plus bas pourcentage de l’histoire des primaires républicaines en Virginie.

La Virginie s’est retrouvée récemment dans de nombreux débats au niveau national. C’est surtout son gouverneur, Robert McDonnel, étoile montante du Parti Républicain, qui est observé de près. Le gouverneur est un soutien puissant de Romney et il bénéficie d’une grande popularité qui ne s’arrête pas aux frontières de la Virginie.

Dans le passé, en tant que membre de l’Assemblée générale de la Virginie, il avait co-sponsorisé des législations sévères restreignant le droit à l’avortement. La majorité républicaine de l’Assemblée de Virginie vient de voter la Transvaginal ultrasound Bill. Devant les réactions virulentes et nombreuses au niveau national (on a parlé de « viol d’État »), le gouverneur McDonnel a finalement reculé. La loi, qualifiée de « trop intrusive » par le gouverneur comme par ses opposants, à été amendée. L’examen à l’ultra-son se fera à l’extérieur du corps et les femmes ne pourront être forcées à passer l’examen vaginale. D’un point de vue médicale, la loi n’a aucun intérêt. C’est une loi politique pour contenter un électorat qui refuse le principe même d’avortement.
Le gouverneur vient aussi de supprimer une loi datant de 1993, qui limitait à une fois par mois l’achat d’arme de poing. Dorénavant, on pourra s’en procurer chaque jour de la semaine.

McDonnel aurait fait machine arrière car il ne souhaite pas compromettre ses chances d’être choisi comme candidat pour la Vice Présidence par Mitt Romney. La polémique sur la législation anti-avortement pourrait le mettre en difficulté par rapport aux autres candidats pour le ticket républicain. Son action en faveur d’une plus libre circulation des armes lui procure plutôt un avantage aux yeux de l’électorat républicain, sans trop heurter l’électorat modéré.

Toute la campagne de Mitt Romney est centrée sur l’économie. Il se présente comme un bon manager avec sa longue expérience dans le privé. Si les questions sociales prenaient le dessus, Romney serait alors vraiment en difficulté pour convaincre son électorat de base « dure », comme son électorat modéré. Choisir McDonnel, c’est aussi risquer de replacer les questions sociales au centre des débats, ce que les média ont déjà tendance à faire.

Dans le cas de l’élection présidentielle, la Virginie est un swing state, c’est à dire qu’aucun des candidats ou partis ne peut prétendre certainement l’emporter avant le jour de l’élection. Les majorités politiques changent d’une élection à l’autre, et peuvent faire basculer les tendances nationales.

En 2008, Obama avait remporté la Virginie avec une marge plus grande que l’Ohio. Si le Président gagne de nouveau l’état, il sera réélu selon le Center For Politics. S’il perd la Virginie, il sera en difficulté. Les études d’opinion ne donnent Obama ni gagnant ni perdant dans l’Etat. On note pourtant un fléchissement du soutien au Président. Romney pourrait donc être tenté d’en tirer profit.

En attendant le Super Tuesday

A l’occasion de l’accélération des primaires républicaines, Geoffrey Skelley, du Center for Politics de l’Université de Virginie nous livre ses analyses et prévisions.
Le Center for Politics est un institut non-partisan fondé et dirigé par Larry Sabato, auteur de A more Perfect Constitution (Walker & Company, 2007). Il intervient régulièrement sur l’actualité politique dans les média américains. M. Skelley élabore avec M. Sabato les commentaires politiques et pronostiques de la Crystal Ball.

Mardi 28 février, Mitt Romney a remporté les primaires républicaines de l’Arizona et du Michigan. Les résultats sont très serrés dans le Michigan, État particulièrement important pour Mitt Romney.
Même s’il a effectué sa carrière politique dans le Massachusetts, Romney est né et a grandi dans le Michigan. Son père, George W. Romney, fut le gouverneur de l’Etat de 1963 à 1969. Lors de la primaire républicaine de 2008, Romney avait remporté le Michigan de manière nette face à John McCain (38% / 29%).  Début janvier, les sondages donnaient encore Romney largement vainqueur dans le Michigan, devançant de plus de 10 % ses concurrents. Avec la percée de Santorum, la victoire annoncée s’est révélée moins nette. Pour Romney perdre le Michigan aurait été un point noir fragilisant énormément sa campagne. S’il a évité la catastrophe, les résultats ne sont pas vraiment élogieux pour « l’enfant du pays ».

Pour le Center for Politics, la course à investiture va probablement continuer jusqu’à Juin. Romney devrait être le vainqueur en capitalisant sur son nombre de délégués à la convention républicaine qui entérinera la nomination.
On oublie souvent la capacité déterminante de l’establishment républicain (élus nationaux, gouverneurs, attorneys…) à peser sur le résultat final. Les résultats des straw poll, ces votes pour rire de l’été dernier, peuvent différer grandement des résultats des vraies primaires, si l’establishment républicain s’en mêle.
Hors la majorité de l’establishment supporte Romney. Même si les super-délégués du Parti Républicain n’ont pas autant de pouvoir que leurs homologues du Parti Démocrate, ils pèsent beaucoup dans le processus de sélections, et ils supportent dans l’ensemble Mitt Romney. Pas nécessairement parce qu’il ferait un bon président, mais parce qu’il apparait le mieux placé pour battre Obama.

Alors comment expliquer que les résultats soient si serrés dans le Michigan et qu’il y ait une séparation entre les aspirations de l’establishment et les votants républicains ordinaires?
Romney doit faire face à une campagne difficile car le vote anti-Romney est profond et divers. Il a été d’abord incarné par des candidats non-sérieux comme Michele Bachman, puis s’est porté vers la candidature de Rick Perry, qui représentait une alternative sérieuse à Romney. On l’a vu, ce dernier a complètement raté sa campagne, en enchainant les gaffes et annonces ratées, il a du abandonner rapidement. Rick Santorum a en quelque sorte pris la relève des anti-Romney. La « base » du Parti Républicain ne se retrouve pas dans la candidature de Romney. Il est perçu comme trop modéré sur les questions sociales en tant qu’ancien gouverneur du Massachusetts, Etat très modéré. La couverture santé qu’il a mise en place est un crime pour les plus conservateurs du Parti Républicain, d’autant plus qu’Obama s’en est inspiré pour sa propre réforme de l’assurance santé. Santorum semble plus « proche » de ces votants et joue la ligne dure sur les questions sociales. Il met sans cesse en avant son grand père travaillant dans une mine de charbon, en opposition au père de Mitt Romney, ancien porte-parole-lobbyiste de l’Automobile Manufacturer Association. La richesse personnelle de Santorum, réelle, est incomparable à la fortune de Mitt Romney. Ces facteurs fragilisent la candidature Romney pour la nomination, mais leur impact dans l’élection présidentielle de novembre reste inconnu. Romney n’est pas le conservateur que la base du Parti veut, mais ils devront probablement faire avec. Leur rejet du Président Obama sera unificateur.

Les victoires de Romney dans l’Arizona, le Michigan et l’état de Washington samedi dernier rassurent son équipe de campagne à la veille du Super Tuesday, Mardi 6 mars.
10 états [Georgie (76 délégués), Idaho (32), Massachusetts (41), Dakota du Nord (28), Ohio (66), Oklahoma (43), Tennessee (58), Vermont (17), Virginie (49), et Alaska (27)] votent le même jour. Romney devrait récupérer la majorité des délégués à l’issue du scrutin.

L’Ohio est comme toujours au centre des attentions, car « as Ohio goes, so goes the Nation ». Santorum y devançait encore récemment Romney dans les intentions de vote. Si Santorum l’emporte, la candidature de Romney en sera profondément affectée. Santorum devrait gagner les très conservateurs Tennessee et l’Oklahoma sans surprise. Newt Gingrich compte sur sa terre d’élections, la Géorgie, qui l’a propulsé Speaker of the House de 1995 à 1999. Les caucuses de l’Alaska et du Dakota du Nord sont très difficile à prédire.

Nous reviendrons dans un prochain article sur l’importance de la Virginie, un swing state, et de son gouverneur, Robert McDonnel, fervent supporter de Romney et possible candidat pour la Vice-Présidence.

La cabale obscurantiste des Républicains contre l’école, l’université et les sciences sociales

Au détour d’un meeting de campagne en Floride, Rick Santorum – pur produit de la Ivy League diplômé de l’Université de Pennsylvanie – s’est lancé dans une attaque en règle contre le système universitaire. Celui-ci n’aurait pour but que de laver le cerveau des jeunes américains, « 62% des étudiants croyants entrant à l’Université auront perdu la Foi à la fin de leur cursus » assure-t-il ainsi.

« Nous avons perdu notre enseignement supérieur, c’était le premier à partir il y a bien longtemps. On se demande pourquoi le Président Obama veut envoyer chaque enfant à l’Université ! L’endoctrinement ayant cours dans les universités est l’une des clefs de la gauche pour maintenir son pouvoir en Amérique. Si ces universités enseignaient nos principes chrétiens, ils leurs prendraient jusqu’au dernier dollar ! Mais tant qu’ils enseignent leur idéologie séculariste radicale, ils obtiennent autant de soutien du gouvernement qu’ils veulent. »

Le raisonnement de Santorum en matière d’éducation de la maternelle au doctorat est simple. Les premiers enseignants, pour Santorum, ce sont les parents. Et ceux-ci sont aussi les premiers « clients » (sic) du système éducatif, parce que ce sont eux qui payent pour l’éducation de leurs enfants. L’enseignement doit donc refléter l’idéologie et les croyances desdits clients.

C’est une vision largement partagée parmi les candidats républicains, qui réclament presque tous la suppression du Ministère de l’Éducation, qui n’a d’ailleurs quasi aucun pouvoir sur les programmes éducatifs dévolus aux États. Mais c’est un bouc émissaire à peu de frais pour affirmer aux « communautés » de décider eux-mêmes de l’éducation à donner aux enfants, à commencer par le créationnisme.

Santorum, lui, va plus loin, en s’inscrivant dans la mouvance du home-schooling (éducation à domicile) très en vogue dans la droite chrétienne conservatrice dont Michele Bachmann, sa concurrente lors des primaires, est également une fidèle porte-drapeau.

Bachmann a été membre[1] de Summit Ministries, une organisation promouvant l’éducation confessionnelle. Ce lobby conservateur est dirigé par son fondateur, David A. Noebel, auteur de The Homosexual Revolution: End Time Abomination et de Communism, Hypnotism, and the Beatles. Avant d’être élue au Congrès en 2006, Bachmann fut une ardente militante bataillant contre le système éducatif fédéral, multipliant les discours dans les églises du Minnesota. Ce système selon elle « défend une vision du monde socialiste, internationaliste et la loyauté à tous sauf à l’Amérique » dans le but de transformer les enfants en « ressources humaines pour une économie planifiée ». La thématique du « mind control » par l’État est une constante dans le discours conspirationniste d’extrême-droite depuis les années 1960 aux États-Unis. Par exemple, une des influences intellectuelles majeures citées par Bachmann[2] est l’oeuvre du pseudo-théologien évangéliste Francis Schaeffer, notamment son Christian Manifesto et son documentaire How should we live ? réalisé dans les années 1970. Dans ce film, Schaeffer, entre deux considérations sur le malheur que furent les Lumières, explique que les agents du gouvernement déversent des psychotropes dans le réseau de distribution d’eau potable.

Là où Michele Bachmann diverge de l’opportunisme électoral d’un Rick Santorum c’est qu’elle a passé sa vie à mettre en pratique ses idées. Avant une brève et catastrophique tentative de diriger un lycée privée où chaque enseignement était religieux, elle a étudié à la Coburn Law School dont la mission est de bâtir une nouvelle jurisprudence en traduisant littéralement les préceptes de la Bible dans le droit américain.

Mais pour être en danger, l’Université -revenons vers elle- n’a pas besoin d’attendre l’improbable jour où ces idéologues excités seront au pouvoir.

La liberté de la recherche scientifique remise en cause. 

Il est vrai que retirer le financement du gouvernement fédéral n’aurait qu’une incidence marginale sur les enseignements. Seuls 3% du budget d’une université privée comme Harvard proviennent du gouvernement fédéral et x% d’une université publique comme Berkeley, dont la plupart des financements  publics viennent de l’État de Californie.

Mais en revanche, c’est sur les chercheurs que pèse la menace. En effet, beaucoup d’eux reçoivent des financements venant d’organismes fédéraux, comme par exemple le National Institute on Drug Abuse, qui finance autant des projets  de médecine que de sciences sociales. L’anthropologue Philippe Bourgois explique[3] que sous la Présidence de George W. Bush, l’Institut recommandait aux chercheurs de « supprimer les mots préservatifs, échange de seringue, travailleurs sexuels et homosexuels des titres et de leurs résumés de leurs demandes de bourse de recherche ». Utiliser le mot « réduction des souffrances » garantissait à son auteur de ne pas recevoir le moindre penny du gouvernement. Exit les travaux sur les centres d’injection, les programmes d’échange de seringue ou de traitement par produits de substitutions. Ainsi, dans les années 2000, plusieurs organisations évangéliques participaient à une véritable surveillance des subventions fédérales accordées aux scientifiques ; organisations qui avaient alors les relais politiques suffisants pour censurer les travaux qu’ils jugeaient non-conformes à leurs croyances. C’est par pure «idéologie radicale » pour reprendre une expression à la Santorum que les conservateurs ont eu un impact néfaste sur les politiques publiques de santé.

Il n’y a pas que la science qui cogne à leur étroitesse d’esprit qui agace les conservateurs, il y a aussi celle qui les regarde. Ou quand l’idéologie cède le pas à l’opportunisme le plus pingre. Ainsi, s’il y a une discipline qui agace particulièrement les Républicains, c’est bien la science politique. Pour eux, il n’est de science politique que leurs discours et le récit qui en est fait par les journalistes. « Les théories sur le comportement politiques doivent être réservées à CNN, aux sondeurs, éditorialistes, historiens (ndlr : ?), candidats et enfin aux électeurs » a écrit par exemple le Sénateur Tom Coburn (R-OK) dans un rapport. (Rien à voir avec la Coburn Law School mentionnée plus haut).

Suite à ce rapport, ce dernier a proposé le 7 octobre 2009 un amendement éliminant tout financement fédéral à la science politique[4] émanant de la National Science Foundation (NSF), sorte d’Agence Nationale de la Recherche outre-atlantique.

« Plutôt que d’augmenter les sommes dépensées pour la science politique et autres études sociales ou comportementalistes, la mission de la NSF devrait être redirigée vers des programmes scientifiques concrets avec des usages pratiques en dehors des cénacles académiques et des bénéfices clairs pour l’humanité et le monde » justifiait alors son attaché de presse. John Sides, professeur de science politique à George Washington University notait alors que pour l’année 2008 la science politique avait coûté 5 millions de dollars aux contribuables américains et que le salaire du Sénateur Coburn leur avait coûté 3 millions de dollars. Et il n’a toujours pas éradiqué le cancer !

Pour conclure, j’emprunterai ces mots à Toby Ziegler, le conseiller fictif du Président de The West Wing : « If their religion forbids them from playing the trumpet, so be it. But I want those kids to… look at a globe. Be exposed to social sciences, history, some literature ! »

Rick Santorum dégage la piste pour Mitt Romney

La seconde place de Rick Santorum  n’a d’autre effet que d’installer la suprématie de Romney, gagnant incontesté des caucus de l’Iowa.  Le suspense entretenu par les médias autour de la « poussée Santorum[1] » ne semble en effet pas justifié. Si Mitt Romney ne triomphe que de huit voix sur près de cent mille, M. Santorum n’a virtuellement aucune chance de rassembler assez de délégués autour de son nom lors de la convention d’investiture Républicaine[2]. Le score de l’ancien Sénateur de Pennsylvanie n’est toutefois pas sans effets : il aura dégagé la piste pour M. Romney. Newt Gingrich et  avant tout Rick Perry sont désormais disqualifiés, sinon ridiculisés.

Fort de cette victoire de courte tête, mais victoire quand même, pour reprendre un titre du New York Times, Mitt Romney s’est engagé dans une démonstration de force au cours des dernières heures. Après avoir donné une conférence de presse dans son Boeing 737, il a recueilli le soutien du Sénateur John McCain (R-AZ), candidat malheureux face à Barack Obama en 2008. Pendant ce temps, M. Santorum trimballait péniblement femme, (nombreux) enfants et directeur de campagne dans un petit coucou, arrivant trop tard pour faire les JT. Mercredi soir, l’équipe Santorum se contentait d’annoncer la mise en place d’une structure de coordination entre ses équipes locales, visant en outre à fédérer la nébuleuse de la droite chrétienne soutenant sa candidature, renforcée par la défection de Michele Bachmann.

Censée être une déclaration de guerre d’un champion montant au combat, cette déclaration est plutôt révélatrice des faibles ressources à disposition du candidat Santorum : peu de moyens, petites équipes, faibles soutiens institutionnels. L’absence de fonds est un moindre problème : son score inattendu lui confère une bonne couverture médiatique (« free medias ») et attirera beaucoup de dons. Sa capacité à transformer son organisation sur une période très courte (1 à 2 semaines) est moins crédible. Voilà deux ans que Mitt Romney est engagé dans une stratégie « 50-state ». Machine de guerre à moissonner fonds et soutiens, la campagne Romney n’avait alors été égalée que par le Gouverneur du Texas Rick Perry. En quelques semaines, celui-ci avait amassé un trésor de guerre et des soutiens institutionnels nombreux, fort de sa position de Président de l’Association des Gouverneurs républicains qui l’a doté d’un réseau national. Ensuite, il a commencé à s’exprimer publiquement et sa candidature a fait long feu.

Mitt Romney a commencé hier soir avec John McCain, d’autres soutiens de poids pourraient être dévoilés dans les semaines à venir, venant asseoir sa candidature à la manière d’un Bush en 2000[3].  Cohen, Karol et Noel ont montré dans The party decides[4]l’importance de ces soutiens structurels dans les élections américaines.  Ce n’est pas trop s’engager que de miser sur une très probable candidature de Mitt Romney.  Pour les auteurs, se joue une primaire invisible entre caciques, une course aux endorsements, prenant le pas sur la primaire face aux électeurs. Si les structures partisanes sont rendues faibles par le système des primaires, les partis restent en réalité forts pour ce qui est de choisir les résultats.

L’importance des soutiens n’est d’ailleurs pas étrangère  à ce résultat surprise : la veille du caucus, Santorum a été adoubé par Bob Vander Plaats figure locale du conservatisme religieux. Fortement médiatisé, ce soutien a été communiqué en boucle jusqu’au scrutin via robocalls. Mais moins que ce dernier coup de poker, la cause de sa réussite d’un soir nous semble plus relever de facteurs exogènes : l’électorat républicain le plus radical a cherché une alternative à Mitt Romney pendant des semaines. Des champions d’un soir sont successivement apparus : Bachmann, Perry, Gingrich, Paul et  enfin Santorum.

La différence entre Santorum et tous les autres est que son moment sous les projecteurs est arrivé à quelques jours du caucus. Moins scruté par la presse, plus neuf, plus radical… Cela sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sûr. Mais peut-être que cette victoire à la hussarde le temps d’un caucus fera office de prophétie auto-réalisatrice[5]

NB : Ron Paul, que nous considérons comme un candidat de témoignage, a été volontairement ignoré dans cet article. Nous reviendrons sur son cas dans un article séparé.



[1] Il faut néanmoins toujours se méfier des poussées de Santorum : www.spreadingsantorum.com (NSFW)

[4] COHEN M., KAROL D., NOEL H. The party decides: presidential nominations before and after reform., University of Chicago Press, 2008.  Voir ici.

[5] Jonathan Bernstein propose un scénario intéressant  pour une victoire de Santorum : http://plainblogaboutpolitics.blogspot.com/2012/01/case-for-and-against-santorum.html