Qui sera le colistier républicain en 2012 ?

Les primaires républicaines n’ont pas encore commencé. Elles ont encore moins départagé les candidats. Cependant, on commence déjà à s’interroger sur le deuxième personnage du « ticket » républicain : le colistier, le candidat vice-présidentiel. La vice-présidence était autrefois considérée comme un aller simple pour les oubliettes de l’histoire : à présent, elle tient davantage du marchepied vers la présidence. La personnalité et les vues du vice-président, qui se trouve à un battement de cœur près du Bureau Ovale, intéressent de plus en plus les politologues et les électeurs. Pour vérifier ces deux données, il suffit de voir l’engouement et l’effroi qu’avait suscité Sarah Palin en 2008.

La sélection du candidat vice-présidentiel a plusieurs impératifs. Tout d’abord, le candidat présidentiel a intérêt à avoir des atomes crochus avec son successeur potentiel. Ensuite, son colistier est censé attirer les indécis : il peut provenir d’un Etat pivot (swing state) ou d’une région aux antipodes de celle du candidat présidentiel ; être un ancien compétiteur aux primaires, ou appartenir à une aile différente du parti; et enfin, appartenir à une minorité ethnique ou être d’un autre sexe que le candidat. Enfin, le vice-président étant à la tête du Sénat, l’expérience au Congrès, ou tout du moins des recoins de Washington DC, est toujours la bienvenue. Dans le cas contraire, la jeunesse est bien sûr recherchée pour donner un nouveau souffle au ticket.

Le point commun d’un modéré de la côte Est tel que Mitt Romney et d’un ancien président de la Chambre des Représentants comme Newt Gingrich est qu’ils auront besoin d’un colistier qui ait fait sa carrière en dehors de Washington. Quelle autre fraction que le Tea Party pourrait répondre à cette qualification ? Sa haine de la politique politicienne et des Washington Insiders est proverbiale. S’il ne parvient pas à imposer ses candidats lors des primaires, il pourra se rabattre sur la deuxième position. Michelle Bachmann, actuellement candidate aux primaires, est fréquemment mentionnée pour ce prix de consolation ; une autre femme du Tea Party, la sénatrice du New Hampshire, Kelly Ayotte, a été évoquée récemment par Mitt Romney. Pour attirer les minorités, aux tendances plus conservatrices, on parle de la gouverneure du Nouveau-Mexique, Susana Martinez ; de la très jeune gouverneure de Caroline du Nord, Nikki Haley ; ou du très charismatique et turbulent sénateur de Floride, Marco Rubio. Ces trois derniers, outre leurs origines (respectivement mexicaine, indienne et cubaine) ont pour point commun d’avoir été élus en 2010 : s’ils doivent leur carrière à l’embellie du Tea Party, ils pourraient se voir reprocher leur jeunesse, synonyme d’inexpérience pour certains.

Peut-être le nominé se tournera vers des profils plus traditionnels de colistier, moins sujets à la controverse. Le conservatisme traditionnel compte encore quelques noms importants dans le Midwest, avec le sénateur du Dakota du Sud, John Thune ; le gouverneur de l’Ohio, l’ancien représentant John Kasich ; le très populaire gouverneur du New Jersey, Chris Christie ; l’expert en économie Mitch Daniels, gouverneur de l’Indiana ; et le gouverneur du très important Etat de Virginie, Bob McDonnell. D’autres, plus modérés, pourraient émerger : Jon Huntsman, ancien gouverneur de l’Utah, a laissé entendre lors d’un débat qu’il accepterait d’être le colistier de Bachmann ; l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush (frère de George W. ) a répété qu’il n’écartait aucune option.

Peut-être est-il trop tôt pour parler du futur colistier. Si les candidats aux primaires, lors des débats, ont rappelé à plusieurs reprises que leurs rivaux actuels pourraient bien être leurs alliés de demain, Herman Cain avait dénoncé ces spéculations comme futiles. Qu’on se souvienne de l’effet de bombe de la sélection-surprise de Sarah Palin. Et en effet, si Obama a choisi Joe Biden en 2008, c’est bien parce que son ancien rival avait l’expérience diplomatique et législative qui lui manquait, et qu’on lui reprochait tant. Et s’il fallait écouter les experts, Obama aurait changé de colistier en 2012, ce qu’il a maintes fois répété qu’il ne ferait pas.

Quel qu’il soit, le deuxième homme (ou femme) du ticket républicain en 2012 aura toutes les chances d’être au firmament en 2016, si son parti perd, ou en 2020, en tant que vice-président sortant. Il pourra incarner l’ultime sursaut du Parti républicain traditionnel ou en annoncer les nouvelles tendances. La plupart des aficionados de politique intérieure américaine s’accordent à voir dans Bobby Jindal le colistier idéal pour 2012. Le jeune (quarante ans à peine) gouverneur de Louisiane, né de parents pendjabis convertis au catholicisme, est conservateur, reconnu pour ses efforts contre les tempêtes qu’a subi son Etat, et il a été réélu en 2011 avec une majorité écrasante. Il pourrait bien être le futur visage d’un Parti républicain capable de contrer les démocrates sur leur message destiné aux minorités.

[box]Pour en savoir plus :

-The Modern American Vice Presidency, Joel K. Goldstein (Princeton University Press, 1983)

-http://vicepresidents.com/[/box]

Le droit de vote sous le feu des Républicains

La plupart des référendums d’initiative populaire proposés par les Républicains dans de nombreux États le mardi 8 novembre 2011 ont connu une issue défavorable. Un thème, cher au Tea Party, a toutefois le vent en poupe : celui de la lutte contre de prétendues fraudes électorales.

Tout un arsenal de mesures visant à durcir les conditions d’inscription sur les listes électorales a fleuri en 2011, que ce soit directement par les urnes ou par les Assemblées des États fédérés. En l’espace de quelques mois, non seulement 19 nouvelles lois et deux décrets exécutifs ont été adoptés en ce sens mais 42 lois sont encore en cours d’examen et 68 ont n’ont pas été votées.

Pour les Républicains, il s’agit de faire preuve d’autorité à propos d’une question de bon sens : comment ne pas lutter contre la fraude électorale qui détournerait la voix du peuple ? Face à cet argument effrayant, les électeurs approuvent avec force ces mesures. Il s’agit toutefois d’une mise à l’agenda d’un problème public qui ne se pose pas : très peu de cas de fraude ont été relevés, que ce soit d’absentee ballots frauduleux ou d’usurpation d’identité.

Pourquoi cette agitation législative ? Spencer Overton, professeur de droit à Georgetown a ainsi déclaré à NPR[[1. http://www.npr.org/2011/11/07/142099717/will-new-i-d-laws-turn-away-some-voters]] que «ces mesures allaient détourner des urnes plus de personnes qu’elles ne préviendraient de fraudes».

Mais par quel moyen ? Tout d’abord, de moindres mesures de nuisance technique, à même perturber les citoyens les moins politisés ou informés. Cela consiste en un durcissement des modalités d’inscription sur les listes électorales, comme en supprimant l’inscription le jour même de l’élection ou interdisant les campagnes d’inscription organisées par des organisations militantes. Le vote par procuration ainsi que le early voting sont aussi menacés : neuf États ont réduit le délai de vote par anticipation et quatre ont durci les conditions de vote par procuration.

Les mesures les plus agressives consistent en de nouvelles restrictions concernant les justificatifs d’identité à fournir. Aux États-Unis, il n’existe pas de carte nationale d’identité. La pièce d’identité avec photo la plus commune est le permis de conduire. Ainsi plus de 21 millions de citoyens américains ne possèdent pas de tels documents. 34 États ont déposé des lois requérant la présentation de pièces d’identité avec photo délivrées par l’État de résidence. De même, nombre d’autres ont rendu obligatoire la présentation d’une preuve de citoyenneté comme un certificat de naissance pour l’inscription sur les listes électorales. Enfin, la Floride et l’Iowa ont durci leurs politiques vis à vis des électeurs ayant un casier judiciaire.

La cible semble donc claire : les populations précaires, mobiles, moins politisées ou moins à même de rassembler les justificatifs requis et donc, par lien de corrélation, les minorités raciales les plus défavorisées, ainsi que les jeunes étudiants loin de leur home state.  

Ces tactiques de disenfranchisement des minorités, de leur retirer le droit de vote sont de vieux compagnons de route de l’Histoire électorale américaine, remontant à la Reconstruction. Les États sudistes ont en effet passé toute une série de mesures législatives qui ont de facto exclu les populations afro-américaines de toute participation électorale dans des États comme le Mississippi ou l’Alabama, composés à plus de 40% de Noirs.  Tests d’illettrisme, taxe d’enregistrement sur les listes électorales, strictes conditions de résidences : tout était bon pour exclure les minorités et les électeurs les plus pauvres. À l’époque, les Démocrates du Sud n’étaient pas en reste. Ils ont par exemple mis en place des primaires réservées aux blancs, interdisant ainsi l’accès des minorités à la seule élection vraiment compétitive à une époque où ils régnaient sur l’ancienne Confédération.

On aurait tort de reléguer ces pratiques à l’Amérique ségrégationniste d’avant-guerre : que ce soit en réponse au Civil Rights Act ou en prévision de l’élection présidentielle de 2012.

Déjà en 2000, la Floride avait mis en place une batterie de mesures du même acabit qui avait durement affecté la participation dans le Nord de l’État, le panhandle qui relève du Sud profond et majoritairement peuplé d’afro-américains. Rappelons que c’est à quelques milliers de voix en Floride que s’est jouée l’élection présidentielle…

L’objectif du GOP pour 2012 est analogue et semble déjà redoutable. «Les États qui ont déjà pris des mesures à l’encontre du droit de vote vont fournir 171 grands électeurs en 20012, soit 63% des 270 requis pour gagner la présidentielle» écrit le Brennan Center for Justice at New York University School of Law[[2. http://brennan.3cdn.net/d16bab3d00e5a82413_66m6y5xpw.pdf]] dans une étude très complète.

Celui-ci propose ainsi une estimation de l’impact réel de cette offensive législative républicaine :

  •  3,2 millions d’électeurs seraient affectés par les nouvelles lois sur les photos d’identité
  •  240 000 seraient menacés par les nouvelles preuves de citoyenneté requises
  • 202 000 électeurs pourraient être menacés par les restrictions d’organisation ou les interdictions de mener des campagnes d’enregistrement sur les listes électorales. Rien que dans l’État de Floride, 2,13 millions de personnes s’étaient enregistrées lors de tels événements qui attirent aux urnes des populations qui ne se seraient pas déplacées d’elles-mêmes pour s’inscrire.
  • 60 000 électeurs du Maine inscrits en 2008 à travers des dispositifs d’inscriptions le jour même du scrutin. Ce dispositif est aujourd’hui aboli.
  • 1 à 5 million d’électeurs en 2008 ayant voté par correspondance sont également concernés, les délais et conditions de vote en avance ayant été modifiées.
  • Au moins 100 000 personnes privées de leur droit civique ne pourront les retrouver comme prévu avant 2012 en Floride et dans l’Iowa.

Le total de personnes menacées par ces nouvelles mesures législatives est donc estimé à au moins 5 millions de citoyens ! Les campagnes électorales sont loin de se résumer aux candidats et de nombreuses dynamiques de fond sont à étudier : le disenfranchisement sera définitivement un facteur à étudier lorsque tomberont les résultats de novembre 2012.

Les Républicains à l’assaut de la réforme du système de santé

La nouvelle majorité Républicaine à la Chambre des Représentants tente de faire adopter une loi abrogeant la réforme du système de santé portée par Barack Obama. Cette procédure a une chance infime d’aboutir. La réforme est-elle sauvée pour autant ? Loin s’en faut : une guérilla judiciaire et État par État s’annonce. Continuer la lecture de Les Républicains à l’assaut de la réforme du système de santé

Racisme et identification partisane

La question raciale a envahi le débat sur la réforme du système de santé (pour rappel, l’article très complet de Thomas Cantaloube). Analyser cette mobilisation requiert une bonne définition des variables en jeu : ces Américains s’opposent à la réforme parce qu’ils sont racistes ou la question est-elle plus compliquée ? Le débat anime les blogs d’universitaires américains et ce bref article essayera d’en proposer une revue.

Marc J. Hetherington et Jonathan D. Weiler ont publié un papier dans le Washington Post – en tant que “guest bloggers”- dans lequel ils abondent dans le sens de Jimmy Carter. Ils ont mené une enquête quantitative dans laquelle ils ont posé plusieurs questions sur le système de santé, suivies d’une série de quatre questions sur le sentiment des sondés vis-à-vis des Noirs. Leur conclusion est la suivante :

“It would be silly to assert that all, or even most, opposition to President Obama, including his plans for health care reform, is motivated by the color of his skin. But our research suggests that a key to understanding people’s feelings about partisan politics runs far deeper than the mere pros and cons of actual policy proposals. It is also about a collision of worldviews.”

Pour eux, la question raciale est “dynamiquement” liée aux autres items, affectant la façon dont ils forgent et expriment leurs opinions. Ils en prennent pour preuve le fait que le racisme était absent lors du précédent débat de 1994 sur le Health Care System.

Dans un commentaire du blog “The Monkey Cage”, Hetherington rappelle le fait suivant :

“I think, though, we can get some leverage on the problem just by considering the bivariate case. Why would the correlation between racial resentment and preferences for a more government run health care system be about -.15 in 1996 but about -.40 in 2008? Anyone who works with survey data knows that a .4 correlation is very, very strong.

L’analyse me semble réductrice car elle ne prend pas en compte les variables favorisant une émergence concomitante racisme/opposition.

Ainsi, pour Seth Masket, dans son blog Enik Rising, elle « ignore le fait que les partis se sont divisés en fonction d’un clivage racial au cours des années précédentes.” Il répond au commentaire de Hetherington en rappelant que de 1996 à 2008 les habitants du Sud se déclarant Démocrates sont passés de 33 % à 22 %. (Joshua Tucker a justement publié une note la popularité tout aussi écrasante que disproportionnée du Parti Républicain dans le Sud)

Masket propose surtout plusieurs analyses statistiques (National Election Studies) montrant l’évolution du clivage sur la question raciale entre les partis, et ce sur une relativement courte période (15 ans).

On ne peut pas dire qu’il y a un lien de cause à effet entre l’opposition à la réforme du système de santé et le racisme ; ce dernier est présent, comme le montre Hetherington, mais demeure contingenté entre les lignes partisanes.

L’opposition serait la même si le Président étant blanc, mais la polarisation partisane fait que nous sommes face à deux éléments d’une même culture partisane se trouvant télescopés dans une même mobilisation collective.

Le Parti Républicain a-t-il besoin des Latinos?

Joe the plumber” était la star du cycle électoral de 2008, “José the voter” sera-t-il celle de 2010 et 2012 ? Mettons en perspective l’élection de Barack Obama et la nomination de Sonia Sotomayor. Continuer la lecture de Le Parti Républicain a-t-il besoin des Latinos?