David Samuels : « L’Amérique continue de produire des générations de rêveurs »

« Seul l’amour peut te briser le cœur » de David Samuels est un recueil de « reportages littéraires » couvrant la fin des années 1990 jusqu’à l’élection de Trump. Dans cet entretien publié par Le Nouveau magazine littéraire le 18 octobre 2018, son auteur insiste sur l’importance de la « narrative non-fiction » dans la littérature américaine.

David Samuels excelle dans l’observation minutieuse des marginaux comme des vieilles légendes du rock, des présidents, des rêveurs, des hommes aux jeux de paris ou au labeur. Il scrute cette ligne fuyante entre la promesse américaine de réinvention permanente et l’imposture. Le « reportage littéraire » est son terrain de prédilection. À 51 ans, il a écrit pour les grands magazines américains Harper’s MagazineThe New YorkerThe Atlanticn+1,… Son premier livre, Mentir à perdre haleine (Éditions du Sous-sol, 2015) s’intéressait au caméléon James Hogue, arnaqueur et coureur de fonds. La couverture de Seul l’amour peut te briser le cœur rend hommage au White Album de Joan Didion (1979). Le livre rassemble ses articles sur les essais nucléaires dans le Nevada, les courses de lévriers, Obama, une famille de dynamiteurs, le producteur de rap Prince Paul, un Français roi des paparazzis ou la propagande du Pentagone sous Donald Rumsfeld. Il est aujourd’hui éditeur littéraire du magazine consacré à la culture et l’actualité juive Tablet.

Les magazines ont permis l’émergence de la « narrative non-fiction ». Ce genre littéraire a-t-il un avenir ?

David Samuels : Oui, c’est pour ça que je suis devenu optimiste. C’est le genre américain, celui que nous avons inventé. C’est l’origine de la littérature américaine. Tous les grands auteurs américains ont commencé par ce type de journalisme, que ce soit Herman Melville, Walt Whitman ou Ernest Hemingway. Depuis les débuts, ce genre répond à un ensemble de questions très américaines : qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Que se passe-t-il en Californie ? Qu’est-ce que les gens y font ? Un reporter parcourt le monde et décrit ce qu’il voit. Et ce qu’il voit reflète l’identité de l’auteur et qui nous sommes en tant que lecteurs. Aussi longtemps qu’il y aura des Américains qui chercheront ces réponses qu’ils ne trouvent pas dans la presse, cette écriture restera importante. Ce genre a pris la forme de nouvelles, de romans, de poèmes épiques, d’articles de magazines. Les grandes séries télévisées comme The Wire (Sur écoute) et Les Sopranos sont apparues alors que les magazines s’effondraient. Les séries sont devenues dominantes, beaucoup de leurs créateurs viennent de là, c’est une une manière de continuer un reportage autrement. J’écris aussi une série télévisée sur deux frères, l’un reporter, l’autre missionnaire. Cette série parlera de la crise politique et de cette nouvelle écologie de l’information. Dans les dix prochaines années, nous allons assister à une vague de livres américains qui seront appelés « narrative non-fiction » ou « fiction » ou une autre appellation pour caractériser le nouveau système culturel. À l’avenir, certaines personnes ne considèreront peut-être pas l’Amérique comme exceptionnelle ou fondamentalement différente dans son ADN d’autres nations. Ça sera une perte immense au niveau culturel. J’aime le produit de la sensibilité américaine, la littérature, le jazz, le rock’n roll. Mais je ne pense pas que ce changement arrivera de sitôt.

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https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/idees/david-samuels-amerique-continue-de-produire-des-generations-de-reveurs

La convention Trump

Les conventions marquent la fin du processus des primaires avec l’investiture du candidat. Elles servent à unir le parti, le mettre en ordre de bataille et à lancer le ticket présidentiel dans la campagne officielle. Trump souhaitait certainement se présenter comme un candidat responsable et rassembleur, tout en profitant d’un sacre télévisé. Pour le New York Times, Cleveland représentait « la plus grande occasion de vente de la marque Trump ».

Cette convention se distingue d’abord par la liste des absents. Aucun ancien candidat républicain ou président n’y assistent. Les deux Bush, John McCain et Mitt Romney avaient sûrement d’autres urgences cette semaine plutôt que de se rendre à Cleveland. 18 sénateurs se sont portés pâles, dont Marco Rubio, qui a envoyé une vidéo. Même John Kasich, le gouverneur de l’Etat, sèche.

Quelques jours avant le rendez-vous de Cleveland, Donald Trump avait promis de divulguer incessamment le nom du candidat pour la vice-présidence, puis, après le massacre de Nice, a d’abord reporté l’affaire puis finalement annoncé officiellement son choix, vendredi dernier : Mike Pence, le gouverneur de l’Indiana. La veille, Trump ne s’était toujours pas décidé. Il a finalement tranché, après avoir considéré son valet et gouverneur du New Jersey Chris Christie empêtré dans les affaires judiciaires, le retraité Newt Gingrich, ancien chef républicain de la Chambre pendant le mandat de Bill Clinton, responsable de la radicalisation du GOP et fin architecte du blocage législatif, ou encore John Kasich, le gouverneur de l’Ohio.

Mike Pence est considéré comme une figure de l’establishment républicain. Ancien Représentant, ce gouverneur impopulaire est un champion de l’opposition à l’avortement et des lois anti-LGBTQ. Mike Pence se définit comme « un chrétien, un conservateur et un républicain, dans cet ordre ». Avant d’être un élu, il a animé The Mike Pence Show sur les ondes radios de l’Indiana, au moment où l’extrême droite a fait de ce média le principal canal de communications de ses idées. Admirateur de Ronald Reagan, il s’est inscrit tôt dans le sillage de la droite religieuse. Son bilan législatif fait l’objet de beaucoup d’attention car le candidat Trump n’a aucune expérience politique. Mike Pence a soutenu en vain une loi qui visait à redéfinir le viol en bloquant les financements du gouvernement fédéral pour les avortements en cas de « forcible rape ». Dès 2007, il a lancé l’assaut républicain contre le planning familial. Le gouverneur a réduit l’accès à l’avortement dans son Etat et stoppé le financement du planning familial, une organisation qui pratique aussi le dépistage des IST, ce qui a entraîné une hausse des infections VIH dans l’Indiana. le gouverneur a signé une des lois les plus restrictives en matière d’avortement. La pratique est interdite sur la base d’un handicap futur du fœtus et la loi oblige les femmes à subir un test ultrason au moins 18 heures avant l’intervention médicale.

Pence soutient les lois sur la « liberté religieuse », qui permettent aux sociétés privées de discriminer légalement les personnes LGBTQ. Devant les menaces des grandes entreprises de quitter l’Etat, le gouverneur a fait marche arrière. Pendant les primaires républicaines, Mike Pence a soutenu Ted Cruz, avant de se rallier à Trump quand celui-ci est devenu inévitable. Pence possède des liens anciens et profonds avec le leadership républicain et le monde des affaires. Sa présence auprès de Trump pourrait favoriser la levée d fonds des donateurs historiques de la droite américaine, encore réticents à embrasser le milionaire. Le gouverneur ne devrait pas permettre d’attirer beaucoup d’électeurs indépendants, et pourrait pousser plus de femmes à voter pour Hillary Clinton. Le « fossé du genre » (gender gap) est pourtant l’un des défis principaux du parti républicain : en 2012, Mitt Romney a devancé Obama de 8 points parmi les voix des hommes (54%- 46%), mais a perdu le vote des femmes de 12 points.

Mike Pence est par contre bien placé pour mettre en application le nouveau programme ultra conservateur du parti républicain, qui reflète de plus en plus les idées et projets des chrétiens évangéliques. Ce programme souhaite une instruction renforcée de la Bible dans les écoles, la fin du mariage gay et de l’égalité des droits pour les personnes LGBTQ, ainsi que la nomination de juges « qui reconnaissent le droit inaliénable à la vie et les lois de la nature et la nature de Dieu, comme le faisait le défunt juge de la cour suprême Antonin Scalia. »

Cette semaine, la convention de Cleveland est donc devenue Le Trump show, une émission de télé-réalité ennuyeuse et embarrassante en prime time, pour un public blanc et âgé, avec à la fête des délégations de racistes, d’intégristes chrétiens, de nativistes et d’hommes politiques européens d’extrême droite. L’élément rassembleur semblait être la haine de Hillary Clinton. On a entendu la foule crier « Lock her up! » (« enfermez la! »), la traiter de « bitch » et « cunt«  dans les échanges, sur les pancartes et goodies de l’assemblée. Un spectacle ponctué de drames, d’éléments de combats de catch, avec le défilé chaque soir au pupitre d’un membre de la famille Trump, les seules personnes que le patriarche écoute véritablement. L’épisode pilote a débuté avec une controverse qui a duré toute la semaine. Selon une tradition conservatrice, l’épouse du candidat fait un discours lors de la convention pour parler des femmes, confier des anecdotes et humaniser l’homme formidable, le père aimant et disponible. Melania Trump a plagié dans son discours Michelle Obama, une femme qu’elle admire. Mme Trump était restée discrète jusqu’à présent, n’appréciant visiblement pas les projecteurs médiatiques et journalistes politiques conviés par son mari. Ses profondes réflexions et sa vie en toute simplicité ont été analysées il y a quelques mois par Julia Ioffe dans un bon portrait publié par GQ magazine. L’ex-mannequin d’origine slovène, forcée de faire des pirouettes puis d’être humiliée dans le carnaval de son époux, n’est qu’un exemple supplémentaire de l’amateurisme généralisé de la campagne Trump. L’équipe du candidat a tenté de stopper le scandale, en niant d’abord le plagiat, puis en avançant toute sorte de raisons, pour enfin sacrifier une plume de l’organisation Trump (une tradition bien ancrée dans cette société) qui se serait perdue dans ses notes.

Mercredi soir, Ted Cruz a auditionné pour l’investiture républicaine en 2020. Arrivé deuxième dans les primaires, il a félicité Donald Trump mais ne l’a pas soutenu, il a appelé les délégués « à voter avec [leur] conscience ». Il est sorti de la scène sous les huées des spectateurs. Devant la délégation texane le lendemain, il a expliqué n’avoir toujours pas oublié les attaques de Trump contre le physique de sa femme ou d’avoir suggéré que son père était impliqué dans l’assassinat de JFK. L’ancien héro du Tea Party ne sera pas « un petit toutou servile » de la campagne de Trump. L’intervention négative de Ted Cruz était attendue par l’équipe du candidat. Trump a même fait irruption dans la salle renforcer le moment dramatique pendant ce discours. Les mots de Cruz ont complétement fait oublier le premier discours national de Mike Pence peu après. Au milieu du brouhaha, Trump a aussi donné un interview sur son projet pour l’OTAN, une performance de géopolitique fiction qui prêterait à sourire si elle n’était pas simplement terrifiante.

Ivanka Trump, la principale conseillère du candidat, a fait l’introduction de son père le dernier soir. Donald Trump a repris dans son discours les mêmes accents égrainés ces derniers mois. Il a fait appel à la peur et à la colère des électeurs qu’il mobilise, il a peint une Amérique en situation de crise généralisée (immigration, violences urbaines, terrorisme), s’est dit le seul qualifié pour régler tout ça et a promis des solutions instantanées sans les expliquer. La restauration de la grandeur de l’Amérique, afin de la rendre « plus grande, meilleur, et plus forte qu’elle n’a jamais été », c’est la magie incantatoire de Donald Trump, par le simple fait qu’il existe.

La campagne de Trump est officiellement une copie de la campagne de Richard Nixon en 1968 fondée sur « la loi et l’ordre ». Après la fusillade de Dallas où 5 policiers ont été tués, le candidat républicain a déclaré : « nous devons restaurer la loi et l’ordre. Nous devons restaurer la confiance de notre peuple d’être en sécurité et en sureté dans leurs maisons et dans la rue. » Dans The Atlantic, l’historien Julian Zelizer rappelle en quoi la situation en 1968 est différente tout en soulignant certaines similarités avec l’Amérique d’aujourd’hui.

Lorsque les questions de race et de police était au centre du débat national en 1968, le gouvernement fédéral n’a pas réussi à organiser le changement. L’Etat a compris comment le racisme institutionnel s’incarnait dans les villes et comment celles-ci explosaient de violence, mais l’électorat fut au contraire séduit par les appels de Richard Nixon pour la loi et l’ordre, la répression urbaine, en laissant les enjeux du racismes institutionnels intactes. Plutôt que de s’attaquer à l’inscription du racisme dans les institutions américaines, notamment dans le système de justice criminelle, l’Etat s’est concentré dans la construction d’un système carcéral massif, la militarisation des forces de police, la criminalisation des petits délits et a continué à vivre des épisodes de conflits raciaux qui explosent dans la violence.

Les révoltes urbaines de Détroit, Michigan et Newark l’année précédente suite aux violences policières contre des Afro-américains ont entraîné la création par le président Johnson de la commission Kerner. Une fois Nixon installé à la Maison Blanche, les recommandations de cette commission ont été totalement ignorées.

Le journaliste Norman Mailer se rend à la convention républicaine à Miami cette année-là. Dans ses écrits, il parle de lui à la troisième personne. Son personnage de reporter quitte le rassemblement des délégués un peu trop tôt : « il réalisa qu’il avait manqué la soirée la plus excitante de la convention, du moins sur la scène, et fut seulement capable de se consoler avec une pensée triste, l’assurance qu’il pourrait mieux couvrir la convention devant la télévision que s’il y avait assistée. » Trump n’a probablement jamais lu Mailer, ou un autre livre que The Art of the Deal depuis qu’il a quitté l’université, mais il a réussi la production d’un spectacle télévisuel sur 4 jours, l’œil rivé uniquement sur les chiffres d’audience, le seul indicateur trouvant grâce à ses yeux.

 

Festival de Cannes, une promesse d’Amérique

A chaque édition, le cinéma américain dans sa diversité est présent à Cannes. Des réalisateurs talentueux de films indépendants sont en compétition pour la Palme et des films à gros budgets sont aussi projetés en sélection officielle, parfois excellents (Mad Max : Fury Road en 2015), parfois insignifiants (Da Vinci Code en 2006) afin d’assurer la présence de stars américaines et le glamour de la montée des marches. Pensé à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, le festival ne se tient pour la première fois qu’en 1946. Depuis, les affiches du festival puisent souvent leurs références dans le cinéma américain et on annonce presque tous les ans le retour en force des États-Unis sur la Croisette. Ils sont en fait présents à Cannes dès ses origines.

Né avec le soutien de l’industrie et du gouvernement américain

La manifestation répond à un impératif politique, soutenu par les États-Unis. Il faut concurrencer la Mostra fasciste de Venise en créant un grand festival pour le monde libre. Joseph Goebbels a verrouillé le palmarès de l’édition de 1938, deux films de propagande, dont un signé de la réalisatrice Leni Riefenstahl, ont été récompensés par la « coupe Mussolini ». Jean Zay, ministre de l’éducation nationale et des Beaux-Arts, est l’initiateur du festival au printemps 1939 (les nazis occupent Prague). Il est secondé par le haut fonctionnaire et historien Philippe Erlanger. Le projet est né de l’alliance entre la volonté du gouvernement français et le soutien de l’industrie cinématographique américaine pour s’opposer à l’Allemagne et l’Italie. L’Amérique refuse de participer à la prochaine manifestation vénitienne et lorgne sur le sud de la France. L’enjeu est aussi économique : contrer les restrictions italiennes sur l’importation et l’exploitation des films américains. Un petit déjeuner en l’honneur de Jean Zay est offert le 23 juillet par les représentants du cinéma américain, afin de discuter des aspects techniques du futur festival. Les autorités françaises s’entendent avec l’attaché commercial américain Daniel Reagan, et des membres des majors hollywoodiens. L’ouverture complète du marché français est demandée. Un décret du 10 août 1939 supprime les restrictions sur les films doublés en France, un précédent aujourd’hui oublié des accords Blum-Byrnes de 1946.

Pour la sélection, les États-Unis envoient Le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Stanley et Livingston de Henry King et Otto Brower et Union Pacific de Cecil B. DeMille. Côté vedettes, la Metro-Goldwyn-Mayer affrète un paquebot pour amener Gary Cooper et Norma Shearer. Des fêtes sont organisées chaque soir fin août pour annoncer le banquet inaugural, prévu le 1er septembre. Le jour où la Wehrmacht envahit la Pologne.

Le festival est donc né en 1939 au niveau administratif, mais n’a pas eu lieu. La guerre emporte l’Europe. Jean Zay disparaît mais son idée lui survit. Philippe Erlanger reprend l’ouvrage là où il l’avait laissé. Des fonds secrets sont débloqués en 1946, les organisateurs ont quatre mois pour être prêt pour la séance d’ouverture. Tout n’est pas encore millimétré lors de la première édition. Une bobine de Notorious de Hitchcock est oubliée lors de sa projection dans l’ancien casino de Cannes. Michèle Morgan saisit l’occasion pour faire son retour en France, après sa parenthèse hollywoodienne.

Tout ce qui se passe en dehors des salles obscures cannoises est futile, donc indispensable. À l’extérieur, les célébrités baignent dans le soleil. C’est grâce à ses stars que le festival est devenu un des événements les plus médiatisés au monde. Certains films américains sont sélectionnés, souvent hors compétition, pour assurer une montée des marches prestigieuses. Moins pour la qualité exceptionnelle du film que pour le plaisir des festifs-alliés et de la presse. Les acteurs peuvent profiter de l’événement pour donner un nouveau tournant à leur carrière, casser une image qui les cantonne dans les mêmes types de rôle. Les premières starlettes se déhanchent en 1953. Les photographes n’ont d’objectifs que pour Brigitte Bardot, Kirk Douglas se presse pour lui faire des couettes.

Un scandale éclate en 1955 lors d’un pique-nique aux îles de Lérins. Simone Silva, jeune actrice britannique, est photographiée sans le haut et dans les bras de l’acteur américain Robert Mitchum. L’opinion publique américaine est outrée. Les Etats-Unis menacent de fuir le festival. Le délégué général, Robert Favre Le Bret, est dépêché auprès des autorités pour persuader les Américains de ne pas quitter la compétition. Des producteurs effarouchés empêchent Grace Kelly de se rendre au festival, soudain perçu comme un lieu de « débauche ». Ce qui se passe dans les hôtels fait aussi jaser. Natalie Wood et Warren Beatty s’évaporent, enfermés dans une suite du Carlton. Les commères se gaussent : « Elle est au lit, Wood ». Le festival est aussi l’occasion de célébrer le patrimoine du cinéma. Groucho Marx est fait officier des arts et des lettres. Il demande alors que sa médaille soit remise au mont-de-piété afin qu’il puisse payer la note du mini-bar de son hôtel. Plus tard, Sharon Stone devient la star emblématique du festival avec le thriller érotique Basic Instinct en 1992. Elle revient tous les ans en tant qu’ambassadrice de l’amFar, fondation pour la recherche sur le sida.

Joutes politiques pendant la Guerre froide

Cannes n’est pas qu’une bulle luxueuse. La sélection des films fait souvent écho aux perturbations de l’actualité ou annonce les mouvements de demain. Jean Cocteau, président du jury multirécidiviste, souhaite que la manifestation reste une « rencontre d’amis » dont les intérêts politiques doivent être exclus. Le choix des jurés, parfois issus des milieux littéraires et politiques et nommés par l’État, est régulièrement attaqué. Le festival est un théâtre d’affrontements pendant la Guerre froide.

Pour s’assurer de la présence américaine, les organisateurs leur octroient un traitement particulier. En amont du festival, les bateaux militaires et ceux des studios peuvent venir s’installer dans la baie, ce qui déplaît aux habitants des environs, et aux pays du bloc de l’Est. Déjà en 1949, ils avaient refusé de participer aux festivités, dénonçant le règlement qui prévoit une seule sélection soviétique contre douze places pour le cinéma américain. Un rééquilibrage s’impose. Quand passent les cigognes (Letyat zhuravli) de Mikhaïl Kalatozov obtient l’unique Palme d’or attribuée à l’URSS, en 1958. Les tensions s’amplifient au fil des années, au risque de blocage. Les journaux dénoncent en 1956 une rencontre internationale qui « ressemble de plus en plus à l’ONU ».  La censure par les participants n’est plus possible à partir de 1956. Les organisateurs entendent faire passer l’art avant les cuisines diplomatiques. En réponse à la polémique de l’attribution en 1957 de la Palme à La Loi du Seigneur de William Wyler, Jean Cocteau déclare : « Couronnez un Américain, vous êtes vendu à l’Amérique. Couronnez un Russe, vous êtes communiste ».

C’est en 1955 que le Grand Prix devient une palme en or massif, référence aux armoiries de la ville et aux arbres de la promenade. La première palme est attribuée à un film américain, Marty, du réalisateur Delbert Mann. Les États-Unis demeurent aujourd’hui le pays le plus palmé. La même année, la projection de Carmen Jones d’Otto Preminger déclenche une nouvelle polémique. Carmen, chef d’oeuvre français de Georges Bizet, est adapté en comédie musicale et interprété par des acteurs noirs. Quelques festivaliers français ne digèrent pas ces transgressions. Les héritiers des librettistes de la version originale non plus. Suite à un procès, le film est invisible en France jusqu’en 1981.

Cannes comme tribune de la rébellion

Le vent de contestation de 68 atteint le festival, qui est interrompu. L’année suivante, Cannes embrasse l’émergence du Nouvel Hollywood et de la contre-culture avec Easy Rider de Dennis Hopper. Le producteur Sam Spiegel met son yacht à disposition du jury pendant que Jack Nicholson fait pousser du cannabis dans les bacs de géraniums du Carlton. Le festival cultive son goût de la contestation contre la guerre du Vietnam et pour le cinéma d’auteur engagé avec le couronnement de M.A.S.H. (Robert Altman, 1970). Issu du Nouvel Hollywood, Coppola obtient deux fois la Palme d’Or pour Conversation Secrète (1974), thriller post-Watergate, puis Apocalypse Now (1979). Son camarade Martin Scorsese gagne la récompense suprême en 1976 avec Taxi Driver, remise par Tennessee Williams.

Le cinéma indépendant américain domine au cours de la décennie suivante (Sailor et Lula de David Lynch, Barton Fink des frères Coen). Beaucoup de films sélectionnés sont mis en scène par des réalisateurs étrangers émigrés aux Etats-Unis. La manifestation est aussi un lieu d’expérimentations, pas toujours concluantes. Polyester de John Waters est présenté en 1981 en odorama, les spectateurs sont munis de petites plaques qu’il faut gratter pendant le film pour libérer leurs odeurs.

Au début des années 2000, les grands patrons d’Hollywood sont tentés de snober le festival, s’interrogeant sur l’intérêt économique du déplacement cannois. « Cannes a pourtant toujours défendu le grand cinéma américain » rappelle Fréderic Mitterrand, habitué et biographe de la manifestation. En 2001, Thierry Frémaux devient le nouveau délégué général du festival de Cannes, avec pour mission de tisser de nouveaux liens avec le cinéma américain.

Le festival sert régulièrement de tribune pour les Américains, afin d’envoyer un message à la maison. Le réalisateur David Lynch, président du jury en 2002, déclare : « En Amérique on ne verra pas ces films, c’est triste et c’est une honte, honte sur l’Amérique, honte a ceux qui veulent contrôler ce cinéma ». Autre édition très politique en 2004, le documentaire de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, reçoit la Palme d’or. Elle est directement adressée contre l’administration Bush par le jury présidé par Quentin Tarantino. Steven Spielberg fait l’apologie du modèle français lors de l’édition 2013 : « L’exception culturelle est le meilleur moyen de préserver la diversité du cinéma ».

Sous le Palais, une place de marché

Au mois de mai, le front de mer de Cannes et les moindres recoins de la Croisette se couvrent d’affiches géantes de films à venir. La domination américaine, pays du billboard, est visuellement écrasante. Dans les coulisses, le festival abrite le premier marché du film au monde. La majorité des films sont des productions indépendantes en langue anglaise. « Quand un studio aborde un nouveau film, nous avons toujours en tête l’organisation de sa sortie et la place du festival de Cannes dans ce dispositif », explique Grégoire Gensollen, senior vice-président de  FilmNation Entertainment. « Une sélection officielle de Cannes donne d’entrée un cachet au film » précise-t-il. Les producteurs se rendent au marché pour trouver des distributeurs pour leur film. Signer avec un distributeur américain pousse d’autres distributeurs internationaux à s’engager sur un long-métrage. Les droits des films y sont pré-achetés avant leur sortie programmée deux ou trois ans plus tard.

Que ce soit dans les films portant la bannière américaine ou dans les hommages rendus par des réalisateurs du monde entier, le cinéma américain est constamment présent au festival. C’est un réservoir à célébrités, un repère indépassable pour la création et pour la cinéphile. Comme l’écrit Jean-Pierre Oudart dans Les Cahiers du cinéma : « Il est bon de cultiver la part d’Amérique que beaucoup de films ont accumulée en nous-mêmes, et de s’en servir pour gagner de nouvelles idées sur le cinéma, sur les médias ». Pour le premier des festivals, qui souhaite rester à l’avant-garde, le sevrage est impossible.

Article précédemment publié en juin 2014 par le magazine France-Amérique


Pour aller plus loin

Loubes Olivier, Cannes 1939, le festival qui n’a pas eu lieu, Armand Colin, avril 2016

Paillard Jérôme, « Le Marché du Film du festival de Cannes, événement majeur de l’industrie cinématographique. », Géoéconomie 3/2011 (n° 58) , p. 77-87
www.cairn.info/revue-geoeconomie-2011-3-page-77.htm

Domenach Elise, « Cannes 2007, le goût de l’Amérique », Esprit, juillet 2007. https://www.cairn.info/revue-esprit-2007-7-page-178.htm

Mitterrand Frédéric, « Analyse géopolitique du cinéma comme outil de soft power des États. », Géoéconomie 3/2011 (n° 58) , p. 9-15
www.cairn.info/revue-geoeconomie-2011-3-page-9.htm

House of Cards, genèse d’une série sur la politique

La revue politique Charles no15 (Politique & télévision, octobre 2015) publie un article sur la série populaire House of Cards, qui se déroule dans le milieu politique de Washington D.C.

Produite par le site de streaming Netflix, lancée sans pilote, juste à partir des métadonnées des abonnés du site, la série House of Cards, diffusée en France sur Canal +, révolutionne plus la télévision que la représentation de la politique. Néanmoins, avec son personnage de politicien sans scrupule incarné par Kevin Spacey, elle rompt avec ses prédécesseurs, notamment The West Wing, en validant dans la scélératesse la désillusion démocratique des années Obama.

Le premier épisode de House of Cards commence par un crissement de pneus et le choc d’un accident de voiture. Après l’impact, on devine l’agonie d’un chien. S’ouvrent alors les portes boisées d’une maison de Washington D.C. Un homme (Kevin Spacey) apparaît, chemise blanche immaculée, il se précipite vers l’animal en détresse. Le plan est en légère contreplongée, l’oeil de la caméra juste au-dessus du chien, qui reste hors cadre. L’homme relève la tête, se met à parler tout seul. Il fixe directement la caméra et nous lance : « Je n’ai pas de patience pour les choses inutiles. Un moment comme celui-là exige quelqu’un qui agit, capable de faire des choses désagréables et nécessaires. » L’homme étrangle le chien. « Voilà, plus de souffrance. »

« Vous ne pouvez pas faire ça, vous allez perdre la moitié de l’audience en trente secondes ! » avaient été mis en garde les créateurs de la série. En quelques plans, House of Cards dévoile ses intentions. La noirceur est assumée, tout en brisant une ancienne convention de Hollywood : on ne tue pas les animaux de compagnie. Mais les scénaristes de la série sont du côté du prédateur et disposent d’une grande liberté créative. Ils écrivent pour Netflix, ancienne société de location de films, devenue plateforme payante de diffusion audiovisuelle en ligne (streaming), souvent présentée comme le « futur de la télévision ».

Depuis ses débuts en 2013, House of Cards (disponible en France sur Canal +) est un succès critique et public. La saison 1 a remporté trois Emmy Awards, une première pour une série non diffusée à la télévision. Par sa popularité, elle se distingue des nombreuses séries qui se déroulent à Washington D.C., dans ou en marge du milieu politique, telles que Veep, Scandal, Alpha House, Madam Secretary ou State of Affairs. House of Cards est aujourd’hui la deuxième série la plus regardée sur Netflix aux États-Unis.

À l’origine du phénomène, il y a un livre. Michael Dobbs, ancien directeur de cabinet du parti conservateur britannique et assistant spécial du Premier ministre Margaret Thatcher, démissionne après les élections de 1987. « Le tueur au visage poupin de Westminster », c’était son surnom. En vacances à Malte, « sur le point de devenir une petite note de bas de page dans l’histoire », ruminant son éviction, il décide d’écrire le roman d’une vengeance visant à se débarrasser d’un Premier ministre, « rien de plus qu’une petite thérapie privée ». Il inscrit deux lettres sur une page blanche, « F. U. », insulte anglaise en abrégé, qui deviennent les initiales de son politicien de fiction, Francis Urquhart. Le livre, publié en 1989, est un succès d’édition. Dobbs écrit deux suites, To Play the King (1992) et The Final Cut (1994). La trilogie est adaptée par Andrew Davies pour la BBC en trois parties de 1990 à 1995, avec Ian Richardson dans le rôle-titre. « Rien n’est éternel » sont les premiers mots d’Urquhart à la télévision à l’automne 1990. La même semaine, Margaret Thatcher est forcée à démissionner. Depuis, Michael Dobbs fut fait Lord par le Premier ministre David Cameron en 2010, signant son retour en politique.

En 2011, la société Media Rights Capital et le cinéaste David Fincher signent un contrat avec Netflix pour l’adaptation américaine de House of Cards. Avec 4,5 millions de dollars par épisode, le studio s’engage à produire deux saisons de 13 chapitres, autant qu’une suite de cartes à jouer. La série regroupe une équipe prestigieuse, dont un couple de stars hollywoodiennes au coeur de l’histoire, Kevin Spacey et Robin Wright. David Fincher réalise les deux premiers épisodes et établit les codes visuels de ce thriller auxquels tous les réalisateurs de passage (Joel Schumacher, Jodie Foster, James Foley) doivent se tenir. Aucun plan ne doit être tourné caméra à l’épaule. La photographie de la plupart des scènes d’intérieur se teinte d’un bleu glacial et d’un jaune inquiétant. Pas de voix off ni de flashbacks. David Fincher, formé par la réalisation de publicités et de clips musicaux, est aussi un génie du marketing : les affiches et extraits de la série jouent avec l’iconographie politique de la mémoire collective américaine. Le lancement de la série est un succès éclatant. La version américaine nous plonge dans les intrigues de Francis Joseph « Frank » Underwood, représentant démocrate du cinquième district de la Caroline du Sud, whip (« fouet » en anglais) de la majorité à la Chambre des représentants : l’élu qui s’assure de la cohésion et de l’obéissance d’un groupe parlementaire, numéro deux du parti après le chef de la majorité. Le président Garret Walker, nouvellement élu, lui a promis le portefeuille de secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères), avant de renoncer à le nommer. La revanche du congressman peut alors débuter.

« Underwood », comme Oscar W. Underwood (1862-1929), élu de l’Alabama, premier whip démocrate, chef du parti à la Chambre puis au Sénat. Ou comme la célèbre marque américaine de machine à écrire, fondée en 1897. Les scénaristes ont longtemps été considérés comme des inconvénients nécessaires à l’industrie hollywoodienne, avant de prendre le pouvoir à la télévision. Le célèbre producteur Jack Warner les qualifiait de « schmucks (ploucs) with Underwoods ». L’entreprise Underwood a aussi produit en masse la carabine M1 pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cette machine à écrire est physiquement présente dans la série et joue un rôle majeur dans le destin du président des États-Unis. Frank l’a reçue de son père, un planteur de pêches, avec cette injonction : « Cette Underwood a construit un empire. Va maintenant construire le tien. »

Pour le scénario, David Fincher embauche Beau Willimon, un dramaturge de 35 ans – cheveux ébouriffés, barbe éparse sur un visage rouge, cernes profonds —…

Lire la suite sur le site de la revue Charles : http://revuecharles.fr/tout-sur-house-of-cards/

Les liens du lundi #5

Dans cette sélection de Columbus Day, on s’intéresse à la fracture républicaine au Congrès suite au départ prochain du président de la chambre, John Boehner. Il est aussi question du profil type des soutiens financiers des candidats aux primaires, du double discours de Richard Nixon et de la Million Man March à Washington D.C. le weekend dernier.

Crise à la Chambre des représentants

Suite à l’annonce surprise de la démission du speaker (président de la Chambre des représentants) John Boehner, le parti républicain continue de se déchirer. Le dauphin désigné, Kevin McCarthy, actuel chef de la majorité républicaine, devait être élu président de la Chambre. Il a jeté l’éponge jeudi dernier, appelant de ses voeux des « visages nouveaux ». L’annonce de McCarthy a choqué tous les cercles de Washington D.C. Tous les regards se tournent maintenant vers Paul Ryan, ancien candidat à la vice-présidence sur le ticket de Mitt Romney. Il a de nouveau déclaré ne pas être intéressé par ce qui considéré comme « le pire job de Washington ».  Dans la New York Review of Books, Elizabeth Drew revient sur les facteurs qui ont pu pousser McCarthy à ne pas se présenter et sur l’influence grandissante du Freedom Caucus, qui a supplanté le Tea Party, apparemment capable de mettre son veto sur les candidats au leadership républicain. « Congress : Reign of the Implacables » : http://www.nybooks.com/blogs/nyrblog/2015/oct/09/congress-reign-implacables/?utm_medium=email&utm_campaign=NYR+Humboldt+Verdi+House+Republicans+Russia+and+Syria&utm_content=NYR+Humboldt+Verdi+House+Republicans+Russia+and+Syria+CID_f7b3331c238840318a1320be42f28e85&utm_source=Newsletter&utm_term=Congress%20Reign%20of%20the%20Implacables

Les 158 familles primo-donatrices

Le premier cycle de dons pour les primaires présidentielles a mobilisé majoritairement 158 familles américaines. Elles ont financé à elles-seules la moitié des 176 millions de dollars levés par les différents candidats, comme le montre une enquête du New York Times publiée ce week-end. Les donateurs sont principalement des hommes riches, de droite, blancs, et âgés : http://www.nytimes.com/interactive/2015/10/11/us/politics/2016-presidential-election-super-pac-donors.html?ref=politics&_r=0

Tricky Dick

A l’occasion de la sortie du nouveau livre de Bob Woodward, le célèbre journaliste à l’origine, avec son collègue Carl Bernstein, des révélations du Watergate, le Washington Post publie un article à partir d’archives de l’administration Nixon. Le président était tout à fait conscient de inefficacité de la campagne de bombardements de l’Asie du Sud-Est pendant la guerre du Vietnam, qui a engendré « zéro » résultat, selon une note confidentielle envoyée à Henry Kissinger. Pendant la campagne de 1972, il affirmait pourtant publiquement le contraire, se montrant très satisfait de ces bombardements. Le dernier livre de Woodward, The Last President’s Men, a été écrit à partir des archives conservées personnellement par Alexander P. Butterfield, ancien directeur de cabinet adjoint pendant l’administration Nixon. Le livre offre un portrait complexe de l’ancien président : une énigme pour ses proches collaborateurs, un grand paranoïaque qui conservait une liste de ses ennemis, une liste de ses opposants et une « freeze list », les personnes « à geler » car non dignes de confiance : https://www.washingtonpost.com/news/post-politics/wp/2015/10/11/secret-archive-offers-fresh-insight-into-nixon-presidency/

Washington D.C. marche à nouveau

Pour le vingtième anniversaire de la Million Man March, des centaines de milliers de personnes ont défilé sur le National Mall de Washington le 10 octobre. La première marche avait réuni 800 000  personnes, celle de samedi a mobilisé un peu moins de monde. Les marcheurs ont demandé une justice impartiale après la mort de plusieurs personnes noires tuées par la police ces derniers mois : https://www.washingtonpost.com/politics/20-years-after-the-million-man-march-a-fresh-call-for-justice-on-the-mall/2015/10/10/b3d8ffca-6f66-11e5-b31c-d80d62b53e28_story.html (via The Washington Post)

Vidéo de la semaine

Les troubles psychiatriques reviennent comme une rengaine après chaque fusillade de masse en Amérique, un moyen pratique pour les politiciens et les médias de ne pas aborder la question du contrôle des armes. Dans son programme satyrique Last Week Tonight, John Oliver explique l’absence de prise en charge des maladies mentales aux Etats-Unis et, au-delà des caricatures, regrette l’impossibilité d’un débat sur cet enjeu de santé publique.

Les liens du lundi #4

Dans cette nouvelle édition, il est question de gros sous, d’incompétence comme avantage politique et de crevettes.

Bernie $anders

Le sénateur du Vermont, qui se bat contre le pouvoir des Super PACS, a levé 26 millions de dollars ces trois derniers mois, auprès de petits donateurs. Hillary Clinton, qui enchaînent les soirées de levées de fonds, joue dans la même catégorie, avec 28 millions de dollars encaissés pour sa campagne sur la même période. Les dons pour le candidat socialiste sont principalement faits en ligne et s’élèvent en moyenne à $ 30.  Selon une enquête récente de Bloomberg, 78 % des sondés se prononcent contre l’arrêt Citizens United de la Cour suprême, qui avait fait sauter les limites de financements électoraux de donateurs anonymes : http://www.nytimes.com/2015/10/04/opinion/sunday/senator-bernie-sanderss-impressively-modest-donors.html?smid=fb-nytimes&smtyp=cur (The New York Times)

Aucune expérience politique ? Devenez favori des républicains

Peter Wehner, ancien des administrations Reagan, Bush 1 et Bush Jr., se lamente dans une tribune du New York Times de l’état de la campagne des primaires à droite, avec trois favoris dans les sondages (Trump, Fiorina et Carson) sans aucune expérience politique à leur actif. La base électorale républicaine se sent trahie et abandonnée par le leadership républicain à Washington et préfère choisir un bleu populiste pour qu’il devienne leur champion : http://www.nytimes.com/2015/10/04/opinion/sunday/peter-wehner-seeking-president-no-experience-necessary.html?rref=collection%2Fcolumn%2Fpeter-wehner&action=click&contentCollection=opinion&region=stream&module=stream_unit&version=latest&contentPlacement=1&pgtype=collection&_r=1&smid=fb-nytupshot&smtyp=cur

Avant Trump, il y a eu Ross Perot et Wendell Wilkie : http://www.bullypulpit.fr/donald-trump-produit-de-saison/

La marque Trump

Mark Leibovich, correspondent pour le New York Times magazine, a collé à la casquette de Trump ces dernières semaines. Dans un long portrait, le journaliste revient sur les défis que posent le Donald pour sa profession, s’interroge sur l’impact de cette candidature pour le système démocratique américain. Grâce à un cocktail de crevettes, on apprend aussi que Trump a un côté Howard Hughes : il est obsédé par les germes. « Donald Trump Is Not Going Anywhere » : http://www.nytimes.com/2015/10/04/magazine/donald-trump-is-not-going-anywhere.html

Vidéo de la semaine

On se souvient du duo Tina Fey / Sarah Palin, la première imitant à merveille la seconde. Pour le début de sa nouvelle saison, le Saturday Night Live recevait une ancienne sénatrice de New York, face à la comédienne Kate McKinnon  :