Le discours sur l’état de l’Union, un programme économique en demi-teinte

            En cette période de difficultés, il fallait s’attendre à ce que l’économie occupe une place centrale dans le discours sur l’état de l’Union du Président Obama, le 24 Janvier dernier. Et de fait, que ce soit en ce qui concerne le soutien à l’investissement, l’innovation, la réglementation ou les taux d’imposition, l’économie a clairement occupé le devant de la scène. En cette année d’élection présidentielle, le candidat en a profité pour tracer les grandes lignes de son programme. Celui-ci est construit sur l’équilibre entre une volonté de renforcer le rôle de l’Etat dans l’économie, tout en évitant qu’il ne pèse trop lourd sur le secteur privé. Il s’agit, après des décennies de condamnation presque unanime de l’action publique comme néfaste au bon fonctionnement des marchés, d’une prise de position courageuse et intelligente. Cependant, par bien des aspects, le changement proposé est équivoque, et il importe de se demander dans quelle mesure les orientations exprimées dans ce discours peuvent permettre d’élaborer un programme véritablement cohérent. C’est particulièrement important car, comme le disait le prix Nobel d’économie Douglass North, le choix le plus important en termes de politique économique est finalement celui entre la cohérence et l’incohérence, car cette dernière ne permet pas aux acteurs de réaliser des prévisions satisfaisantes[1]. Cette cohérence sera particulièrement nécessaire dans trois domaines : la question fiscale, le soutien aux investissements, et le cadre réglementaire.

Quelle Justice fiscale ?

 

            Le mouvement Occupy Wall Street traduit en partie un sentiment de ras-le-bol d’une part non négligeable de la population américaine vis-à-vis des inégalités sociales et économiques, ainsi que de l’injustice des mesures menées contre les effets de la crise. Les Démocrates, en réponse à ce sentiment, ont déjà lancé en 2011 la « Buffet Rule », un plan visant à augmenter le taux d’imposition  aux 2% les plus riches des contribuables américains. Cette règle porte le nom du milliardaire Warren Buffet, qui est favorable à une augmentation de ses impôts. Dans le discours sur l’Etat de l’Union de 2012, Obama fait ainsi remarquer que ce même Warren Buffet est imposé à un taux moindre que sa secrétaire, alors qu’il gagne infiniment plus d’argent. Constatant que d’autres milliardaires sont dans le même cas, et doivent verser au fisc une part moins importante de leur revenu que la majorité des américains, il appelle à plus de justice dans la répartition du poids de taxes. Il estime ainsi que toute personne gagnant plus de un million de dollars par an ne devrait avoir droit à aucune baisse d’impôt ni à aucune déduction.

            Cette règle est un immense pas en avant, tout au moins d’un point de vue symbolique, puisqu’on sort enfin du discours stupide selon lequel baisser les taux d’imposition des ultra-riches leur permettrait de plus investir et donc de soutenir l’économie. Toutefois, la limite inférieure est trop haute. Obama dit dans son discours que « si vous gagnez moins de 250 000 dollars par an, comme 98% des familles américaines, vos impôts ne devraient pas augmenter »[2]. Estimer que les personnes qui gagnent 249 999 dollars par an ne doivent pas voir leur taux d’imposition augmenter représente une définition très large de la classe moyenne, ou très restrictive de la classe supérieure. Sans même en arriver à réfléchir en termes de classes, fixer un seuil en dessous duquel les impôts ne doivent pas augmenter, seuil qui est par ailleurs très élevé, s’oppose à l’idée même d’impôt progressif. La logique voudrait que le taux d’imposition progresse avec la capacité des contribuables à payer. Sans aller jusqu’à taxer Obama d’opportunisme politique, le fait qu’il se refuse à taxer une classe moyenne largement fantasmée et définie trop largement est symptomatique d’une manière de penser sans fondement économique ou même social. La fameuse « classe moyenne », victime innocente d’une crise causée par seulement 2% de la population, ne devrait en aucun cas voir ses taux d’imposition progresser. Le fait que personne ne puisse définir avec précision cette classe majoritaire et martyre ne gène pas les politiques, et permet même d’en fixer des limites très larges. Au risque de limiter largement l’impact de la réforme fiscale en cours, qui se veut juste sans être progressive.

Du soutien aux investissement au libre-échange à sens unique

            Dès la neuvième minute de son discours, Obama parle de la reprise extraordinaire de l’industrie automobile aux Etats-Unis, avec l’aide de l’Etat. Cet exemple lui permet d’illustrer la compétitivité des travailleurs américains, et d’estimer qu’il y est possible de ramener au pays les emplois industriels. Il donne même l’exemple du PDG de Master Lock, une entreprise de fabrication d’équipements de sécurité (cadenas, serrure à combinaison, etc), qui lui aurait dit quelques semaines plus tôt, car le hasard fait bien les choses, qu’il était désormais cohérent pour lui de relocaliser des emplois industriels aux Etats-Unis, le Président ajoutant que les investissements en Chine coutaient de plus en plus cher. C’est probablement vrai, mais le coût du travail n’en reste pas moins largement moins élevé dans l’Empire du Milieu, et il faut donc ajouter d’autres incitations pour que les entreprises reviennent au pays de l’Oncle Sam. Obama s’engage ainsi à soutenir les investissements réalisés sur le sol national par des mesures de soutien fiscal.

            Le Président estime ainsi que les entreprises qui délocalisent ne devraient pas recevoir de baisses d’impôts, au contraire des entreprises qui choisissent de créer des emplois aux Etats-Unis. Il ajoute qu’ « à partir de maintenant, chaque multinationale devrait payer un impôt de base minimum. Et chaque penny devrait servir à diminuer les impôts des entreprises qui décident de rester et d’employer ici en Amérique »[3]. Cela implique, de fait, une remise en cause des baisses d’impôts pour les entreprise qui avaient caractérisé l’ère Bush. Cette proposition de mesure pose toutefois deux problèmes majeurs. Le premier est celui du financement : pour compenser les baisses réalisées au profit des entreprises qui créent des emplois, il faut que les hausses pesant sur les multinationales soient lourdes. Si les entreprises de taille internationale peuvent pour la plupart supporter une augmentation de leur taux d’imposition, la très forte pression venue du secteur financier pour des profits plus élevés, peut entraîner de leur part une volonté de réduire les coûts. Il est donc possible que, en pesant sur les multinationales, dont celles du secteur automobile tant vantées par le Président, cette réforme de la fiscalité des entreprises ne coûte de nouveaux emplois.

            Le second problème est celui de l’adéquation de cette mesure par rapport aux règles du commerce international. Ainsi, elle ne fait ni plus ni moins que sanctionner les entreprises qui investissent à l’étranger, si cet investissement correspond à une destruction d’activité sur le sol américain. Une telle politique ne pourrait que renforcer l’injustice dénoncée depuis des années par les pays en développement. En effet, selon ces derniers, les subventions accordées aux entreprises des pays développés par les Etats de ces pays constituent un moyen de fausser la concurrence au détriment des entreprises des pays pauvres qui ne bénéficient pas de tels financements, ou en tout cas pas de cette ampleur[4]. Or, Obama, dans son discours, met en avant son engagement pour le libre-échange, en particulier par la signature prochaine d’accords de libre échange entre les Etats-Unis et le Panama, la Corée du Sud et la Colombie. Il ajoute d’ailleurs que l’objectif qu’il avait fixé il y a deux ans de doubler les exportations en cinq ans va probablement être réalisé plus tôt que prévu.

            Clairement, le libre-échange est ici un instrument d’une politique économique basée en grande partie sur le développement des exportations et sur la concurrence internationale, plus que sur une relance de la consommation intérieure. L’Etat fédéral soutient les entreprises dans ce sens, et le Président rappelle que son administration a porté plainte contre la Chine à un rythme deux fois plus élevé que la précédente, ce qui a, selon lui, « fait une différence ». Toutefois, l’augmentation des exportations américaines s’explique en partie par la demande intérieure de plus en plus forte des pays émergents. Or, ces derniers sont très dépendants des marchés des pays développés, qui sont aujourd’hui très fragiles. Un effondrement de l’économie européenne pourrait détruire toute cette belle dynamique, en plongeant les pays émergents dans la crise, et en diminuant donc leur demande de produits américains. Enfin, il est important de remarquer que, si cette politique a aussi pour but de résorber le déficit extérieur du pays, elle s’inscrit dans une logique de jeu à somme nulle, où ce que l’un gagne, l’autre le perd. Il faut donc bien que les Etats-Unis prennent garde à ne pas créer de nouveaux déséquilibres, par exemple en prenant de trop importantes parts de marché à des économies européennes déjà au bord du gouffre.

Un renforcement de la régulation ?

            La crise de 2007-2008 a montré avec éclat l’absolue nécessité de renforcer la régulation, et en particulier celle encadrant le secteur financier. Ce dernier, dont les excès étaient autrefois encensés et avaient tant participé à la croissance élevée des années 90 et 2000, a été brocardé comme le coupable de tous les maux affligeant l’économie mondiale. Plusieurs lois visant à réguler ce secteur ont été votées, la plus célèbre restant le Dodd Franck Act[5]. Obama y fait allusion dans le discours sur l’état de l’Union, expliquant qu’à présent les grandes institutions financières doivent fournir un plan de démantèlement, en vertu de la section 165 du Dodd Franck Act. Ce plan doit expliquer comment ces institutions comptent rembourser leurs créanciers en cas de faillite car, selon le Président Obama, il n’est plus question de renflouer les banques qui faillissent[6]. Cette mesure, utilisée dans ce discours comme l’exemple de la nouvelle régulation du secteur financier, est toutefois largement contestable. Il est certes très positif d’avoir un plan de démantèlement pour chaque grande institution financière, mais cette mesure ne permet que de diminuer le danger que représente la faillite d’une seule d’entre elle. Si, comme en 2007-2008, il y a un risque d’effondrement systémique dû à une trop grande dispersion d’actifs toxiques, cette mesure ne servira pas à grand chose. Or, la régulation des actifs toxiques, comme celle des marchés de gré à gré, reste largement insuffisante.

            Le Président Obama réaffirme également sa volonté de renforcer la régulation sur la sécurité alimentaire, sur la sécurité des installations pétrolières, etc. Il ajoute qu’il compte créer un service fédéral d’enquêteurs de haut niveau chargés de trouver les grandes entreprises fraudeuses ou hors la loi, ainsi qu’une autre pour lutter contre les prêts immobiliers abusifs, et il appelle au vote d’une loi pour « faire compter les amendes pour fraude ». Enfin, par rapport aux victimes de ces prêts immobiliers, il souhaite mettre en place un ambitieux programme d’aide pour permettre aux plus démunis de rembourser leurs prêts hypothécaires. Toutes ces mesures sont parfaitement justifiées, et constituent des pas en avant très positifs. Pour autant, il faut remarquer que leur coût peut en entraver l’efficacité, et en retarder grandement la mise en œuvre, surtout au vu du drame national qu’à constitué le dernier vote visant à monter le plafond de l’endettement public. De plus, et comme c’est le cas pour l’ensemble du discours, la question de la régulation est traitée de manière trop timide. En l’absence d’un objectif autre que la pure et simple efficacité, autrement dit en l’absence d’une vision et d’un objectif d’ensemble plus ambitieux que celui de juguler les effets de la crise, la réforme de la régulation reste trop modeste.

Un retour de l’Etat sans vision

            Plusieurs fois dans le discours, Obama utilise l’expression « une Amérique faite pour durer », « an America built to last », qui semble être un slogan de campagne particulièrement efficace. Toutefois, ce slogan correspond imparfaitement au programme économique dont les contours sont tracés dans le discours sur l’état de l’Union de 2012. En effet, si la plupart des idées exprimées sont bonnes, et vont dans le bon sens, si un retour relatif a l’intervention publique et à la régulation est en cours, ce retour se fait d’abord dans une logique d’urgence. Il s’agit de pallier aux effets négatifs de la crise, de prendre des mesures permettant de limiter les risques pesant sur l’économie. Mais ces mesures ne doivent pas s’opposer à la compétitivité des entreprises, car c’est sur elle que se base l’ambitieuse stratégie de promotion des exportations. De manière plus générale, et plus fondamentale, la logique de ce programme apparaît comme trop floue et trop incohérente. La volonté d’un renforcement de l’Etat, bien que réelle, reste entravée par trente ans de domination de théories économiques dans lesquelles toute intervention publique ne pouvait qu’avoir des conséquences néfastes pour le bon fonctionnement des marchés. Sortir de cette logique est évidemment un risque politique trop grand, mais il serait sans aucun doute souhaitable de s’en détacher plus que ne le fait Barack Obama dans ce discours.

            Ce même problème se retrouve dans la plupart des considérations économiques développées ce jour-là. Qu’il s’agisse du soutien à l’innovation, du développement du système éducatif ou de l’économie verte, qu’il s’agisse même du soutien à la construction d’infrastructures, le retour de la personne publique est réel, et c’est un pas important, tant d’un point de vue pratique que symbolique, mais ce retour est trop limité, et ne s’appuie pas sur une justification théorique cohérente. Il n’est pas possible de traiter tous ces points dans cet article, mais il faut noter qu’ils ont le mérite d’exister, et d’illustrer une évolution positive et nécessaire du discours politique américain. A noter également, une phrase sur l’égalité salariale homme-femme, qui elle aussi a le mérite d’exister, tant cet enjeu est trop souvent occulté en période de crise, alors qu’il est tout aussi aigu que d’habitude.

            Obama dit, de manière très forte, que l’intervention de l’Etat ne dérange pas le marché libre, mais lui permet de mieux fonctionner. Cette idée est extrêmement intéressante, en cela qu’elle renouvelle un débat qu’on aurait pu croire éteint aux Etats-Unis si la crise de 2007 ne l’avait ravivé. Toutefois, selon l’auteur de cet article, cette prise de position ne va pas assez loin. S’il ne s’agit pas de dire que l’intervention publique est la solution miracle à tous les problèmes de l’économie américaine, son retour ciblé ne peut qu’améliorer la stabilité et la justice sociale. Mais ce qui manque à ce discours sur l’état de l’Union, c’est une vision, une volonté plus ambitieuse de changer de logique et de changer réellement le fonctionnement de l’économie. C’est d’autant plus dommage que le début du discours est très prometteur. Dès la troisième minute, le Président rappelle en effet que ses grands parents ont participé à la construction des Etats-Unis de l’après-guerre, et il explique que le succès du pays durant cette période venait d’un élément particulièrement subjectif. Il estime ainsi que ses grands parents « comprenaient qu’ils faisaient partie de quelque chose de plus grand, et qu’ils contribuaient à l’histoire d’un succès que chaque américain avait une chance de partager »[7]. C’est cet idéal de justice sociale que l’on retrouve dans le discours, mais malheureusement pas suffisamment dans le programme qui s’y dessine, du fait du manque de cohérence et d’ambition des mesures proposées. Reste à espérer qu’il ne faudra pas une nouvelle crise pour qu’un changement fondamental de la logique économique se réalise.


[1]   L’idée est que, si l’Etat ne parvient pas à mettre en place une politique cohérente, et donc relativement prévisible, les acteurs économiques ne seront pas en mesure de former des prévisions satisfaisantes sur les évolutions potentielles de l’économie, ce qui peut entraver gravement leur capacité d’action.

[2]   « if you make under $250,000 a year, like 98 percent of American families, your taxes shouldn’t go up. »

[3]   « From now on, every multinational company should have to pay a basic minimum tax. And every penny should go towards lowering taxes for companies that choose to stay here and hire here in America. »

[4]   Les grands émergents, et en particulier la Chine, soutiennent toutefois eux mêmes largement leurs économies. Les nouveaux émergents et les autres pays en développement, eux, ne peuvent pas suivre.

[5]   Un article au sujet du Dodd-Franck Act est en cours d’écriture pour Bully Pulpit.

[6]   « because the rest of us are not bailing you out ever again »

[7]   « They understood they were part of something larger; that they were contributing to a story of success that every American had a chance to share »

Pourquoi les Etats-Unis sont-ils le pays le plus riche du monde ?

En 2010, le PIB des Etats-Unis représente plus de 23 % du PIB mondial. Certes, ils ne se situent qu’en 9e position du PIB par habitant ; il est vrai aussi que le produit intérieur brut de l’Union européenne prise dans son ensemble dépasse celui des Etats-Unis. Mais l’Union européenne n’est pas un pays, les Etats-Unis ont donc le PIB les plus élevé du monde. En dépit de plusieurs crises économiques, le XXe siècle aura été le siècle des Etats-Unis. La Seconde Guerre mondiale a joué un rôle décisif : aucun combat n’a eu lieu sur le sol américain, et les Etats-Unis ont investi dans la reconstruction européenne, assurant la moitié de la production mondiale dans la période de l’après-guerre. Mais cela suffit-il à expliquer le rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale aujourd’hui ? Comment expliquer une telle richesse ?

Démocratie et droit à la propriété

La majorité des économistes s’accordent aujourd’hui pour dire que la qualité des institutions politiques est un des facteurs majeurs de la croissance. De ce point de vue, les Etats-Unis, ancienne colonie anglaise, ont hérité des institutions britanniques dont Douglas North a montré qu’elles étaient un des facteurs clés de l’avance prise par la Grande-Bretagne lors de la première révolution industrielle. Ces institutions (démocratie parlementaire, équilibre des pouvoirs, common law) créent, entre autres choses, un environnement favorable aux entrepreneurs, en garantissant leurs droits de propriété et en limitant les risques d’expropriation.

 

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Toutefois, la démocratie et le droit à la propriété sont désormais assez répandus parmi les pays occidentaux ; si c’est un facteur qui semble nécessaire pour devenir le plus riche du monde, ce n’est pas pour autant un critère suffisant.

On peut donc expliquer la richesse des Etats-Unis par la superficie de son territoire. Les Etats-Unis sont le quatrième plus grand pays au monde, et le troisième pays le plus peuplé du monde. Ces chiffres impliquent que les richesses produites sont plus abondantes, qu’il y a un plus grand marché intérieur sur lequel distribuer les produits, et que la main d’œuvre est plus nombreuse.

L’agriculture américaine est ainsi la plus grande agriculture au monde : les exportations des Etats-Unis dominent le marché mondial des produits alimentaires. La superficie du territoire donne à ce pays l’avantage de pouvoir produire en grande quantité, avantage doublé d’un atout qualitatif : les différents climats et reliefs du territoire permettent une grande diversité dans la production. Ainsi, les grandes plaines, irriguées par de grands fleuves, sont productrices de blé et d’orge, et se spécialisent également dans l’élevage. L’influence tropicale dans le sud du pays permet de faire pousser des plantes et des fruits réclamant une culture humide : coton, oranges.

De la même manière, les Etats Unis sont encore les premiers producteurs et consommateurs dans la plupart des secteurs industriels. Les secteurs aéronautiques et militaires sont particulièrement prospères, et les Etats-Unis sont un des plus gros producteurs de pétrole du monde. Là encore, les Etats-Unis bénéficient de la taille de leur marché intérieur, mais c’est également l’un des pays les plus exportateurs du monde.

Enfin, plus de 75 % de la richesse créée provient du secteur tertiaire. Les Etats-Unis sont la troisième destination mondiale pour le tourisme international. En outre, en partant du principe que les frais d’investissement dans la recherche restent fixes une fois qu’ils ont atteint un certain seuil, quelle que soit la place du pays, on peut estimer que la taille des Etats-Unis permet de fournir un marché conséquent aux innovations technologiques, sans que cela implique des dépenses proportionnelles en R&D.

Enfin, les Etats-Unis se caractérisent par des investissements massifs dans la recherche et l’innovation. Le système universitaire draine les esprits brillants dans le monde entier, ce qui place le pays à la pointe des progrès technologiques. C’est ainsi que dans presque tous les secteurs, une entreprise américaine domine le marché international : les boissons (Coca-Cola) ou les logiciels (Microsoft), par exemple. Ces entreprises sont devenus le modèle de la réussite économique américaine, aussi bien que de l’hégémonie culturelle des Etats-Unis.

Capitalisme et liberté d’entreprendre

Les Etats-Unis sont surtout le pays dans lequel le capitalisme trouve sa version la plus aboutie. D’après Max Weber, cela est dû à l’éthique protestante. Le salut des Catholiques est indépendant de la réussite matérielle, puisque l’idéal catholique est lié au retrait et au refus de la recherche des biens de ce monde ; pour les Protestants au contraire, la réussite matérielle est un signe d’élection divine. Cela expliquerait pourquoi les pays dans lesquels le protestantisme s’est développé soient parmi les plus riches du monde : Angleterre, Allemagne, Etats-Unis sont parmi les six pays dont le PIB total est le plus haut.

Que ce soit lié ou non à la religion dominante, les Etats-Unis se distinguent par la promotion de l’esprit d’entreprise : d’après le dictionnaire Larousse, le capitalisme se caractérise par « la recherche du profit, l’initiative individuelle, la concurrence entre les entreprises ». Significativement, la loi américaine tend à protéger les entrepreneurs au détriment des employés ; le droit du travail est extrêmement flexible, et laisse aux entreprises une grande liberté pour recruter comme pour renvoyer. Si cela rend la vie des salariés plus précaire aux Etats-Unis, s’il s’agit d’un des pays développés où la plus grande proportion de gens vit en dessous du seuil de pauvreté, il faut remarquer que le taux de chômage est généralement très bas aux Etats-Unis (même si cela est moins vrai depuis la crise de 2008). La grande flexibilité du droit du travail permet également aux entreprises d’être parmi les plus compétitives, et de créer davantage de richesse.

Ces entreprises sont nourries par la légendaire société de consommation américaine, elle-même encouragée par une grande facilité pour contracter des crédits. Ainsi, à titre d’exemple, le système de cartes de crédit aux Etats-Unis est très différent du système français. L’achat n’est pas immédiatement débité du compte, comme en France ; le consommateur contracte un crédit, et il ne recevra la facture qu’à la fin du mois, qu’il peut rembourser en plusieurs mensualités. C’est ainsi que Lily, dans How I Met Your Mother, culpabilise parce qu’elle achète de nombreuses paires de chaussure au moyen de plusieurs cartes de crédit, dont les factures la suivent bien plus tard. Cette frénésie du crédit est à double tranchant : si elle entretient la consommation et donc, dans une certaine mesure, la santé économique du pays, elle n’en génère pas moins une situation d’instabilité, comme l’a montré la crise du mortgage (prêt immobilier) en 2008.

[box]Pour en savoir plus : voir Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme [/box]