David Samuels : « L’Amérique continue de produire des générations de rêveurs »

« Seul l’amour peut te briser le cœur » de David Samuels est un recueil de « reportages littéraires » couvrant la fin des années 1990 jusqu’à l’élection de Trump. Dans cet entretien publié par Le Nouveau magazine littéraire le 18 octobre 2018, son auteur insiste sur l’importance de la « narrative non-fiction » dans la littérature américaine.

David Samuels excelle dans l’observation minutieuse des marginaux comme des vieilles légendes du rock, des présidents, des rêveurs, des hommes aux jeux de paris ou au labeur. Il scrute cette ligne fuyante entre la promesse américaine de réinvention permanente et l’imposture. Le « reportage littéraire » est son terrain de prédilection. À 51 ans, il a écrit pour les grands magazines américains Harper’s MagazineThe New YorkerThe Atlanticn+1,… Son premier livre, Mentir à perdre haleine (Éditions du Sous-sol, 2015) s’intéressait au caméléon James Hogue, arnaqueur et coureur de fonds. La couverture de Seul l’amour peut te briser le cœur rend hommage au White Album de Joan Didion (1979). Le livre rassemble ses articles sur les essais nucléaires dans le Nevada, les courses de lévriers, Obama, une famille de dynamiteurs, le producteur de rap Prince Paul, un Français roi des paparazzis ou la propagande du Pentagone sous Donald Rumsfeld. Il est aujourd’hui éditeur littéraire du magazine consacré à la culture et l’actualité juive Tablet.

Les magazines ont permis l’émergence de la « narrative non-fiction ». Ce genre littéraire a-t-il un avenir ?

David Samuels : Oui, c’est pour ça que je suis devenu optimiste. C’est le genre américain, celui que nous avons inventé. C’est l’origine de la littérature américaine. Tous les grands auteurs américains ont commencé par ce type de journalisme, que ce soit Herman Melville, Walt Whitman ou Ernest Hemingway. Depuis les débuts, ce genre répond à un ensemble de questions très américaines : qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Que se passe-t-il en Californie ? Qu’est-ce que les gens y font ? Un reporter parcourt le monde et décrit ce qu’il voit. Et ce qu’il voit reflète l’identité de l’auteur et qui nous sommes en tant que lecteurs. Aussi longtemps qu’il y aura des Américains qui chercheront ces réponses qu’ils ne trouvent pas dans la presse, cette écriture restera importante. Ce genre a pris la forme de nouvelles, de romans, de poèmes épiques, d’articles de magazines. Les grandes séries télévisées comme The Wire (Sur écoute) et Les Sopranos sont apparues alors que les magazines s’effondraient. Les séries sont devenues dominantes, beaucoup de leurs créateurs viennent de là, c’est une une manière de continuer un reportage autrement. J’écris aussi une série télévisée sur deux frères, l’un reporter, l’autre missionnaire. Cette série parlera de la crise politique et de cette nouvelle écologie de l’information. Dans les dix prochaines années, nous allons assister à une vague de livres américains qui seront appelés « narrative non-fiction » ou « fiction » ou une autre appellation pour caractériser le nouveau système culturel. À l’avenir, certaines personnes ne considèreront peut-être pas l’Amérique comme exceptionnelle ou fondamentalement différente dans son ADN d’autres nations. Ça sera une perte immense au niveau culturel. J’aime le produit de la sensibilité américaine, la littérature, le jazz, le rock’n roll. Mais je ne pense pas que ce changement arrivera de sitôt.

Lire la suite sur le site du Nouveau magazine littéraire :

https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/idees/david-samuels-amerique-continue-de-produire-des-generations-de-reveurs

L’investiture de Barack Obama en images, 21 janvier 2013

Vincent Dozol/BullyPulpit.fr

« We will respond to the threat of climate change, knowing that the failure to do so would betray our children and future generations. »

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« For history tells us that while these truths may be self-evident, they have never been self-executing; that while freedom is a gift from God, it must be secured by His people here on Earth. »

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« Our journey is not complete until our gay brothers and sisters are treated like anyone else under the law – for if we are truly created equal, then surely the love we commit to one another must be equal as well. »

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« The commitments we make to each other – through Medicare, and Medicaid, and Social Security – these things do not sap our initiative; they strengthen us.  They do not make us a nation of takers; they free us to take the risks that make this country great. »

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« Our journey is not complete until all our children, from the streets of Detroit to the hills of Appalachia to the quiet lanes of Newtown, know that they are cared for, and cherished, and always safe from harm. »

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« My fellow Americans, we are made for this moment, and we will seize it – so long as we seize it together. »

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« We, the people, still believe that every citizen deserves a basic measure of security and dignity. »

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« We, the people, still believe that enduring security and lasting peace do not require perpetual war. »

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« We must act, knowing that our work will be imperfect.  We must act, knowing that today’s victories will be only partial, and that it will be up to those who stand here in four years, and forty years, and four hundred years hence to advance the timeless spirit once conferred to us in a spare Philadelphia hall. »

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Armes à feu, l’exception américaine

« Je sais que si l’on additionne les populations du Royaume Uni, de la France, de l’Allemagne, du Japon, de la Suisse, de la Suède, du Danemark et de l’Australie, on obtient grossièrement une population de la taille des Etats-Unis. Nous comptions 32 000 morts par armes à feu l’année dernière et ils en déploraient 112. Pensez-vous que c’est parce que les Américains ont davantage de tendances meurtrières par nature? Où pensez-vous que c’est parce que ces types possèdent des lois de contrôle des armes à feu ? » interroge le fictionnel Toby Ziegler lors d’un entretien télévisé.[1]

Les Etats-Unis sont le pays qui compte le plus de détenteurs civils d’armes au monde, devant le Yémen. Les Américains possèdent environ 300 millions d’armes à feu à titre privé.  Cela ne signifie pas que chaque citoyen garde sous son oreiller un calibre .44, puisque les trois-quarts des détenteurs d’armes en possèdent deux ou plus.

L’arme à feu est investie d’une symbolique spécifique qui s’est construite dans le temps. Selon Eric Roshansky, juriste spécialiste des armes de la mairie de New York : « L’élévation de l’arme à un statut politique sacré explique en partie la raison pour laquelle 30 000 morts par an n’a pas donné lieu à une réglementation complexe, comme elle existe pour l’automobile ou la pharmaceutique. »

Les Etats-Unis ont commencé très tôt à réguler les armes à feu sur leur territoire. Le Kentucky et la Louisiane ont interdit en 1813 le transport d’armes dissimulées. Plus récemment, le Firearms Owners Protection Act voté en 1986 précise le droit des citoyens de « détenir et de porter les armes sous le Second Amendement ». Une interdiction fédérale de la fabrication, de la possession et de la vente d’un fusil d’assaut semi-automatique à un particulier a été voté en 1994 pendant l’administration Clinton, puis autorisée à expirer en 2004. Le Second Amendement a été interprété par la Cour suprême en 2008 dans l’arrêt District of Columbia v. Heller.

Absent de la campagne présidentielle, le débat public sur les armes à feu est revenu au premier plan. Le 14 décembre, Adam Lanza, 20 ans, a tué 27 personnes, dont 20 enfants, à l’école primaire de Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut. Le massacre a donné lieu à un déferlement de fausses informations dans les jours qui ont suivi.

Les fusillades de ce type sont un épiphénomène en comparaison de l’ensemble des meurtres par armes à feu dans le pays.[2]  L’attention médiatique portée sur les fusillades de masse cache surtout les progrès réalisés dans la réduction des taux de violence armée aux Etats-Unis. Entre 2008 et 2011, les crimes impliquant une arme à feu ont diminué de 111%.[3] Le taux d’homicides a globalement diminué de 60 % et celui par armes à feu a chuté de 51,5% depuis 1993. Les tueries de masses n’ont pas augmenté au cours des vingt dernières années.

Le secteur de l’armement se porte bien. L’industrie a vu ses profits considérablement augmenter suite à l’élection de Barack Obama. Les ventes ont bondi d’environ 30% rien que pour la première année de son mandat. On estime que le marché américain des armes génère 2,8 milliards de dollars.

Obama est constamment présenté par les lobbies pro-armes comme un activiste qui comploterait en permanence contre le Second Amendement de la Constitution. Le Président n’a pourtant fait passer aucune législation qui viserait à renforcer les contrôles. Son positionnement sur cette question date d’avant son accès à la présidence. De 1994 à 2002, Barack Obama a siégé au conseil d’administration de la Joyce Foundation, qui finance notamment la recherche sur les armes et demande une législation plus restrictive.

L’inaction politique générale est peut être due à une carence de la recherche. Elle se concentre plutôt sur les logiques de violence, sur les facteurs qui pousseraient un individu isolé à passer à l’acte. Le sociologue Michel Wieviorka l’aborde par exemple comme une incarnation extrême de l’individualisme contemporain.[4]

Peu de chercheurs travaillent sur la symbolique de ces engins meurtriers dans la culture populaire ou sur la corrélation entre la facilité de se procurer une arme et l’augmentation du risque de fusillade et de ses conséquences. Le Congrès s’est en tous cas efforcé d’empêcher que la recherche avance. En 1996, sous la pression des membres du Congrès pro-armes, la Chambre des Représentants a voulu retirer 2,6 millions de dollars du budget du National Center for Injury Prevention and Control, soit exactement la somme allouée à la recherche sur les armes à feu.[5] Le budget fut finalement restauré en commission de conciliation conjointe, mais spécifiquement destinée aux études sur les blessures traumatiques du cerveau.

Faire appel aux sciences sociales permettrait de sortir des affrontements primaires et des obstructions au débat. De contrer ceux qui affirment qu’aucune réponse n’est possible face à la folie humaine. « Guns don’t kill people, people kill people » (« ce sont les gens qui tuent, pas les armes ») est un des arguments les plus communs après ce type de drame. On retrouve ce slogan dans la communication de la National Rifle Association (NRA), comme dans la bouche de commentateurs aussi subtils qu’Ann Coulter.

Cette assertion provient du discours plus large sur la « neutralité » de la technologie.[6] Postulat aberrant puisque toute technologie est le fruit d’une volonté politique et d’un processus décisionnel fondé sur un système de valeurs et une définition temporaire du « progrès ». Théoriser la neutralité des armes permet de masquer le caractère facilitateur de ses outils dans la réalisation du meurtre de masse. Ce n’est pas l’habileté du tueur qui est à l’origine du nombre conséquent de victimes, mais bien le fusil automatique qu’il décharge.  Le même jour, un homme s’est attaqué à 22 personnes dans une école primaire en Chine, un couteau en main. Aucun mort n’est à déplorer. L’Etat est responsable des technologies qu’il autorise sur son territoire, comme il est responsable des conséquences qu’elles sont susceptibles d’entrainer

Au lendemain de la tuerie du 14 décembre, la situation est un peu différente. Les républicains ont réussi à s’accaparer la défense du droit de posséder une arme à feu, à tel point que les démocrates n’ont rien à perdre dans leurs soutiens à des mesures plus restrictives. Aucune élection nationale ne se profile avant vingt-trois mois. La peur d’évoquer un sujet qui pourrait couter une victoire et les accusations d’instrumentalisation peuvent être évitées. Le très jeune âge des victimes suscite plus d’émotion que pour les fusillades précédentes. Une étude récente montre que 58% des sondés soutiennent des règles plus strictes d’encadrement des armes à feu, mais pas une interdiction des fusils d’assaut.

Différents groupes de pressions avancent leurs propositions pour des contrôles renforcés. Afin de dépolitiser la question, on a par exemple recours aux traditionnels quangos (quasi non-governmental organisation). David Hemenway, professeur à l’Ecole de Santé Publique d’Harvard, propose la création d’une agence indépendante à l’image de la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA).[7] Elle permettrait d’abord le stockage de statistiques nationales sur les blessures et les morts causées par des armes à feu. La recherche serait aussi financée par l’agence et disposerait ainsi d’une base de données. L’agence serait aussi investie de pouvoirs décisionnels et réglementaires. Les nouvelles règles du marché de l’armement privé doivent être le fruit d’un processus administratif plus scientifique et plus exigeant selon Hemenway.

Cinq jours après la tragédie de Newton, le président a annoncé la création d’un groupe de travail sur les armes à feu présidé par le vice-président Joe Biden. Cette commission doit faire des propositions concrètes avant la fin janvier. Obama a aussi appelé le Congrès à voter de nouvelles mesures pour interdire les armes d’assauts, les recharges à grande capacité et renforcer les contrôles préalables à la vente.

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Pour aller plus loin :

« Pourquoi les armes à feu sont-elles si répandues aux Etats-Unis ? », Bully Pulpit.fr, 29 mars 2012 : http://bullypulpit.fr/2012/03/pourquoi-les-armes-a-feu-sont-elles-si-repandues-aux-etats-unis/

LEPORE Jill, « Battleground America », The New Yorker, 23 avril 2012 : http://www.newyorker.com/reporting/2012/04/23/120423fa_fact_lepore#ixzz2GCXdYTVd

Les meilleurs reportages sur les armes à feu aux Etats-Unis, proposé par ProPublica.org : http://www.propublica.org/article/the-best-reporting-on-guns-in-america [/alert]


[1] « Bartlet’s Third State of the Union », The West Wing, Saison 2, Episode 13.

[2] « Guns kill people in one chilling graph », The Washington Post, 26 décembre 2012. http://www.washingtonpost.com/blogs/wonkblog/wp/2012/12/26/guns-kill-people-in-one-chilling-graph/

[3] « A broader based approach to shootings », the societypages.org:  http://thesocietypages.org/pubcrim/2012/12/18/a-broader-based-approach-to-shootings/

[4] « Les documents dont on dispose suggèrent qu’il s’agit généralement d’un processus, et non d’une décision soudaine, au cours duquel le futur tueur délibère avec lui-même durant une longue période, se prépare matériellement, ce qui suggère qu’un certain isolement constitue pour le passage à l’acte un élément décisif. Au bout du compte, le passage à l’acte semble devoir beaucoup à l’individualisme contemporain, qui encourage chacun à tenter de se constituer en acteur de sa propre vie, et qui pousse certains de ceux qui échouent à choisir d’autres chemins que ceux que notre société trouve normaux ou acceptables. »

WIEVIORKA Michel, « School Shooting », hypothèses.org . http://wieviorka.hypotheses.org/93

[5] « Silencing the Science on gun research », The Journal of the Medical Association,  21 décembre 2012. http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1487470&buffer_share=7e8bf&utm_source=buffer

[6] « Tech isn’t neutral and guns cause tagedies », the societypages.org : http://thesocietypages.org/cyborgology/2012/12/17/tech-isnt-neutral-guns-cause-tragedies/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

[7]« What’s your best idea to cut gun deaths », Freakonomics.com: http://www.freakonomics.com/2008/08/22/whats-your-best-idea-to-cut-gun-deaths-a-freakonomics-quorum/