47% vraiment, Gouverneur Romney ?

 Vous avez déjà dû avoir vent de la dernière « gaffe » de Mitt Romney.  Dans un discours prononcé devant de (riches) donateurs, il a avancé l’idée selon laquelle 47% des électeurs seraient acquis à Barack Obama, car dépendant de l’aide sociale, ne payant pas d’impôts et se « posant en victime ».

La politiste Suzanne Mettler note dans le New York Times que non seulement une bonne partie de ces citoyens payent des impôts, mais que presque tous les américains ont eu recours à une aide sociale quelconque. Selon une étude de l’Université de Cornell en 2008,  96% des américains ont bénéficié d’une des 21 aides fédérales, des prêts étudiants au Medicare.

Je suis d’ailleurs plutôt d’accord avec Andrew Gellman, il ne s’agit pas vraiment d’une « gaffe » ni d’une « bourde ». Il s’agit d’une position anti-assistanat tout ce qu’il y a de plus classique pour un candidat républicain, proférée devant une foule partisane.

Pourtant, face à ces chiffres, on pourrait se dire que le recours à l’assistance social ne devrait pas diviser l’opinion publique…

La stigmatisation de la dépendance forme néanmoins un consensus  politique de longue date. Les Etats-Unis sont pourtant loin d’avoir un système de redistribution universel. C’est une logique  d’impôt négatif (22 millions de personnes concernées) et d’assistance, reposant sur le workfare, qui préside à la distribution des aides sociales.
C’est Bill Clinton en 1996 qui a introduit le Personal Responsibility and Work Opportunity Act.  L’idée est d’inciter les personnes touchant des aides sociales à réintégrer le marché du travail, opposant le workfare au welfare, l’aide sociale. Cette loi marque une victoire idéologique pour la Droite, désireuse de faire de ce dernier un terme péjoratif.

Cette loi  mettait ainsi fin au programme d’aide né du New Deal, Aid to Families with Dependent Children , assurant un revenu aux familles les plus pauvres.

Ainsi, Démocrates et Républicains ont petit à petit réduit le système d’aide social systématique américain. Mais dans le même temps, l’explosion de la pauvreté a fait que les aides sociales d’urgence, comme le programme de bons alimentaires ont explosé. Aujourd’hui, plus de 40 millions d’américains dépendent des « foodstamps » pour se nourrir décemment.

La sortie de Romney fait écho à celle d’Obama, quelques semaines plutôt,  sur la place de l’État dans la société américaine. Obama a choqué ses adversaires en écornant le mythe du self made man : si votre business prospère, c’est grâce aux routes, au système éducatif, à la sécurité, que permet la collectivité.

Plus qu’un débat sur le prétendu assistanat, c’est un débat sur la place que doit prendre l’intervention publique dans la société américaine.

Sans avoir un État assurantiel et universaliste,  les États-Unis se retrouve tout de même à devoir assurer des mesures d’assistance urgence de plus en plus coûteuses pour faire face à l’appauvrissement de sa population. Plutôt que de s’étrangler en hurlant que « trop d’impôts tue l’impôt » Romney et Ryan feraient mieux d’entamer en cœur « pas assez d’assistance crée de l’assistanat, pas assez d’assistance entretien la pauvreté ».

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Il faut sauver le représentant Ryan

Il n’est pas vrai de dire que l’on s’attendait à la nomination du représentant du Wisconsin Paul Ryan comme colistier de Mitt Romney. Beaucoup ne croyaient plus à des choix audacieux de la part d’une campagne très morne. Or, qui est ce nouvel acteur de la campagne présidentielle ?

Qu’est-ce qu’un colistier, d’abord ? La Constitution américaine stipule que le vice-président doit être élu sur le même billet que le président. D’après Joel K. Goldstein, sommité en la matière, le colistier doit être choisi selon six critères : idéologiques, géographiques, expérience, âge, spécialités et religion. Une fois en poste, outre le fait qu’il devra être prêt à succéder au président en toutes circonstances, le vice-président sera le principal négociateur auprès du Congrès, un ambassadeur extraordinaire, un homme de campagne et le successeur probable du président comme candidat, une fois ses deux mandats accomplis.

Paul Ryan est un choix bien plus avisé que Sarah Palin sur bien des points. Certes, son Wisconsin natal ne fait pas partie des États les plus importants du collège électoral, même s’il a souvent défrayé la chronique ces derniers temps. Mais à 42 ans, Paul Ryan a vingt-trois ans de moins que Romney, s’affirmant donc comme un visage plus jeune et un successeur potentiel, lui qui était déjà vu comme candidat républicain probable en 2016 ou 2020. Jugé trop modéré, Romney a fait appel à l’un des hérauts actuels du Parti républicain et du Tea Party, aguerri par quatorze ans passés à la Chambre des représentants. Car si Ryan est devenu une star de la politique américaine, c’est grâce à son cheval de bataille depuis 2009, son « budget Ryan », construit en réponse aux propositions d’Obama, encore rebaptisé « la Route vers la Prospérité », qui prévoit ni plus ni moins de démanteler l’État-providence que les Républicains haïssent comme la peste.

Son histoire le dessert également : Paul Ryan, né dans une famille aisée, découvrit à seize ans le corps sans vie de son père. Il se jura dès lors de se consacrer à l’étude : après avoir été diplomé de l’université de Miami, Ryan partit travailler à Washington comme assistant parlementaire, au service de son mentor et un temps idole des conservateurs, le sénateur Bob Kasten ; il arrondissait ses fins de mois en étant coach dans un club de sport ou comme serveur. Il s’est marié en 2000 avec Janna Little, une avocate en droit des affaires, qui lui a donné trois enfants. Fervent catholique, Paul Ryan crée aussi une curiosité avec le mormon Romney : c’est la première fois dans l’histoire des États-Unis qu’un billet présidentiel est dépourvu de protestants.

Ainsi, avec Paul Ryan, l’accent sera mis pour sûr sur l’économie, principale question de cette élection. Or, cela pourrait bien se retourner contre Romney/Ryan. Les principales mesures du budget Ryan sont la privatisation du Medicare, le remplacement des allocations aux personnes âgées par un système de coupons, et une suppression des taxes progressives sur le revenu et les entreprises au profit d’une augmentation des impôts sur la consommation des ménages moyens. En effet, Ryan n’a jamais caché son admiration pour Ayn Rand, la papesse du libertarianisme et exégète de l’individualisme forcené. Alors que la mode chez les Démocrates est de présenter Romney comme le candidat des très, très riches, ça ne semble pas très bon.

Quant aux qualités de campagne de Paul Ryan, qu’en dire ? L’homme a été réelu par de larges majorités dans le 1er district du Wisconsin, plutôt conservateur, et n’a jamais concouru à un poste plus élevé. De plus, quatorze ans au Congrès, est-ce bien appréciable pour le Tea Party, qui mène la charge contre les politiciens enfermés à Washington ? Car si ses propositions de budget lui ont valu leur sympathie, le représentant aura voté en faveur de la guerre en Iraq et les tentatives de sauvetage des banques en 2008, qui auront encore plus accentué la dette actuelle. Des ombres sur son CV qui devront encore affronter la campagne démocrate et les talents d’orateur de son adversaire, le vice-président Joe Biden.

Quoi qu’il en soit, si Romney perdait, Paul Ryan ne serait pas vice-président, mais concourra forcément dans les primaires républicaines en 2016, en 2020 ou plus tard ; il l’avait déjà en projet, poussé par sa jeunesse et sa popularité, mais à présent il est auréolé du choix aurait été fait par Mitt Romney, l’homme de 2012. Celui-ci vient peut-être de s’ajouter des bâtons dans les roues, mais il aura fait un choix audacieux, en préparant déjà l’avenir. Car Paul Ryan reste un des hommes de demain en Amérique et, pour reprendre le lapsus de Romney lors de son annonce, peut-être « le futur président des États-Unis ».

[box]EN SAVOIR PLUS : Lire ce très dense et passionnant portrait de Paul Ryan par le New Yorker : http://www.newyorker.com/reporting/2012/08/06/120806fa_fact_lizza?currentPage=all[/box]

It’s (still) the economy, stupid !

Le troisième volet des Men in Black propose un jeu visuel sur la notion de « saut » dans le temps. Pour revenir en 1969, l’agent J. (Will Smith) doit sauter du haut du Chrysler Building à New York, et activer un portail temporel au cours de la chute. Alors qu’il remonte le temps, l’environnement de J. se modifie, nous donnant un aperçu de quelques scènes iconiques de l’histoire des Etats-Unis. On revoit le Chrysler Building se construire en accéléré. Inauguré le 27 mai 1930, l’édifice dessiné par William Van Alen est un symbole d’un autre temps, d’une autre crise financière dévastatrice. Le personnage se prend un journal dans la figure, qui titre « Wall Street Crash! » Il tourne la tête et aperçoit des hommes en complet-veston et chapeaux qui viennent de sauter du gratte-ciel, probablement ruinés.
Le parallèle entre la crise actuelle et la Grande Dépression apparaît même dans les blockbusters. S’il est constant et critiquable dans le discours politico-économique,  il est ici traité sous un angle optimiste. Un nouveau saut temporel transporte l’agent J. au défilé de la victoire en 1945, puis le scénario insiste sur la période de grandeur des Etats-Unis au cours des années 1960. Au cinéma, la crise semble loin derrière nous.

Le 11 juin dernier, la Federal Reserve a publié un rapport qui évalue les effets dévastateurs de la récession consécutive à la crise financière. La richesse médiane des familles américaines (soit la valeur des actifs moins les dettes) a chuté d’environ 40 % en trois ans (2007-2010), retrouvant un niveau comparable à 1992. Le revenu moyen a chuté de 8 % entre ces deux dates.
La classe moyenne décline, alors que les dépenses des consommateurs américains représentent 70 % de l’activité économique nationale. Si un quart des familles américaines n’a dorénavant plus de dette, certaines catégories de la population restent très endettées. Les impayés des prêts étudiants s’élèvent par exemple à 1000 milliards de dollars, alors que les frais de scolarité continuent d’augmenter, ce qui suggère peut être une nouvelle bulle. ( Voir cette saisissante infographie  du New York Times).
20,5 millions de personnes (6,7 % de la population) sont en situation de grande pauvreté. Leur revenu représente moins de la moitié du seuil de pauvreté, soit un budget en dessous de 9 000 $ pour une famille de trois personnes. Six millions de personnes n’ont pas d’autre revenu que les food stamps.

Sans surprise, le principal sujet de la campagne présidentielle aux États-Unis reste l’économie.
La reprise se faisant désirer, les deux candidats seront jugés sur leur capacité à convaincre qu’ils seront les meilleurs placés pour sortir pour de bon le pays de la crise et rétablir la bonne santé économique. Deux conceptions opposées s’affrontent concernant les réponses politiques à la crise. En simplifiant, Barack Obama entend plutôt réfléchir à un nouveau stimulus, en continuant d’investir dans l’éducation, les infrastructures et la recherche. La méthode Obama chercherait à atténuer le creusement des inégalités et l’augmentation des souffrances sociales pour construire des ressources sur le long terme.

Mitt Romney propose une politique volontariste d’urgence, en insistant sur l’austérité, avec un ensemble de déductions et réductions fiscales, tout en faisant des coupes larges dans les dépenses publiques. Cette approche s’inspire des allègements fiscaux votés en 2001 et 2003 pendant les administrations Bush, qui ont surtout favorisé les classes moyennes et supérieures. Selon l’économiste Joseph Stiglitz, ils ont été une solution particulièrement inefficace:

Les allégements fiscaux ont déplacé vers la Réserve Fédérale le fardeau pour atteindre le plein emploi. La Fed a comblé l’écart en créant une bulle, par une réglementation trop lâche et une politique monétaire desserrée. Et la bulle a incité 80 % d’Américains à consommer au-delà de leurs moyens. Cette politique a fonctionné, mais c’était un palliatif provisoire et intenable.

L’équipe de campagne de Mitt Romney cherche à le présenter comme le CEO de l’Amérique qui, grâce à son expérience dans le privé, connait les recettes pour ramener le pays sur le droit chemin de la réussite économique. Ce profil se veut en opposition totale avec celui d’Obama, qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’université et dans le secteur public. Il s’agit donc de faire du candidat républicain le Manager en Chef de ce pays d’entrepreneurs. Romney veut renouer avec une tradition historique de l’Amérique, qui a, dans un premier temps, accordé une confiance aveugle aux créateurs d’entreprises. Les grands capitaines d’industrie étaient, à la fin du XIXe siècle, très puissants et pouvaient envisager une carrière politique ou de peser sur les politiques publiques.
L’atout majeur de Romney ne serait pas son bilan en tant que gouverneur du Massachusetts, mais son expérience professionnelle dans la finance. Il en aurait tiré plein d’idées pour rendre l’environnement économique plus facile et plus attractif. En juin 2011, il annonçait sa candidature en se présentant comme un esprit libre fort de son passé dans le secteur privé. Il déclara avoir abandonné un emploi confortable 27 ans auparavant pour repartir de zéro et fonder une affaire avec des amis, s’inscrivant d’entrée dans le rêve entrepreneurial et célébrant la prise de risque.
Romney adopte une attitude plutôt « flexible » par rapport à son passé. Certains le qualifient même d' »auto-révisioniste », en s’appuyant sur la première biographie du candidat, The Real Romney, écrite par deux journalistes du Boston Globe, Michael Kranish et Scott Helman.

Diplômé des écoles de commerce et de droit d’Harvard, Romney est entré à Bain & Company, une entreprise de conseil en investissement. Bill Bain, président de la firme, lui propose quelques années plus tard de participer à la création de Bain Capital, un fonds de capital investissement (private equity). Ces entreprises prennent des parts au capital des entreprises, souvent en situation difficile, en espérant les revendre quelques années plus tard avec une plus-value correspondante à deux ou trois fois la mise. Romney n’a donc pas exactement tout quitté pour monter sa petite entreprise avec quelques amis. Ce portrait de « manager performant » est difficilement tenable.

L’équipe de campagne d’Obama attaque directement ce « mythe ». Le directeur de campagne David Axelrod qualifie Romney de prétendant au poste d' »Outsourcer-in-Chief » (« Délocaliseur en Chef »). Les stratèges démocrates cherchent à retourner le principal argument électoral du candidat républicain. Cette tactique est comparable à la manière dont l’équipe de campagne de George W. Bush avait attaqué John Kerry en 2004 sur son passé glorieux pendant la guerre du Vietnam.
S’appuyant sur une enquête du Washington Post, le camp démocrate dénonce le bilan de Romney dans la finance. En tant qu’ancien dirigeant de Bain Capital, Romney aurait favorisé les profits plutôt que les travailleurs américains. Comme le montre l’enquête, Bain Capital a été pionnière en investissant massivement et en conseillant des entreprises pour qu’elles délocalisent leurs productions en Chine et en Inde.

Mitt Romney entouré de collègues chez Bain Capital, tous témoignant d'une certaine confiance en l'avenir.

La campagne Obama multiplie les attaques publicitaires à la télévision et fait témoigner des anciens employés licenciés à la suite des bons soins de Bain Capital. Cette thématique raisonne fortement avec les projets législatifs du président sortant, qui souhaite stopper les exemptions fiscales pour les entreprises qui délocalisent, tout en incitant fiscalement les entreprises qui créent des emplois aux États-Unis. Le taux de chômage stagne à 8,1 % pour le mois de mai. Mitt Romney a promis que ce taux sera de 6 % à la fin de son mandat présidentiel.
Selon la formulation optimiste d’Orson Scott Card, « Unemployment is capitalism’s way of getting you to plant a garden ».
Il n’empêche que Barack Obama doit éviter que la situation de l’emploi recommence à se dégrader. Aucun président n’a (encore) été réélu avec un taux de chômage supérieur à 7 %, hormis Ronald Reagan.

Super Tuesday: Le cas de la Virginie

A l’occasion de l’accélération des primaires républicaines, Geoffrey Skelley, du Center for Politics de l’Université de Virginie nous livre ses analyses sur l’importance de la Virginie dans les scrutins.
Le Center for Politics est un institut non-partisan fondé et dirigé par Larry Sabato, auteur de A more Perfect Constitution (Walker & Company, 2007). Il intervient régulièrement sur l’actualité politique dans les média américains. M. Skelley élabore avec M. Sabato les commentaires politiques et les pronostiques de la Crystal Ball.

La primaire de la Virginie a été remportée hier par Mitt Romney.
Il n’y avait en réalité pas de suspens sur le vainqueur, puisque seuls Romney et Ron Paul était présents dans le scrutin. Cette situation s’explique à la fois par le manque de professionnalisme des équipes des autres candidats, mais aussi par les règles électorales extrêmement strictes et lourdes de la Virginie. A première vue, la Virginie ne semble pas digne d’intérêt poussé. Mais ses 49 délégués, dans la « back pocket » de Romney, donnent au Commonwealth une importance technique majeure.

La sociologie politique de la Virginie est très diverse. Le Nord est plutôt modéré, urbain, colonisé par les employés de Washington D.C., mais qui ne peuvent y vivre faute de place et de moyens financiers. Si on se rapproche de la capitale, Richmond, c’est déjà le Sud, et  le conservatisme politique, divers, devient la norme, comme dans l’Ouest.
Dans de nombreuses régions, le candidat Romney ne plait pas, et Ron Paul encore moins. Les républicains sont probablement allés voter pour l’ex-gouverneur du Massachusetts le nez pincé. Si Santorum avait été présent dans la course, il aurait surement attiré un nombre important de votes. Pas de victoire massive de Romney donc (59.5%), puisque Ron Paul réussit ici un de ses meilleurs résultats, avec 40.5% des votes et remportant un congressional district et ses 3 délégués comme récompense. La participation au scrutin s’élève à 6 %, le plus bas pourcentage de l’histoire des primaires républicaines en Virginie.

La Virginie s’est retrouvée récemment dans de nombreux débats au niveau national. C’est surtout son gouverneur, Robert McDonnel, étoile montante du Parti Républicain, qui est observé de près. Le gouverneur est un soutien puissant de Romney et il bénéficie d’une grande popularité qui ne s’arrête pas aux frontières de la Virginie.

Dans le passé, en tant que membre de l’Assemblée générale de la Virginie, il avait co-sponsorisé des législations sévères restreignant le droit à l’avortement. La majorité républicaine de l’Assemblée de Virginie vient de voter la Transvaginal ultrasound Bill. Devant les réactions virulentes et nombreuses au niveau national (on a parlé de « viol d’État »), le gouverneur McDonnel a finalement reculé. La loi, qualifiée de « trop intrusive » par le gouverneur comme par ses opposants, à été amendée. L’examen à l’ultra-son se fera à l’extérieur du corps et les femmes ne pourront être forcées à passer l’examen vaginale. D’un point de vue médicale, la loi n’a aucun intérêt. C’est une loi politique pour contenter un électorat qui refuse le principe même d’avortement.
Le gouverneur vient aussi de supprimer une loi datant de 1993, qui limitait à une fois par mois l’achat d’arme de poing. Dorénavant, on pourra s’en procurer chaque jour de la semaine.

McDonnel aurait fait machine arrière car il ne souhaite pas compromettre ses chances d’être choisi comme candidat pour la Vice Présidence par Mitt Romney. La polémique sur la législation anti-avortement pourrait le mettre en difficulté par rapport aux autres candidats pour le ticket républicain. Son action en faveur d’une plus libre circulation des armes lui procure plutôt un avantage aux yeux de l’électorat républicain, sans trop heurter l’électorat modéré.

Toute la campagne de Mitt Romney est centrée sur l’économie. Il se présente comme un bon manager avec sa longue expérience dans le privé. Si les questions sociales prenaient le dessus, Romney serait alors vraiment en difficulté pour convaincre son électorat de base « dure », comme son électorat modéré. Choisir McDonnel, c’est aussi risquer de replacer les questions sociales au centre des débats, ce que les média ont déjà tendance à faire.

Dans le cas de l’élection présidentielle, la Virginie est un swing state, c’est à dire qu’aucun des candidats ou partis ne peut prétendre certainement l’emporter avant le jour de l’élection. Les majorités politiques changent d’une élection à l’autre, et peuvent faire basculer les tendances nationales.

En 2008, Obama avait remporté la Virginie avec une marge plus grande que l’Ohio. Si le Président gagne de nouveau l’état, il sera réélu selon le Center For Politics. S’il perd la Virginie, il sera en difficulté. Les études d’opinion ne donnent Obama ni gagnant ni perdant dans l’Etat. On note pourtant un fléchissement du soutien au Président. Romney pourrait donc être tenté d’en tirer profit.

En attendant le Super Tuesday

A l’occasion de l’accélération des primaires républicaines, Geoffrey Skelley, du Center for Politics de l’Université de Virginie nous livre ses analyses et prévisions.
Le Center for Politics est un institut non-partisan fondé et dirigé par Larry Sabato, auteur de A more Perfect Constitution (Walker & Company, 2007). Il intervient régulièrement sur l’actualité politique dans les média américains. M. Skelley élabore avec M. Sabato les commentaires politiques et pronostiques de la Crystal Ball.

Mardi 28 février, Mitt Romney a remporté les primaires républicaines de l’Arizona et du Michigan. Les résultats sont très serrés dans le Michigan, État particulièrement important pour Mitt Romney.
Même s’il a effectué sa carrière politique dans le Massachusetts, Romney est né et a grandi dans le Michigan. Son père, George W. Romney, fut le gouverneur de l’Etat de 1963 à 1969. Lors de la primaire républicaine de 2008, Romney avait remporté le Michigan de manière nette face à John McCain (38% / 29%).  Début janvier, les sondages donnaient encore Romney largement vainqueur dans le Michigan, devançant de plus de 10 % ses concurrents. Avec la percée de Santorum, la victoire annoncée s’est révélée moins nette. Pour Romney perdre le Michigan aurait été un point noir fragilisant énormément sa campagne. S’il a évité la catastrophe, les résultats ne sont pas vraiment élogieux pour « l’enfant du pays ».

Pour le Center for Politics, la course à investiture va probablement continuer jusqu’à Juin. Romney devrait être le vainqueur en capitalisant sur son nombre de délégués à la convention républicaine qui entérinera la nomination.
On oublie souvent la capacité déterminante de l’establishment républicain (élus nationaux, gouverneurs, attorneys…) à peser sur le résultat final. Les résultats des straw poll, ces votes pour rire de l’été dernier, peuvent différer grandement des résultats des vraies primaires, si l’establishment républicain s’en mêle.
Hors la majorité de l’establishment supporte Romney. Même si les super-délégués du Parti Républicain n’ont pas autant de pouvoir que leurs homologues du Parti Démocrate, ils pèsent beaucoup dans le processus de sélections, et ils supportent dans l’ensemble Mitt Romney. Pas nécessairement parce qu’il ferait un bon président, mais parce qu’il apparait le mieux placé pour battre Obama.

Alors comment expliquer que les résultats soient si serrés dans le Michigan et qu’il y ait une séparation entre les aspirations de l’establishment et les votants républicains ordinaires?
Romney doit faire face à une campagne difficile car le vote anti-Romney est profond et divers. Il a été d’abord incarné par des candidats non-sérieux comme Michele Bachman, puis s’est porté vers la candidature de Rick Perry, qui représentait une alternative sérieuse à Romney. On l’a vu, ce dernier a complètement raté sa campagne, en enchainant les gaffes et annonces ratées, il a du abandonner rapidement. Rick Santorum a en quelque sorte pris la relève des anti-Romney. La « base » du Parti Républicain ne se retrouve pas dans la candidature de Romney. Il est perçu comme trop modéré sur les questions sociales en tant qu’ancien gouverneur du Massachusetts, Etat très modéré. La couverture santé qu’il a mise en place est un crime pour les plus conservateurs du Parti Républicain, d’autant plus qu’Obama s’en est inspiré pour sa propre réforme de l’assurance santé. Santorum semble plus « proche » de ces votants et joue la ligne dure sur les questions sociales. Il met sans cesse en avant son grand père travaillant dans une mine de charbon, en opposition au père de Mitt Romney, ancien porte-parole-lobbyiste de l’Automobile Manufacturer Association. La richesse personnelle de Santorum, réelle, est incomparable à la fortune de Mitt Romney. Ces facteurs fragilisent la candidature Romney pour la nomination, mais leur impact dans l’élection présidentielle de novembre reste inconnu. Romney n’est pas le conservateur que la base du Parti veut, mais ils devront probablement faire avec. Leur rejet du Président Obama sera unificateur.

Les victoires de Romney dans l’Arizona, le Michigan et l’état de Washington samedi dernier rassurent son équipe de campagne à la veille du Super Tuesday, Mardi 6 mars.
10 états [Georgie (76 délégués), Idaho (32), Massachusetts (41), Dakota du Nord (28), Ohio (66), Oklahoma (43), Tennessee (58), Vermont (17), Virginie (49), et Alaska (27)] votent le même jour. Romney devrait récupérer la majorité des délégués à l’issue du scrutin.

L’Ohio est comme toujours au centre des attentions, car « as Ohio goes, so goes the Nation ». Santorum y devançait encore récemment Romney dans les intentions de vote. Si Santorum l’emporte, la candidature de Romney en sera profondément affectée. Santorum devrait gagner les très conservateurs Tennessee et l’Oklahoma sans surprise. Newt Gingrich compte sur sa terre d’élections, la Géorgie, qui l’a propulsé Speaker of the House de 1995 à 1999. Les caucuses de l’Alaska et du Dakota du Nord sont très difficile à prédire.

Nous reviendrons dans un prochain article sur l’importance de la Virginie, un swing state, et de son gouverneur, Robert McDonnel, fervent supporter de Romney et possible candidat pour la Vice-Présidence.

Une question à Raphael Sonenshein à propos de la victoire de Mitt Romney en Floride

Raphael Sonenshein est l’Executive Director du  Edmund G. « Pat » Brown Institute of Public Affairs à la California State University, Los Angeles. Pierre-Louis et Vincent l’ont rencontré ce matin.