La loi et l’ordre selon Donald Trump

Attendu, le premier débat télévisé du 26 septembre n’a pas surpris. Donald Trump a brillé par son manque de préparation, son incompétence, sa susceptibilité et la dangerosité de ses propos. Interrogé sur les violences urbaines, il a fait appel de nouveau à la thématique nixonienne « Law and Order », notion qu’il a répétée à sept reprises, en reprenant plusieurs mensonges sur la criminalité « hors de contrôle » dans les grandes villes. C’est l’un des éléments les plus saillants de son penchant autoritaire.

« La loi et l’ordre » est un enjeu politique depuis le milieu des années 60. Son utilisation ne concerne pas seulement les tensions raciales et les violences liées à la ségrégation. Les « militants non patriotiques », comme les groupes qui défendent le droit à l’avortement et les droits des homosexuels sont aussi la cible des partisans de « la loi et l’ordre ». En s’appropriant le terme, Nixon souhaite s’adresser à la « majorité silencieuse », les électeurs qui refusent les mouvements d’émancipations civiques et les transformations sociales des années 60 et 70. Nixon se sert des tensions raciales et du ressentiment d’une partie de l’électorat pour attirer le vote blanc. Le recours à cette rhétorique depuis 1968 vise à distinguer la criminalité et les questions raciales : l’inflexibilité face au crime sert en fin de compte les communautés noires. C’est aussi une manière d’attaquer les démocrates, les accusant de laxisme. Le président Bill Clinton a voulu éviter cette qualification en faisant voter un arsenal judiciaire très répressif au cours de son mandat, une législation fortement critiquée aujourd’hui, dont il reconnaît les effets pervers. En insistant sur les violences urbaines, en parlant comme un shérif de l’Ouest mythique, Donald Trump a recours à un racisme codé, tout en dénonçant le politiquement correct de ses adversaires. Il cherche aujourd’hui à mobiliser les électeurs par la peur, pour rallier ceux qui se méfient du mouvement protestataire Black Lives Matter ou qui sont convaincus que l’Amérique est trop modérée face à la menace terroriste.

Son inspirateur et maître à penser en la matière reste Rudolph Giuliani. Ancien maire républicain de New York de 1994 à 2001, devenu « America’s Mayor » après le 11-Septembre, Giuliani est l’un des meilleurs surrogates (substituts) de Trump depuis le début de cette campagne. Il est payé par le candidat républicain, en tant qu’employé du cabinet Greenberg Traurig qui représente les intérêts de Trump et de son gendre, Jared Kushner. Giuliani et Trump partagent aussi une certaine expérience dans la médiatisation de leurs divorces. Ils ont commencé leurs affaires ensemble en 1989, quand Trump est devenu co-directeur de la première levée de fonds pour la campagne municipale de Giuliani, alors procureur fédéral pour le district sud de New York. La municipalité de Rudy Giuliani a ensuite soutenu les aventures financières de Trump en intervenant dans les projets immobiliers de Riverside South et de Central Park South. Ils sont devenus proches et se sont invités à leurs mariages respectifs. Trump a mentionné la nomination possible de l’ancien maire à la tête d’une commission sur l’immigration ou le Department of Homeland Security. L’activisme de Giuliani pendant cette campagne est peut-être alimenté par une revanche personnelle sur Hillary Clinton. En 2000, l’ancien maire veut se présenter à l’élection sénatoriale et se prépare à affronter l’ex-première dame des Etats-Unis. Suite à un diagnostique d’un cancer de la prostate, il abandonne sa campagne. Pendant ce cycle électoral, Giuliani s’est surpassé dans ses déclarations atterrantes, culminant avec cette tirade sur la sécurité nationale : « Pendant ces huit années avant l’élection d’Obama, nous n’avons jamais eu à affronter une attaque du terrorisme islamiste aux Etats-Unis, elles ont toutes commencé après l’arrivée de Clinton et Obama au pouvoir. »

L’héritage de Rudolf Giuliani à New York est associé à la pratique polémique du « stop-and-frisk » par la police. Les officiers du NYPD sont incités à arrêter, questionner, palper dans la rue toutes les personnes qu’ils trouvent « raisonnablement suspectes » si un crime vient d’être commis ou est sur le point de l’être. Pour Donald Trump, c’est une mesure qui a fait ses preuves et qu’il faudrait renforcer et généraliser. Plusieurs enquêtes[1] montrent que cette pratique a permis une institutionalisation du harcèlement policier et de la discrimination raciale. 90 % des personnes arrêtées étaient des jeunes noirs et latinos, innocents. William Bratton, le commissaire de police qui vient de quitter ses fonctions, fut l’architecte de cette mesure et des politiques « broken window » (fenêtre brisée) à la tête du NYPD de 1994 à 1996. Au New Yorker, il expliquait ainsi : « C’est un outil simple. C’est une pratique fondamentale de la police américaine. C’est pratiqué tous les jours, probablement par toutes les forces municipales en Amérique. Si la police ne le fait pas, elle ne fait probablement pas son travail ». Le commissaire a ensuite dirigé  la police de Los Angeles (2002-2009), puis est devenu partisan d’une réforme du « stop-and-frisk », dont il juge l’usage « excessif ». La pratique a été renforcée par le commissaire Raymond Kelly pendant l’administration Bloomberg. Cette politique a été déclarée inconstitutionnelle en 2013 par un juge fédéral, alors que le nombre d’arrestation de ce type avait déjà diminué de 72%.

Pendant le débat, Donald Trump a déclaré que les violences augmentent partout depuis la fin du « stop-and-frisk » imposée par un « juge anti-police » et le maire actuel de New York, Bill de Blasio. Dès 2012, le département de police de New York a commencé à réduire sa pratique du stop-and-frisk, sous la supervision de la municipalité de Michael Bloomberg. Les élus et les médias conservateurs ont alors averti qu’une vague de meurtres et de violence allait ravager la ville. Le taux d’homicide à New York est pourtant en diminution constante, avec une réduction de 32% depuis 2011. En 2015, 352 homicides ont été enregistrés. A l’échelle nationale, la criminalité et la violence recule. Si la première moitié de 2015 a vu une légère poussée de la criminalité au niveau national, elle reste très loin des records historiques. Certaines villes connaissent des crises liées à des affrontements avec la police, comme à Charlotte (NC) ces derniers jours, ou résultent des guerres de gangs. Quelques grandes villes font exception à cette baisse constante, comme La Nouvelle Orléans et Chicago. Le nombre de fusillades à « Second City » atteint un terrible niveau : 3245 victimes depuis le début de l’année. Le taux d’homicides à Chicago est plus élevé que ceux des villes de Los Angeles et New York additionnés. Comprendre les facteurs de cette violence, pour lutter contre elle, est plus complexe qu’une redite des innovations policières des années 90 ou le sifflement d’un slogan des sixties à connotation raciste.

[1] Rosenfeld and Fornango (2014), Procureur général de l’Etat de New York (2013), American Statistical Association (2007)

Quelles réparations pour l’esclavage ?

Bully Pupit : Comment définissez-vous le concept de réparations ? Quelles pourraient en être les formes concrètes ?

Lawrie Balfour : Historiquement, l’idée de réparations était simplement ce qu’obtenait le vainqueur du perdant, lors d’une guerre. Le meilleur exemple serait les contreparties payées par l’Allemagne dans le cadre du Traité de Versailles, suivant sa défaite lors de la Première Guerre mondiale. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, il y eut un réel changement dans la façon de concevoir l’idée de réparations – et l’Allemagne, encore une fois, est liée à cela. Le gouvernement allemand a ainsi payé environ 60 milliards de dollars à l’État d’Israel et aux victimes de l’Holocauste. Pour la première fois, un État reconnaissait les crimes qu’il avait commis par le passé. Vous pouvez imaginer que cela n’était pas pour autant très populaire auprès des victimes de l’Holocauste, mais l’idée qui émergea dans la seconde moitié du XXème siècle est que les sociétés démocratiques ont besoin de faire face aux crimes du passé afin d’avancer. On ne pouvait plus simplement dire que le passé est le passé.

Quand j’utilise l’expression de réparations, je l’utilise dans un sens très large de façon à saisir une série d’efforts tentant de réparer les dommages causés par le système politique.

Ce fut aussi également le cas pour les démocraties nouvelles et les États qui ont émergé de guerres civiles ou de régimes oppressifs. Ainsi, la Truth and Reconciliation Commission en Afrique du Sud avait un comité chargé d’évaluer les réparations selon un large éventail de possibilités. Cela pouvait certes être des rétributions personnelles, mais cela pouvait être aussi des subventions communautaires, des dépenses en matière de santé publique voire des fonds de développement. La plupart n’ont en fait pas été mises en place et cela suscite actuellement une vive controverse. Mais, quand j’utilise l’expression de réparations, je l’utilise dans un sens très large de façon à saisir une série d’efforts tentant de réparer les dommages causés par le système politique – dans le cas des États-Unis, les dommages passés mais également en cours, de l’esclavage à la ségrégation. Parfois, le terme de réparation est utilisé de façon très spécifique, simplement pour signifier des contreparties pécuniaires aux individus. J’ai ainsi essayé d’user de la la plus large acception possible du terme, en y incorporant les commissions pour la vérité, différentes sortes de compensations financières à grande échelle comme les bourses universitaires, les fonds de redéveloppement, etc. Cela pourrait inclure un seul ou tous ces éléments.  Certaines réformes politiques ou légales pourraient aussi être considérées comme une rubrique du répertoire de réparations. Par exemple, la façon selon laquelle les Africains-Américains sont exclus, des années après le Voting Right Act, du droit de vote. Les efforts effectués pour lutter contre cela, encourager une « citoyenneté noire » et améliorer la participation électorale des Africain-Américains pourraient être considérés comme des réparations.

La clef pour moi, c’est de comprendre les politiques actuelles avec une perspective historique.

 Quel degré de conscience historique à propos de l’esclavage requièrent nos sociétés démocratiques ?

C’est une très bonne question. L’esclavage a été aboli il y a plus d’un siècle et je ne suggère pas que les conditions de vie sont restées à l’identique. Mes étudiants ont du mal à se faire à l’idée que le passé a des répercussions sur le présent. Prenons, par exemple, mon cours sur la pensée politique afro-américaine, que j’enseigne d’un point de vue historique. Les étudiants ne nient pas les horreurs de l’esclavage ou de la ségrégation. Mais lorsque je demande « comment comprendre que les débats sur le système de protection sociale injectent dans le discours public tout un tas de préjugés sur les mères afro-américaines et que ces préjugés prennent leur source à l’époque de l’esclavage ? » Et bien lorsque je leur demande cela, les étudiants tracent une stricte ligne de séparation entre le passé et le présent. Une partie de mon travail n’est donc pas de faire comprendre que le passé détermine le présent, mais d’assouplir, de relativiser, cette grande ligne de séparation pour comprendre les racines des préjugés.

 Quelle est la place de cette idée de réparations dans le discours politique aujourd’hui ?

Quelques groupes militants utilisaient l’expression. À la fin des années 1990, début des années 2000, il y avait un débat public important sur cette question. Un membre du Congrès, John Conyers (D-Mi) a même déposé une proposition de loi (HR40) visant à étudier l’idée de réparations. C’était peu après que les Japonais-Américains menèrent avec succès une campagne afin de récolter de relatives réparations pour leur internement durant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, mis à part pour quelques groupes militants du « nationalisme noir », l’idée de réparations n’est que peu discutée. Je pense que l’élection d’Obama y est pour beaucoup. La question est maintenant hors-jeu. Je m’implique dans ce projet précisément parce que je pense que nous sommes arrivés à un point où le débat public se contente d’écarter l’idée de réparations, c’est toute l’idée de justice raciale qui est absente de la discussion nationale. L’idée de commencer par le plus improbable – plus de 90% des blancs sont opposés à des réparations matérielles pour l’esclavage – est une façon de pousser ce débat vers l’idée qu’il existe de profondes inégalités raciales. Simplement parce que les efforts s’appuyant sur un autre registre de discours sont demeurés sans succès. C’est une provocation de ma part ! C’est envoyer une bombe si l’on veut, mais l’alternative jusqu’alors fut l’esquive, le silence.

 La discrimination affecte tous les Africains-Américains. La combattre à travers l’idée de réparations ne risque pas de les diviser ?

C’est – je pense – le principal souci. J’en étais très consciente lorsque j’ai effectué ce travail : la dernière chose que je souhaite est que mes recherches suscitent plus de ressentiment racial, chez les Blancs avant tout. Mais je pense que c’est en partie la raison pour laquelle il est si important que les universitaires blancs prennent au sérieux cette idée. Tout compte fait, je ne suis pas nécessairement une fervente partisane des réparations, je suis une fervente partisane de prendre cette idée au sérieux. C’est pourquoi Obama, parmi d’autres, ne veut rien avoir à faire avec cette rhétorique, et beaucoup de militants égalitaristes accomplis trouvent cette perspective beaucoup trop controversée ou source de divisions. Mon soucis est qu’à notre époque, toute sorte de proposition en terme de conscience raciale ne soit trop source de divisions… Encore une fois, une des raisons de ma radicalité est que l’effort pour aller vers une société plus juste « racialement » avec des moyens moins conflictuels a, je pense, failli. Cela vaut donc la peine de poser la question, d’arriver à faire entrer les réparations dans le champ des possibles des citoyens, au moins de faire avancer la conversation vers un engagement plus robuste en matière de droits civiques. Même si l’idée demeure une chimère…

 L’idée de réparations ne  concerne-t-elle que les Africains-Américains ou pourrait-elle s’appliquer à d’autres groupes, comme les natives (Amérindiens)

Il n’y a rien dans mes travaux qui exclut des considérations pour d’autres groupes, mais il y a différentes catégories de demandes, qui ne se ressemblent pas. Par exemple, au sein des Amérindiens, chaque groupe peut se focaliser sur des définitions différentes de souveraineté. Donc oui, l’idée de réparations peut s’appliquer à d’autres contextes et groupes de population et cela a été utilisé dans d’autres circonstances. Il y a eu des rétrocessions de territoires, des paiements à quelques groupes indiens, tous très inappropriés. Ces efforts se poursuivent, il existe des demandes constantes de différents types de réparations de la part de plusieurs groupes indigènes. Les enjeux sont reliés, mais distincts.

Comment appréhendez-vous la relation entre des mouvements identitaires et une démocratie fonctionnelle ?

Je m’intéresse à la façon dont les revendications fondées sur l’identité ont été capables de formuler des réclamations bien plus larges qu’un intérêt étroit et pluraliste. La question n’est pas simplement la recherche de la part de chaque groupe pour s’accaparer un morceau de gâteau. Des demandes qui viennent d’un contexte historique précis peuvent être aussi utilisées à des fins générales, pour tous.  La période de la « Reconstruction » (1865-1877) serait un exemple, mais pas en tant que mouvement fondé sur l’identité. Pendant la Reconstruction, des avancées ont eu lieu pour les hommes et femmes libres, mais les personnes récemment affranchies ont aussi fait des efforts afin d’améliorer leur situation, ce qui a entraîné des structures politiques et sociales plus démocratiques, au moins de façon temporaire dans le Sud. Je suis très sceptique en ce qui concerne l’argument « automatique anti-identitaire », car souvent les mêmes préjudices sont reproduits sur les différentes populations.

Il y a-t-il un conflit entre militants ou universitaires à propos de qui est descendant d’esclave et qui ne l’est pas ?

Il y a une quantité impressionnante de publications universitaires en sciences politiques et en sociologie, que j’ai commencé à étudier. Tout ceci vient de l’hétérogénéité de l’Afro-Amérique. L’esclavage n’est qu’une partie, cruciale, d’un tout. Cela ne dépend pas de la capacité de l’individu à retrouver ses racines d’esclave. Les descendants ayant des origines africaines sont susceptibles d’être des descendants d’esclaves, qu’ils viennent des Etats-Unis où d’ailleurs et nombreux des principaux activistes en Amérique ont été des immigrants des Antilles ou d’ailleurs. La tradition politique noire est elle-même hétérogène. Dans la question des réparations, il n’y a rien qui suggère que c’est uniquement un sujet pour les descendants d’esclaves.

A l’Université de Virginie, une plaque rend hommage à la mémoire des esclaves. Ce type de reconnaissance par les institutions est-il commun ?

C’est de plus en plus le cas que des institutions reconnaissent l’histoire de l’esclavage et rendent hommage aux esclaves. Mais la vraie question est : quelle est la vision de l’Histoire sous-jacente ? Est-ce une vision qui renforce l’idée de loyaux esclaves par exemple ? Au début du XXème siècle, il y avait un mouvement qui a tenté d’établir un mémorial en faveur de l’auto-sacrifice des femmes esclaves. Dans de nombreux cas problématiques, la façon selon laquelle on célèbre la mémoire de l’esclavage ne fait que renforcer le statu quo plutôt que de le remettre en cause. Il y a plusieurs controverses, dont je ne suis pas familière en détails, à l’Université de Virginie.  Récemment, beaucoup de questions ont été soulevées à propos d’un homme qui était le sonneur de cloche à l’Université, et à qui on a rendu hommage. Quelques-uns se sont demandés quel était le but de cet hommage ? Dans quelle mesure nous aide-t-il non seulement à saisir avec adéquation le rôle central qu’a eu l’esclavage dans la fondation de l’Université mais aussi à éclairer l’expérience des générations suivantes de travailleurs, y compris des travailleurs actuels. Au même moment, il y avait une campagne pour une revalorisation salariale qui n’a eu aucun écho dans l’administration, et ces travailleurs sont majoritairement des hommes et des femmes de couleur. Dans un sens, je pense que le devoir de mémoire est crucial et nécessaire. Mais il y a une façon de le faire uniquement pour nous aider à nous sentir mieux sans avoir à penser aux conséquences du passé. D’autres réponses appellent plus d’introspection…

Pensez-vous qu’en mettant au jour les origines structurelles de la discrimination, cette question des réparations peut nous aider à trancher le débat sur l’Amérique post-raciale et l’indifférence à la couleur (color blindness) ?

 « L’esclavage déshonore la race, et la race perpétue le souvenir de l’esclavage » Tocqueville

Dans notre époque où la color blindness est si prédominante, l’idée de réparation est j’espère un moyen de faire réfléchir aux problèmes que pose cette façon de voir les choses. Je ne peux pas croire que ce soit le seul moyen de crever l’abcès et de nombreux universitaires et militants tentent de s’attaquer à cette question. Mais selon de nombreux points de vue, l’indifférence à la couleur garde une forte assise, particulièrement dans le monde judiciaire et tout particulièrement à la Cour Suprême où toute mention de la race est perçue comme une discrimination qui serait philosophiquement pas très différente des discriminations telles qu’on les entendait dans les années 1960. Après tout, la color blindness est une certaine forme d’idéal… Ne serait-ce pas formidable ?!  Tocqueville a une phrase très évocatrice à ce propos : « L’esclavage déshonore la race, et la race perpétue le souvenir de l’esclavage ». Je pense que ce n’est pas tout à fait juste dans le sens où cela ne suggère pas tout l’héritage structurel etc, mais je pense que l’on saisit pourquoi c’est si problématique de déclarer comme colorblind  une société qui ne l’est pas…

 Entretien réalisé et traduit par Vincent Dozol et Pierre-Louis Rolle