La convention Trump

Les conventions marquent la fin du processus des primaires avec l’investiture du candidat. Elles servent à unir le parti, le mettre en ordre de bataille et à lancer le ticket présidentiel dans la campagne officielle. Trump souhaitait certainement se présenter comme un candidat responsable et rassembleur, tout en profitant d’un sacre télévisé. Pour le New York Times, Cleveland représentait « la plus grande occasion de vente de la marque Trump ».

Cette convention se distingue d’abord par la liste des absents. Aucun ancien candidat républicain ou président n’y assistent. Les deux Bush, John McCain et Mitt Romney avaient sûrement d’autres urgences cette semaine plutôt que de se rendre à Cleveland. 18 sénateurs se sont portés pâles, dont Marco Rubio, qui a envoyé une vidéo. Même John Kasich, le gouverneur de l’Etat, sèche.

Quelques jours avant le rendez-vous de Cleveland, Donald Trump avait promis de divulguer incessamment le nom du candidat pour la vice-présidence, puis, après le massacre de Nice, a d’abord reporté l’affaire puis finalement annoncé officiellement son choix, vendredi dernier : Mike Pence, le gouverneur de l’Indiana. La veille, Trump ne s’était toujours pas décidé. Il a finalement tranché, après avoir considéré son valet et gouverneur du New Jersey Chris Christie empêtré dans les affaires judiciaires, le retraité Newt Gingrich, ancien chef républicain de la Chambre pendant le mandat de Bill Clinton, responsable de la radicalisation du GOP et fin architecte du blocage législatif, ou encore John Kasich, le gouverneur de l’Ohio.

Mike Pence est considéré comme une figure de l’establishment républicain. Ancien Représentant, ce gouverneur impopulaire est un champion de l’opposition à l’avortement et des lois anti-LGBTQ. Mike Pence se définit comme « un chrétien, un conservateur et un républicain, dans cet ordre ». Avant d’être un élu, il a animé The Mike Pence Show sur les ondes radios de l’Indiana, au moment où l’extrême droite a fait de ce média le principal canal de communications de ses idées. Admirateur de Ronald Reagan, il s’est inscrit tôt dans le sillage de la droite religieuse. Son bilan législatif fait l’objet de beaucoup d’attention car le candidat Trump n’a aucune expérience politique. Mike Pence a soutenu en vain une loi qui visait à redéfinir le viol en bloquant les financements du gouvernement fédéral pour les avortements en cas de « forcible rape ». Dès 2007, il a lancé l’assaut républicain contre le planning familial. Le gouverneur a réduit l’accès à l’avortement dans son Etat et stoppé le financement du planning familial, une organisation qui pratique aussi le dépistage des IST, ce qui a entraîné une hausse des infections VIH dans l’Indiana. le gouverneur a signé une des lois les plus restrictives en matière d’avortement. La pratique est interdite sur la base d’un handicap futur du fœtus et la loi oblige les femmes à subir un test ultrason au moins 18 heures avant l’intervention médicale.

Pence soutient les lois sur la « liberté religieuse », qui permettent aux sociétés privées de discriminer légalement les personnes LGBTQ. Devant les menaces des grandes entreprises de quitter l’Etat, le gouverneur a fait marche arrière. Pendant les primaires républicaines, Mike Pence a soutenu Ted Cruz, avant de se rallier à Trump quand celui-ci est devenu inévitable. Pence possède des liens anciens et profonds avec le leadership républicain et le monde des affaires. Sa présence auprès de Trump pourrait favoriser la levée d fonds des donateurs historiques de la droite américaine, encore réticents à embrasser le milionaire. Le gouverneur ne devrait pas permettre d’attirer beaucoup d’électeurs indépendants, et pourrait pousser plus de femmes à voter pour Hillary Clinton. Le « fossé du genre » (gender gap) est pourtant l’un des défis principaux du parti républicain : en 2012, Mitt Romney a devancé Obama de 8 points parmi les voix des hommes (54%- 46%), mais a perdu le vote des femmes de 12 points.

Mike Pence est par contre bien placé pour mettre en application le nouveau programme ultra conservateur du parti républicain, qui reflète de plus en plus les idées et projets des chrétiens évangéliques. Ce programme souhaite une instruction renforcée de la Bible dans les écoles, la fin du mariage gay et de l’égalité des droits pour les personnes LGBTQ, ainsi que la nomination de juges « qui reconnaissent le droit inaliénable à la vie et les lois de la nature et la nature de Dieu, comme le faisait le défunt juge de la cour suprême Antonin Scalia. »

Cette semaine, la convention de Cleveland est donc devenue Le Trump show, une émission de télé-réalité ennuyeuse et embarrassante en prime time, pour un public blanc et âgé, avec à la fête des délégations de racistes, d’intégristes chrétiens, de nativistes et d’hommes politiques européens d’extrême droite. L’élément rassembleur semblait être la haine de Hillary Clinton. On a entendu la foule crier « Lock her up! » (« enfermez la! »), la traiter de « bitch » et « cunt«  dans les échanges, sur les pancartes et goodies de l’assemblée. Un spectacle ponctué de drames, d’éléments de combats de catch, avec le défilé chaque soir au pupitre d’un membre de la famille Trump, les seules personnes que le patriarche écoute véritablement. L’épisode pilote a débuté avec une controverse qui a duré toute la semaine. Selon une tradition conservatrice, l’épouse du candidat fait un discours lors de la convention pour parler des femmes, confier des anecdotes et humaniser l’homme formidable, le père aimant et disponible. Melania Trump a plagié dans son discours Michelle Obama, une femme qu’elle admire. Mme Trump était restée discrète jusqu’à présent, n’appréciant visiblement pas les projecteurs médiatiques et journalistes politiques conviés par son mari. Ses profondes réflexions et sa vie en toute simplicité ont été analysées il y a quelques mois par Julia Ioffe dans un bon portrait publié par GQ magazine. L’ex-mannequin d’origine slovène, forcée de faire des pirouettes puis d’être humiliée dans le carnaval de son époux, n’est qu’un exemple supplémentaire de l’amateurisme généralisé de la campagne Trump. L’équipe du candidat a tenté de stopper le scandale, en niant d’abord le plagiat, puis en avançant toute sorte de raisons, pour enfin sacrifier une plume de l’organisation Trump (une tradition bien ancrée dans cette société) qui se serait perdue dans ses notes.

Mercredi soir, Ted Cruz a auditionné pour l’investiture républicaine en 2020. Arrivé deuxième dans les primaires, il a félicité Donald Trump mais ne l’a pas soutenu, il a appelé les délégués « à voter avec [leur] conscience ». Il est sorti de la scène sous les huées des spectateurs. Devant la délégation texane le lendemain, il a expliqué n’avoir toujours pas oublié les attaques de Trump contre le physique de sa femme ou d’avoir suggéré que son père était impliqué dans l’assassinat de JFK. L’ancien héro du Tea Party ne sera pas « un petit toutou servile » de la campagne de Trump. L’intervention négative de Ted Cruz était attendue par l’équipe du candidat. Trump a même fait irruption dans la salle renforcer le moment dramatique pendant ce discours. Les mots de Cruz ont complétement fait oublier le premier discours national de Mike Pence peu après. Au milieu du brouhaha, Trump a aussi donné un interview sur son projet pour l’OTAN, une performance de géopolitique fiction qui prêterait à sourire si elle n’était pas simplement terrifiante.

Ivanka Trump, la principale conseillère du candidat, a fait l’introduction de son père le dernier soir. Donald Trump a repris dans son discours les mêmes accents égrainés ces derniers mois. Il a fait appel à la peur et à la colère des électeurs qu’il mobilise, il a peint une Amérique en situation de crise généralisée (immigration, violences urbaines, terrorisme), s’est dit le seul qualifié pour régler tout ça et a promis des solutions instantanées sans les expliquer. La restauration de la grandeur de l’Amérique, afin de la rendre « plus grande, meilleur, et plus forte qu’elle n’a jamais été », c’est la magie incantatoire de Donald Trump, par le simple fait qu’il existe.

La campagne de Trump est officiellement une copie de la campagne de Richard Nixon en 1968 fondée sur « la loi et l’ordre ». Après la fusillade de Dallas où 5 policiers ont été tués, le candidat républicain a déclaré : « nous devons restaurer la loi et l’ordre. Nous devons restaurer la confiance de notre peuple d’être en sécurité et en sureté dans leurs maisons et dans la rue. » Dans The Atlantic, l’historien Julian Zelizer rappelle en quoi la situation en 1968 est différente tout en soulignant certaines similarités avec l’Amérique d’aujourd’hui.

Lorsque les questions de race et de police était au centre du débat national en 1968, le gouvernement fédéral n’a pas réussi à organiser le changement. L’Etat a compris comment le racisme institutionnel s’incarnait dans les villes et comment celles-ci explosaient de violence, mais l’électorat fut au contraire séduit par les appels de Richard Nixon pour la loi et l’ordre, la répression urbaine, en laissant les enjeux du racismes institutionnels intactes. Plutôt que de s’attaquer à l’inscription du racisme dans les institutions américaines, notamment dans le système de justice criminelle, l’Etat s’est concentré dans la construction d’un système carcéral massif, la militarisation des forces de police, la criminalisation des petits délits et a continué à vivre des épisodes de conflits raciaux qui explosent dans la violence.

Les révoltes urbaines de Détroit, Michigan et Newark l’année précédente suite aux violences policières contre des Afro-américains ont entraîné la création par le président Johnson de la commission Kerner. Une fois Nixon installé à la Maison Blanche, les recommandations de cette commission ont été totalement ignorées.

Le journaliste Norman Mailer se rend à la convention républicaine à Miami cette année-là. Dans ses écrits, il parle de lui à la troisième personne. Son personnage de reporter quitte le rassemblement des délégués un peu trop tôt : « il réalisa qu’il avait manqué la soirée la plus excitante de la convention, du moins sur la scène, et fut seulement capable de se consoler avec une pensée triste, l’assurance qu’il pourrait mieux couvrir la convention devant la télévision que s’il y avait assistée. » Trump n’a probablement jamais lu Mailer, ou un autre livre que The Art of the Deal depuis qu’il a quitté l’université, mais il a réussi la production d’un spectacle télévisuel sur 4 jours, l’œil rivé uniquement sur les chiffres d’audience, le seul indicateur trouvant grâce à ses yeux.

 

Festival de Cannes, une promesse d’Amérique

A chaque édition, le cinéma américain dans sa diversité est présent à Cannes. Des réalisateurs talentueux de films indépendants sont en compétition pour la Palme et des films à gros budgets sont aussi projetés en sélection officielle, parfois excellents (Mad Max : Fury Road en 2015), parfois insignifiants (Da Vinci Code en 2006) afin d’assurer la présence de stars américaines et le glamour de la montée des marches. Pensé à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, le festival ne se tient pour la première fois qu’en 1946. Depuis, les affiches du festival puisent souvent leurs références dans le cinéma américain et on annonce presque tous les ans le retour en force des États-Unis sur la Croisette. Ils sont en fait présents à Cannes dès ses origines.

Né avec le soutien de l’industrie et du gouvernement américain

La manifestation répond à un impératif politique, soutenu par les États-Unis. Il faut concurrencer la Mostra fasciste de Venise en créant un grand festival pour le monde libre. Joseph Goebbels a verrouillé le palmarès de l’édition de 1938, deux films de propagande, dont un signé de la réalisatrice Leni Riefenstahl, ont été récompensés par la « coupe Mussolini ». Jean Zay, ministre de l’éducation nationale et des Beaux-Arts, est l’initiateur du festival au printemps 1939 (les nazis occupent Prague). Il est secondé par le haut fonctionnaire et historien Philippe Erlanger. Le projet est né de l’alliance entre la volonté du gouvernement français et le soutien de l’industrie cinématographique américaine pour s’opposer à l’Allemagne et l’Italie. L’Amérique refuse de participer à la prochaine manifestation vénitienne et lorgne sur le sud de la France. L’enjeu est aussi économique : contrer les restrictions italiennes sur l’importation et l’exploitation des films américains. Un petit déjeuner en l’honneur de Jean Zay est offert le 23 juillet par les représentants du cinéma américain, afin de discuter des aspects techniques du futur festival. Les autorités françaises s’entendent avec l’attaché commercial américain Daniel Reagan, et des membres des majors hollywoodiens. L’ouverture complète du marché français est demandée. Un décret du 10 août 1939 supprime les restrictions sur les films doublés en France, un précédent aujourd’hui oublié des accords Blum-Byrnes de 1946.

Pour la sélection, les États-Unis envoient Le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Stanley et Livingston de Henry King et Otto Brower et Union Pacific de Cecil B. DeMille. Côté vedettes, la Metro-Goldwyn-Mayer affrète un paquebot pour amener Gary Cooper et Norma Shearer. Des fêtes sont organisées chaque soir fin août pour annoncer le banquet inaugural, prévu le 1er septembre. Le jour où la Wehrmacht envahit la Pologne.

Le festival est donc né en 1939 au niveau administratif, mais n’a pas eu lieu. La guerre emporte l’Europe. Jean Zay disparaît mais son idée lui survit. Philippe Erlanger reprend l’ouvrage là où il l’avait laissé. Des fonds secrets sont débloqués en 1946, les organisateurs ont quatre mois pour être prêt pour la séance d’ouverture. Tout n’est pas encore millimétré lors de la première édition. Une bobine de Notorious de Hitchcock est oubliée lors de sa projection dans l’ancien casino de Cannes. Michèle Morgan saisit l’occasion pour faire son retour en France, après sa parenthèse hollywoodienne.

Tout ce qui se passe en dehors des salles obscures cannoises est futile, donc indispensable. À l’extérieur, les célébrités baignent dans le soleil. C’est grâce à ses stars que le festival est devenu un des événements les plus médiatisés au monde. Certains films américains sont sélectionnés, souvent hors compétition, pour assurer une montée des marches prestigieuses. Moins pour la qualité exceptionnelle du film que pour le plaisir des festifs-alliés et de la presse. Les acteurs peuvent profiter de l’événement pour donner un nouveau tournant à leur carrière, casser une image qui les cantonne dans les mêmes types de rôle. Les premières starlettes se déhanchent en 1953. Les photographes n’ont d’objectifs que pour Brigitte Bardot, Kirk Douglas se presse pour lui faire des couettes.

Un scandale éclate en 1955 lors d’un pique-nique aux îles de Lérins. Simone Silva, jeune actrice britannique, est photographiée sans le haut et dans les bras de l’acteur américain Robert Mitchum. L’opinion publique américaine est outrée. Les Etats-Unis menacent de fuir le festival. Le délégué général, Robert Favre Le Bret, est dépêché auprès des autorités pour persuader les Américains de ne pas quitter la compétition. Des producteurs effarouchés empêchent Grace Kelly de se rendre au festival, soudain perçu comme un lieu de « débauche ». Ce qui se passe dans les hôtels fait aussi jaser. Natalie Wood et Warren Beatty s’évaporent, enfermés dans une suite du Carlton. Les commères se gaussent : « Elle est au lit, Wood ». Le festival est aussi l’occasion de célébrer le patrimoine du cinéma. Groucho Marx est fait officier des arts et des lettres. Il demande alors que sa médaille soit remise au mont-de-piété afin qu’il puisse payer la note du mini-bar de son hôtel. Plus tard, Sharon Stone devient la star emblématique du festival avec le thriller érotique Basic Instinct en 1992. Elle revient tous les ans en tant qu’ambassadrice de l’amFar, fondation pour la recherche sur le sida.

Joutes politiques pendant la Guerre froide

Cannes n’est pas qu’une bulle luxueuse. La sélection des films fait souvent écho aux perturbations de l’actualité ou annonce les mouvements de demain. Jean Cocteau, président du jury multirécidiviste, souhaite que la manifestation reste une « rencontre d’amis » dont les intérêts politiques doivent être exclus. Le choix des jurés, parfois issus des milieux littéraires et politiques et nommés par l’État, est régulièrement attaqué. Le festival est un théâtre d’affrontements pendant la Guerre froide.

Pour s’assurer de la présence américaine, les organisateurs leur octroient un traitement particulier. En amont du festival, les bateaux militaires et ceux des studios peuvent venir s’installer dans la baie, ce qui déplaît aux habitants des environs, et aux pays du bloc de l’Est. Déjà en 1949, ils avaient refusé de participer aux festivités, dénonçant le règlement qui prévoit une seule sélection soviétique contre douze places pour le cinéma américain. Un rééquilibrage s’impose. Quand passent les cigognes (Letyat zhuravli) de Mikhaïl Kalatozov obtient l’unique Palme d’or attribuée à l’URSS, en 1958. Les tensions s’amplifient au fil des années, au risque de blocage. Les journaux dénoncent en 1956 une rencontre internationale qui « ressemble de plus en plus à l’ONU ».  La censure par les participants n’est plus possible à partir de 1956. Les organisateurs entendent faire passer l’art avant les cuisines diplomatiques. En réponse à la polémique de l’attribution en 1957 de la Palme à La Loi du Seigneur de William Wyler, Jean Cocteau déclare : « Couronnez un Américain, vous êtes vendu à l’Amérique. Couronnez un Russe, vous êtes communiste ».

C’est en 1955 que le Grand Prix devient une palme en or massif, référence aux armoiries de la ville et aux arbres de la promenade. La première palme est attribuée à un film américain, Marty, du réalisateur Delbert Mann. Les États-Unis demeurent aujourd’hui le pays le plus palmé. La même année, la projection de Carmen Jones d’Otto Preminger déclenche une nouvelle polémique. Carmen, chef d’oeuvre français de Georges Bizet, est adapté en comédie musicale et interprété par des acteurs noirs. Quelques festivaliers français ne digèrent pas ces transgressions. Les héritiers des librettistes de la version originale non plus. Suite à un procès, le film est invisible en France jusqu’en 1981.

Cannes comme tribune de la rébellion

Le vent de contestation de 68 atteint le festival, qui est interrompu. L’année suivante, Cannes embrasse l’émergence du Nouvel Hollywood et de la contre-culture avec Easy Rider de Dennis Hopper. Le producteur Sam Spiegel met son yacht à disposition du jury pendant que Jack Nicholson fait pousser du cannabis dans les bacs de géraniums du Carlton. Le festival cultive son goût de la contestation contre la guerre du Vietnam et pour le cinéma d’auteur engagé avec le couronnement de M.A.S.H. (Robert Altman, 1970). Issu du Nouvel Hollywood, Coppola obtient deux fois la Palme d’Or pour Conversation Secrète (1974), thriller post-Watergate, puis Apocalypse Now (1979). Son camarade Martin Scorsese gagne la récompense suprême en 1976 avec Taxi Driver, remise par Tennessee Williams.

Le cinéma indépendant américain domine au cours de la décennie suivante (Sailor et Lula de David Lynch, Barton Fink des frères Coen). Beaucoup de films sélectionnés sont mis en scène par des réalisateurs étrangers émigrés aux Etats-Unis. La manifestation est aussi un lieu d’expérimentations, pas toujours concluantes. Polyester de John Waters est présenté en 1981 en odorama, les spectateurs sont munis de petites plaques qu’il faut gratter pendant le film pour libérer leurs odeurs.

Au début des années 2000, les grands patrons d’Hollywood sont tentés de snober le festival, s’interrogeant sur l’intérêt économique du déplacement cannois. « Cannes a pourtant toujours défendu le grand cinéma américain » rappelle Fréderic Mitterrand, habitué et biographe de la manifestation. En 2001, Thierry Frémaux devient le nouveau délégué général du festival de Cannes, avec pour mission de tisser de nouveaux liens avec le cinéma américain.

Le festival sert régulièrement de tribune pour les Américains, afin d’envoyer un message à la maison. Le réalisateur David Lynch, président du jury en 2002, déclare : « En Amérique on ne verra pas ces films, c’est triste et c’est une honte, honte sur l’Amérique, honte a ceux qui veulent contrôler ce cinéma ». Autre édition très politique en 2004, le documentaire de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, reçoit la Palme d’or. Elle est directement adressée contre l’administration Bush par le jury présidé par Quentin Tarantino. Steven Spielberg fait l’apologie du modèle français lors de l’édition 2013 : « L’exception culturelle est le meilleur moyen de préserver la diversité du cinéma ».

Sous le Palais, une place de marché

Au mois de mai, le front de mer de Cannes et les moindres recoins de la Croisette se couvrent d’affiches géantes de films à venir. La domination américaine, pays du billboard, est visuellement écrasante. Dans les coulisses, le festival abrite le premier marché du film au monde. La majorité des films sont des productions indépendantes en langue anglaise. « Quand un studio aborde un nouveau film, nous avons toujours en tête l’organisation de sa sortie et la place du festival de Cannes dans ce dispositif », explique Grégoire Gensollen, senior vice-président de  FilmNation Entertainment. « Une sélection officielle de Cannes donne d’entrée un cachet au film » précise-t-il. Les producteurs se rendent au marché pour trouver des distributeurs pour leur film. Signer avec un distributeur américain pousse d’autres distributeurs internationaux à s’engager sur un long-métrage. Les droits des films y sont pré-achetés avant leur sortie programmée deux ou trois ans plus tard.

Que ce soit dans les films portant la bannière américaine ou dans les hommages rendus par des réalisateurs du monde entier, le cinéma américain est constamment présent au festival. C’est un réservoir à célébrités, un repère indépassable pour la création et pour la cinéphile. Comme l’écrit Jean-Pierre Oudart dans Les Cahiers du cinéma : « Il est bon de cultiver la part d’Amérique que beaucoup de films ont accumulée en nous-mêmes, et de s’en servir pour gagner de nouvelles idées sur le cinéma, sur les médias ». Pour le premier des festivals, qui souhaite rester à l’avant-garde, le sevrage est impossible.

Article précédemment publié en juin 2014 par le magazine France-Amérique


Pour aller plus loin

Loubes Olivier, Cannes 1939, le festival qui n’a pas eu lieu, Armand Colin, avril 2016

Paillard Jérôme, « Le Marché du Film du festival de Cannes, événement majeur de l’industrie cinématographique. », Géoéconomie 3/2011 (n° 58) , p. 77-87
www.cairn.info/revue-geoeconomie-2011-3-page-77.htm

Domenach Elise, « Cannes 2007, le goût de l’Amérique », Esprit, juillet 2007. https://www.cairn.info/revue-esprit-2007-7-page-178.htm

Mitterrand Frédéric, « Analyse géopolitique du cinéma comme outil de soft power des États. », Géoéconomie 3/2011 (n° 58) , p. 9-15
www.cairn.info/revue-geoeconomie-2011-3-page-9.htm

Entretien avec Robert Paxton, historien du régime de Vichy

La publication de son ouvrage La France de Vichy en 1973 a profondément marqué le débat public, à tel point que l’on parle d’une « révolution paxtonienne«  dans l’historiographie française. Pour Henry Rousso, chercheur à l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP) et auteur du Syndrome de Vichy (1987), l’universitaire américain est devenu un « personnage de notre roman national ». Dans son interprétation générale et critique du régime de Vichy, Robert Paxton s’appuie sur les archives allemandes pour montrer que la collaboration d’État et les politiques antisémites n’ont pas été imposées par l’occupant, mais étaient plutôt des conditions nécessaires à la mise en place de la « Révolution Nationale« .

Robert Paxton n’hésite pas à défendre ses analyses quand il est pris à partie. Dans son dernier livre Le Suicide français, l’essayiste Eric Zemmour attaque l’historien américain, qui lui a répondu le 18 octobre 2014 dans une tribune du Monde intitulée « Vichy, une collaboration active et lamentable » : « Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concernant les juifs. Aucune ‘préférence nationale’ n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immigrés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des ‘ressortissants étrangers de race juive’ […] Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle […] Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens. » Robert Paxton conclue sa réponse par un parallèle avec les Etats-Unis : « Vues de l’étranger, les idées noires exploitées par Zemmour ne semblent pas si exceptionnelles. Jadis puissance militaire et culturelle, la France en est venue à occuper une position certes honorable mais moyenne. Aucun Etat n’échappe au relâchement des liens nationaux et sociaux, au commerce mondialisé et à l’individualisme débridé. Aux Etats-Unis aussi, on redoute la déchéance. Le Tea Party est parvenu à bloquer le gouvernement fédéral. Le système électoral américain est archaïque. Le président n’est pas apprécié par la population. Un mouvement ‘néoconfédéré’ vigoureux s’enorgueillit de la cause sudiste telle qu’elle fut défendue au cours de la guerre civile des années 1861-1865. Ce mouvement accuse les historiens qui critiquent la société esclavagiste d’être quelque peu antiaméricains. Eric Zemmour se sentirait chez lui en leur compagnie. »

Né à Lexington en Virginie en 1932, Robert Paxton a étudié à Washington & Lee University, Oxford et Harvard. En parallèle de son activité d’écriture, il a enseigné l’histoire européenne du XXe siècle à l’Université de Columbia (New York). Rencontre en octobre 2014 dans son appartement à quelques blocs du campus.

Quelle idée vous faisiez-vous de la France avant de vous y rendre pour la première fois ?

Robert Paxton : La professeur de piano de mon enfance connaissait bien la France et mes parents avaient des amis français. J’ai appris que la culture est très importante dans ce pays et la vie agréable. L’intelligence a le pouvoir. J’ai ensuite pris des cours de français au lycée Exeter dans le New Hampshire, avec des professeurs qui n’étaient cependant pas français.

Originaire de Virginie, vous dites avoir grandi dans un « trop plein » historique. Qu’entendez-vous par cette formule ?

J’ai grandi dans le souvenir de la guerre civile (1860-1865). Mon arrière grand-père est mort pendant le conflit. Mes parents gardaient un peu la foi du Sud. Un cousin germain de mon père est allé en France pour se battre pendant la Grande guerre. C’était un moment dont il était très fier. Mon père se préparait à y aller lors de la Deuxième Guerre mondiale, mais la paix est revenue avant. À l’internat dans le New Hampshire, j’ai pris des cours sur l’histoire de l’Europe. Ce fut une façon d’échapper à cette atmosphère étouffante, à ce souvenir. Le Sud était un pays très fermé. L’Europe me semblait être le grand large.

André Siegfried décrivait en 1927 le regard des États-Unis sur la France : « Nul pays n’y est plus passionnément aimé; nul n’y est par ailleurs si déprécié, plus sévèrement jugé. Il semble qu’il y ait toujours un excès, dans un sens comme dans l’autre, et qu’alternativement domine soit une illusion, soit une déception. » Les relations entre ces deux pays se sont-elles depuis normalisées ?

Cette citation est très juste. Les premiers jeunes Américains qui ont découvert la France ont été fascinés par sa culture. Certains ont été un peu choqués par les mœurs, la présence de maisons closes. Depuis le début et jusqu’à aujourd’hui, il y a ces deux images ambivalentes dans l’esprit des Américains.

Quel fut l’impact de la défaite militaire de 1940 dans l’esprit des Français ?

La défaite de 1940 fut une cassure profonde dans l’histoire de France et dans l’image que les Français ont d’eux-mêmes. Il est impossible d’imaginer le prestige de l’armée française en 1939. L’armée américaine s’est modelée sur la référence française. Personne en Amérique n’avait lu les écrits du général de Gaulle en faveur des réformes militaires, sauf le général George Patton qui lisait tout. Beaucoup de généraux allemands craignaient aussi la guerre contre la France en 1939. La France a été battue d’une façon humiliante. Je crois qu’elle ne s’est jamais remise de cet événement. La chute de la France d’une grande puissance à un pays moyen, c’est une descente difficile à naviguer émotionnellement. Deux générations plus tard, cette cassure reste primordiale.

Lors de votre premier voyage familial en France en 1950, vous découvrez Paris « épargné mais miteux. »

J’avais 18 ans. Nous sommes d’abord allés en Angleterre, mes origines familiales sont britanniques. On a été frappés par les destructions, des espaces immenses avaient été rasés. On était au courant des dégâts pendant la guerre, car nous avions reçu en Virginie des enfants britanniques réfugiés. Mais on était quand même choqués en arrivant sur place. En France, on avait l’impression que Paris était épargné, par rapport à Londres. On était quand même très conscients des effets de la guerre. En 1950, la France était en voie de reconstruction, au tout début du renouveau. Il n’y avait pas assez de viande, toujours des privations, mais moins qu’en Angleterre. Paris avait visiblement souffert économiquement et moralement de l’Occupation. Nous avons visité les monuments touristiques, ce qui m’a évité de devoir refaire le même chemin plus tard.

Vous avez ensuite passé l’examen du Foreign Service du département d’État. Souhaitiez-vous devenir diplomate ?

J’ai toujours été attiré par les voyages, surtout par l’Europe, je voulais avoir cette possibilité d’y vivre un certain temps. C’était un rêve, finalement abandonné pour le doctorat. Je n’étais pas prêt à renoncer à l’étude du passé.

En 1960, vous êtes de retour à Paris dans le cadre de vos études.

La France est alors déchirée par la guerre d’Algérie. J’étais fasciné par le rôle de l’armée et je voulais étudier la culture des officiers militaires français. Je suis venu pour faire une thèse sur Saint-Cyr pendant la IIIe République. Au service de recherche historique de l’armée, les archivistes m’ont expliqué que l’aviation américaine avait bombardé le bâtiment et que tout était parti en fumée. J’ai demandé à Raoul Girardet, professeur à Sciences Po, de me conseiller. Pour lui, le moment le plus intéressant, c’est l’Occupation. Les officiers ne savaient pas qui était leur chef légitime : Pétain, de Gaulle à Londres ou Giraud à Alger. Raoul Girardet me propose aussi de rencontrer le général Weygand, ce que j’ai accepté. Mon directeur de thèse à Harvard a donné son accord et je me suis lancé dans cette étude. Je me suis entretenu avec une trentaine d’officiers pétainistes de 1960 à 1961. Les recherches étaient délicates. Les gens étaient réticents à parler de cette période. La guerre d’Algérie a provoqué des tensions entre la France et l’Amérique. Des sénateurs américains ont apporté leur soutien à l’indépendance de l’Algérie. Les États-Unis ont fourni de l’armement léger à Habib Bourguiba. Il y a eu des retombées sur mes contacts avec les officiers français. Quand ils ont accepté de me parler, ils voulaient me convaincre que pendant l’Occupation, ils rêvaient de la libération, qu’ils étaient en fait anti-Allemands et favorables aux Alliés. C’était vrai pour certains, pas pour tous. J’ai écouté leurs versions de l’histoire, que j’ai ensuite vérifiées dans les archives américaines et allemandes.

Quelles archives avez-vous principalement consultées ?

Les archives des services d’inspection allemands qui ont visité la zone non occupée, récupérées par les Alliés à la fin de la guerre. Elles étaient accessibles sur microfilms à Washington D.C. Des universitaires germanistes les étudiaient. J’étais un des premiers à utiliser les archives allemandes de cette façon, pour étudier le régime de Vichy. Ce n’était d’ailleurs pas toujours très bien accepté en France. On a critiqué l’utilisation des archives « ennemies ». Il faut bien sûr les lire avec un esprit critique, comprendre les circonstances. Les archives allemandes sont aussi valables que celles de n’importe quel pays.

En France, les archives sont fermées au public pendant soixante ans.

On m’a dissuadé de demander l’accès. Le système des dérogations ne commence qu’avec la loi de 1979. Le gouvernement français a simplement publié cinq volumes des archives de la commission d’Armistice, une source très intéressante. J’ai aussi étudié les procès de collaborateurs et des militaires, dont le ministre des armées de Vichy. J’ai eu la bonne fortune de pouvoir consulter les notes sténographiques des dernières séances publiques de ces procès. Les instructions ont été conclues trop rapidement, elles sont un peu schématiques.

Comment avez vous évolué vers une étude générale du régime de Vichy ?

J’ai très tôt compris que ce que je découvrais dans les archives allemandes ne correspondait pas à ce que je lisais dans le livre de Robert Aron, Histoire de Vichy (1956), écrit à partir des comptes-rendus des procès à la fin de la guerre. Tout était attribué aux Allemands. J’étais en train de dépister quelque chose de différent. Dès la publication de ma thèse en 1966, j’ai profité d’un semestre de congé pour passer six mois en France et commencer un livre général sur le régime.

Quel a été le rôle de l’historien Stanley Hoffman [décédé le 23 septembre 2015, ndlr] dans la publication de votre livre ?

Son assistance a été essentielle. Mon premier livre (Le corps des officiers français 1940-1944) publié en 1966, n’a pas eu le moindre écho en France, aucune critique. La revue du comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale l’avait simplement signalé. J’avais l’impression que le deuxième livre ne serait pas traduit en français. Stanley Hoffman m’a persuadé qu’une édition française était possible. Il a convaincu les éditions du Seuil et signé la préface. Gallimard a refusé le livre. Selon l’éditeur Pierre Nora, la lecture était d’abord destinée aux lecteurs américains. J’avais cette impression moi-même, je n’étais pas surpris. La publication était courageuse, le sujet était toujours brûlant. Le Seuil a demandé à deux jeunes historiens, qui sont par la suite devenus des amis, Michel Winock et Jean-Pierre Azéma, de relire l’ouvrage. Nous avons échangé des lettres pendant des mois. Ils posaient des questions sur le texte, je leur fournissais mes réponses et mes sources. Cela a permis de trouver des coquilles, que j’ai ensuite modifiées. L’édition française est donc un peu plus correcte que la version américaine.

Comment le livre a-t-il été reçu aux États-Unis ?

Très bien. La critique était très favorable. Le livre était dans les finalistes du National Book Awards. Les ventes ont été bonnes sans être astronomiques. Republié en poche, le livre est toujours disponible aujourd’hui.

Et en France ?

Il fit scandale. La force du débat m’a surpris, je ne m’y attendais pas. La Revue française de sciences politiques a attaqué le livre. Sciences Po forme les futurs fonctionnaires et le livre était un peu dur pour eux. Parmi les spécialistes, les critiques étaient mitigées. Le livre a été accueilli très positivement par la presse, sauf dans L’Aurore. Je m’attendais au contraire.

Votre livre a-t-il bénéficié d’un contexte particulier ?

J’ai eu des prédécesseurs : Eberhard Jäckel a écrit un livre en 1966 (La France dans l’Europe de Hitler) qui ressemble au mien, mais qui se limite au rapport entre les deux gouvernements. Mon ouvrage est sorti en 1972, après Mai 68. Beaucoup de jeunes ne croyaient plus à l’histoire telle qu’enseignée par les parents. Le film Le Chagrin et la Pitié (1971) de Marcel Ophüls a certainement relancé le débat sur Vichy et préparé le terrain. C’était personnellement frustrant. Au moment où le film sort, mon livre est fini mais pas encore publié, il patiente dans le tiroir d’un éditeur américain qui préfère la pêche au saumon à ses responsabilités professionnelles. J’ai cette idée un peu égoïste que le film aurait profité de la lecture de mon livre.

Certains vous ont reproché d’être un « historien étranger », pire encore, « américain ». Cette notion a-t-elle un sens ?

A cette époque, il n’y a pas de communauté internationale d’historiens. Aujourd’hui, les historiens français sont très ouverts à leurs collègues du monde. En 1960, cette communauté était plutôt fermée sur elle-même. Cette question d’ « historien étranger » est importante car elle revenait sans cesse dans les lettres que j’ai reçues : « Vous avez fait cette étude dans le calme de votre bureau, tandis que nous avons vécu cette période dans la douleur, dans la détresse, dont vous n’avez aucune idée ». Les réactions sont allées dans deux sens contraires. Des historiens ont cru que j’avais eu un accès privilégié aux archives. D’autres ont pensé que c’était un avantage de n’appartenir à aucun clan, d’être libre de suivre les archives selon sa logique propre. C’était peut-être un avantage intellectuel. Je me souviens d’un débat en 1974 à la télévision dans Les Dossiers de l’écran. Le contre-amiral Auphan, secrétaire d’État à la marine à Vichy, m’a dit : « Vous n’aviez que dix ans à l’époque ! ». Comme si un historien ne pouvait pas étudier la Grèce antique sans l’avoir vécue. Ce reproche est absurde.

Etes-vous devenu un intellectuel public, cette figure bien française ?

Il y a des intellectuels publics en Amérique mais on les considère moins sérieusement, ils sont limités aux grandes villes. Leur rôle est moins développé. Je n’ai jamais été intellectuel public aux États-Unis, on ne vient pas me consulter sur les questions du jour. J’étais étonné et parfois agacé par la presse française. La plupart du temps à New York, je n’avais aucune idée du sujet sur lequel on me demandait une opinion. C’est comme ça que j’ai appris l’existence du Pacte civil de solidarité (Pacs), quand on m’a demandé au téléphone ce que j’en pensais.

Pourquoi avoir décidé de vous installer en France ?

Je me suis marié avec l’artiste Sarah Plimpton, qui refusait absolument de passer toute l’année à New York. Nous passions l’été dans un petit appartement modeste du Marais. Elle peignait et moi j’écrivais. On a pu ensuite s’échapper un peu à la campagne, autour de Cluny. Nous passons trois mois en France et neuf à New York.

Vous dites vivre dans un « entre-Atlantique »

C’est un continent imaginaire. Je ne crois pas être devenu un intellectuel français. Je ne suis jamais complètement à l’aise d’un côté ou de l’autre. Beaucoup de choses fonctionnent mieux en France. Je suis plus critique des États-Unis que la plupart de mes compatriotes. J’aime les deux pays, sans être complètement subjugué par l’un ou l’autre. J’occupe donc ce terrain un peu particulier.

Comment votre témoignage au procès de Paul Touvier (chef de la Milice à Lyon pendant l’Occupation) en 1994 et de Maurice Papon (secrétaire général de la préfecture de la Gironde de 1942 à 1944) en 1997 a-t-il été organisé ?

Pour le procès Touvier, ce sont les avocats des parties civiles qui m’ont demandé de témoigner. J’ai accepté sans trop d’hésitation, cela me semblait très intéressant. Pour le procès Papon, c’est le procureur de la République, via le département d’État américain, qui m’a invité à intervenir devant la Cour. Les enjeux des deux procès étaient différents. Touvier, c’était un voyou. Papon, un homme distingué, haut fonctionnaire et ancien ministre. C’était un exécutant, pas quelqu’un qui avait pris des décisions. Beaucoup de temps avait passé depuis l’Occupation. Louis Henkin, un voisin professeur de droit à Columbia, et des avocats m’ont conseillé d’y participer. Vue l’importance du procès, j’étais tenté.

Quelles questions éthiques et scientifiques la présence d’un historien à la barre soulève-t-elle ?

Je n’ai pas beaucoup pensé au conflit entre ce que fait un historien et la place d’un témoin avant d’avoir participé au procès. L’historien Henry Rousso a soulevé ces questions après le procès Touvier. Aujourd’hui, j’ai tendance à croire qu’il n’y a pas un conflit fondamental entre ce que fait un historien et ce que fait une cour de justice. La cour et l’historien essaient d’établir une narration, chronologiquement, en expliquant les motivations des gens et en utilisant les sources écrites et orales. Il y a par contre des distorsions entre les deux activités. L’historien a les sources devant lui. À la barre, il faut parler sans note. C’est relativement trivial. L’historien se pose seul des questions. Dans un procès, c’est la cour qui pose les questions, ce n’est pas confortable, on est dominé. L’historien juge, mais pas selon une loi particulière. Il y a le problème de la définition du « témoin ». La cour nous déclare témoin car il n’y a pas d’autre catégorie disponible. Je n’étais pas présent pendant les événements, je n’ai pas travaillé sur ces deux accusés directement. J’avais montré que Bordeaux était le dernier endroit où la police française a arrêté des Juifs en juin 1944. Le magistrat général a constaté que seulement un membre du jury était en vie au moment des faits. Il a décidé qu’il fallait expliquer le contexte historique. Dans une cour de droit anglais, ce serait strictement interdit, perçu comme une forme d’influence. Il a donc demandé le témoignage de quatre historiens. Je n’ai rien dit de nouveau par rapport à ce que j’avais écrit dans mes livres.

Quelle expérience en avez-vous tirée ?

Je crois que le résultat a été décevant pour tout le monde. Il n’y avait pas le moindre doute de sa culpabilité de complicité de crime contre l’humanité. Pour tous, la sentence était soit trop sévère, soit pas assez. Mais il n’agissait pas de manière indépendante. Au lieu de donner une leçon d’histoire aux jeunes, les deux points de vue contradictoires ont été exposés à la cour. Le procès n’a pas vraiment validé une seule version des faits. La défense était très astucieuse. Ce fut aussi la fin d’une époque. Le débat sur cette période continue mais pas sous cette forme.

Dans Le fascisme en action (2004), vous consacrez une partie à l’échec du fascisme en France. Comment analysez-vous le processus de « normalisation » du Front national ?

Le Front national ne descend pas directement de Vichy, même si des anciens du régime sont présents dans le parti. Le FN est sorti de la guerre d’Algérie. La filiation n’est pas aussi directe qu’avec d’autres mouvements héritiers du fascisme. Le parti n’a pas eu de projet de remplacer la constitution, il s’agit plutôt de rendre le régime plus fort, pas de remplacer complètement la démocratie. Certains traits font penser au fascisme, notamment la glorification de la violence. Le processus de normalisation a été poursuivi efficacement et astucieusement par Marine Le Pen, qui a succédé à son père à la tête du parti. Le FN accepte plus aujourd’hui l’État providence, contrairement au Parti Républicain américain. Si Marine Le Pen partage un jour le pouvoir, ce qui semble inimaginable, elle va probablement renforcer le pouvoir de la police, expulser plus d’immigrés qu’aujourd’hui, mais je n’imagine pas un changement de régime.

 Entretien précédemment publié dans le numéro de novembre 2014 du magazine France-Amérique.

 

Donald Trump, produit de saison

Donald J. Trump n’est pas une énigme politique, un ovni divertissant. Des précédents historiques, comme la fascination médiatique dont il fait l’objet depuis des dizaines d’années, ont ouvert la voie à sa campagne actuelle. Donald Trump est l’incarnation spectaculaire de la rancoeur d’une partie de l’électorat conservateur. Trump est un entrepreneur assourdissant, mais surtout une figure familière depuis les triomphantes années 80-90, une star de la télé-réalité, le visage de l’émission The Apprentice pendant quatorze saisons. Sa dernière casquette, candidat à l’investiture républicaine, est siglée « Make America Great Again », le slogan de Ronald Reagan en 1980. 

« La Nation à Trump : nous avons besoin de vous », titre le magazine satirique Spy en janvier 1988. S’appuyant sur un sondage bidon qui crédite Donald Trump de 4 % de soutien pour qu’il se porte candidat, Spy assure que sa candidature est viable. « Une dernière chose : c’est un candidat qui ne vous laissera pas tomber. Après tout, nous avons déjà la garantie personnelle de Donald Trump : s’il se présentait à la présidence, il gagnerait assurément », conclut l’article. L’inexpérience politique de « the Donald » est, en 2015, perçue comme un atout parmi les révoltés, qui considèrent que le système démocratique américain ne fonctionne plus et que les élus se ressemblent tous. La carrière dans les affaires de Donald Trump et de Carly Fiorina (ancienne dirigeante de Hewlett-Packard au bilan déplorable), serait leur principale qualité pour devenir président.

Dans le passé, le parti républicain a déjà investi un chef d’entreprise novice en politique. Wendell Willkie (1892-1944), président de Commonwealth & Southern, une compagnie de matériel électrique de New York, a affronté en 1940 le président sortant Franklin Roosevelt. Jusqu’en 1939, Wendell Willkie était membre du parti démocrate. Au moment de changer de camp politique, il aurait déclaré : « Quand la pute du village rejoint l’église, tout va bien, mais ils ne la laissent pas diriger la chorale la première soirée. »

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Wendell Wilkie, président du Commonwealth & Southern Corporation, devant un sous-comité du Congrès, 17 mai 1939. © wikicommons

Willkie est devenu populaire en critiquant l’administration démocrate : les politiques du New Deal, en vigueur depuis 1933, auraient échoué, puisque le taux de chômage reste élevé. Au début de la Seconde guerre mondiale, Willkie ne suit pas la tendance dominante isolationniste chez les républicains. Il souhaite un renforcement de la défense américaine, qui pourrait être amenée à porter assistance au Royaume Uni, au moment où Roosevelt multiplie les contrats avec les industries de l’armement. A la convention républicaine de Philadelphie, il souligne qu’il ne sera « l’obligé de personne, sauf du peuple » : sa fortune le protègerait de toute influence extérieure. Il défait les éléphants Robert Taft, Thomas Dewey, et obtient l’investiture au sixième tour du scrutin.

Au grand dam de Willkie, la campagne électorale se focalise sur la guerre en Europe, pas sur les sujets économiques. Pour se relancer, il se déclare soudainement isolationniste et promet, une fois élu, de ne pas envoyer les troupes américaines en Europe. Son programme et son style ne convainquent pas. Roosevelt l’emporte avec 54.7 % des voix, contre 44.8 % pour Willkie. Le démocrate récolte 449 grands électeurs, contre 82 pour le candidat républicain.

Wendell Willkie se rapproche ensuite du président réélu et applaudit plusieurs de ses initiatives. En 1941, il demande une aide illimitée pour soutenir l’effort de guerre britannique contre le régime nazi. Il devient même le représentant personnel de Roosevelt lors d’un voyage en Angleterre et au Moyen Orient, en Union Soviétique et en Chine. L’establishment républicain s’étouffe. L’année suivante, Willkie publie un best-seller, One World, un essai dans lequel il appelle de ses voeux un système international de maintien de la paix, une fois la guerre finie. Il tente à nouveau sa chance pour la présidence en 1944, sans bénéficier de l’aide du parti républicain. Il refuse ensuite de soutenir Thomas Dewey, le candidat investi. Il meurt d’une thrombose pulmonaire ce même automne, à 52 ans.

Depuis les temps de Willkie, d’autres hommes d’affaires ont émis l’idée d’une candidature présidentielle. En février 1992, le milliardaire texan Ross Perot annonce au cours du talk-show de Larry King qu’il se présente aux élections comme indépendant. Pendant le premier débat avec George H. Bush et Bill Clinton, Perot défend fièrement son amateurisme : « je n’ai pas d’expérience dans le blocage du gouvernement, quand personne ne prend de responsabilité pour rien, et tout le monde se défausse sur l’autre. Je n’ai pas d’expérience dans la création du pire système scolaire public du monde industrialisé, de la société la plus violente, percluse de crimes, du monde industrialisé. Mais j’ai l’expérience du résultat… J’ai une longue expérience dans le fait de ne pas mettre dix ans à régler un problème de dix minutes. »

Dans la New York Review of Books, le journaliste Michael Tomasky inscrit le phénomène Trump dans un mouvement de fond :

« N’est-il pas l’aboutissement logique des politiques républicaines depuis de nombreuses années, en remontant aux présidences Clinton et Bush, et spécialement aux mandats de Barack Obama ? Deux qualités ont principalement servi de base au conservatisme moderne. La première, c’est le ressentiment culturel et racial d’une population âgée et très blanche représentée par le GOP – ressentiment contre une Amérique qui change rapidement et qui est plus ouverte sur la sexualité, mais aussi contre les immigrants à la peau foncée, et les occupants de la Maison Blanche, les gays, le politiquement correct et la ‘classe des parasites’ et tout le reste. La seconde qualité, c’est ce que l’on peut appeler le spectacle – la poussée continue vers un style rhétorique de plus en plus digne des gladiateurs, encore plus outré (et effarant), initialement guidé par les animateurs de talk shows comme Rush Limbaugh et maintenant reproduit sur des sites, dans des podcasts et sur des fils Twitter trop nombreux pour être cités. Il y a une forte tendance, perfectionnée pendant des années par Fox News, à couvrir et débattre des politiques publiques comme une combination à la fois de guerre, de sport et de spectacle. »

Donald Trump n’a pas de programme politique cohérent. Michael Tomasky rappelle que l’homme n’a pas vraiment fait allégeance au conservatisme par le passé. Il s’est identifié plus proche des démocrates que des républicains en 2004 pour des raisons économiques, il s’est aussi prononcé pour une assurance maladie financée par l’Etat. Bill Clinton reste son président préféré parmi les quatre derniers et il s’est opposé à  la guerre en Irak. Pire, il a récemment défendu le planning familial pour ses actions, en dehors de l’assistance à l’avortement. En 2011, l’homme d’affaire a fait savoir qu’il réfléchissait à une candidature présidentielle. Il s’est construit alors une base électorale en devenant le héros des birthers, ces partisans du complot convaincus que Barack Obama n’est pas citoyen américain, qui demandent sans relâche un certificat de naissance depuis longtemps rendu public.

La candidature de Trump fonctionne comme un révélateur de la nature d’une fraction du parti républicain et des composantes les plus extrêmes et haineuses de l’électorat.

Selon les derniers sondages, la vaste majorité des ses supporters sont issus de deux groupes : les électeurs sans diplôme du supérieur et ceux qui sont convaincus que « l’immigration affaiblit l’Amérique ». En août, Donald Trump a détaillé pour la première fois ses propositions face à la « menace existentielle » de l’immigration. Selon ce document, le gouvernement doit déporter la majorité des sans-papiers et saisir l’argent qu’ils envoient à leur famille restée dans leur pays d’origine. Trump veut aussi revenir sur le 14e Amendement en supprimant le droit du sol. Il est ainsi devenu en quelques mois le porte-étendard de l’extrême droite américaine, particulièrement des milices patriotes, des vigiles de la frontière et des suprémacistes blancs, comme le montre l’enquête du New Yorker intitulée  « The Fearful and the Frustrated« .

L’establishment républicain souhaite aujourd’hui ouvertement son retrait de la course dans les plus brefs délais. La base du parti déteste ses dirigeants, particulièrement le leadership républicain au Congrès. L’attitude de Trump face aux cadres du GOP et envers la presse renforce sa popularité chez les plus radicaux. En se concentrant sur l’immigration, Trump est le nouveau champion de ceux qui s’identifient aux mouvements Tea Party, déçus par leurs égéries d’un temps, Marco Rubio ou Ted Cruz. La candidature de Trump fonctionne comme un révélateur de la nature d’une fraction du parti républicain et des composantes les plus extrêmes et haineuses de l’électorat. Les contradictions et les faiblesses des autres candidats républicains laissent pour le moment le champ et la lumière au magnat de l’immobilier.

George, le magazine de Kennedy Jr.

Son slogan ? « Not Just Politics as Usual » (pas de politique à l’ancienne). George, magazine mensuel publié de septembre 1995 à janvier 2001, tire son nom du père spirituel de la nation, George Washington. Il est intimement lié à la personnalité de son fondateur et directeur de la rédaction : JFK Jr., le fils de John Kennedy. Surnommé John-John, celui-ci disparut à bord de son avion le 16 juillet 1999 au large de Martha’s Vineyard. Voici l’histoire de ce journal américain, qui a inspiré en partie la revue française Charles.

JFK Jr. est entré dans l’imaginaire américain avec une photo de 1963 : l’enfant lève la main droite pour un dernier salut militaire au cercueil présidentiel, au cercueil paternel. Plus tard, il s’orientera vers le droit à la New York University, une voie plutôt originale pour un Kennedy. Les tabloïds s’interrogent sur ses aptitudes à faire autre chose que fréquenter des actrices et des top-modèles, d’autant qu’il échoue deux fois au barreau de New York avant de réussir le concours. Il quittera son poste d’assistant du procureur général de la ville en 1993. Jackie O. décède l’année suivante, et son fils devient le centre de l’attention médiatique du clan Kennedy. Avec son associé Michael Berman, dirigeant d’une firme de relations publiques, il décide alors de capitaliser sur son indécision et fonde la société Random Ventures (« investissements aléatoires »)…

Introduction de l’article « George, le papa de Charles », publié dans Charles n°13, Justice & Politique, avril 2015.

Lire la suite sur le site de la revue Charles

Young Leaders, l’enfance des chefs

La revue politique Charles no12 (Jacques Chirac, 50 ans de vie politique, janvier 2014) publie une enquête sur le programme « Young Leaders » de la French-American Foundation, dont voici l’introduction.

Personne n’en parle ou presque. Depuis plus de trente ans, la French-American Foundation fait en sorte que « l’élite » française rencontre « l’élite » américaine, pour renforcer les liens entre les deux nations. Cet organisme qui a vu défiler les dirigeants français depuis deux générations (d’Alain Juppé à François Hollande, de Najat Vallaud- Belkacem à Nathalie Kosciusko-Morizet, de Matthieu Pigasse à Emmanuel Macron…) est dénoncé par certains comme un autre groupe Bilderberg. Charles a enquêté.

Washington, 6 juin 2011. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé est présenté à la presse par son homologue Hillary Clinton, secrétaire d’État. « Alain Juppé n’est pas étranger à Washington. Le président, euh le Premier ministre… excusez-moi, il a tout été, sauf président », corrige-t-elle sur le ton de la plaisanterie. « Je ne l’ai pas été non plus, ça nous fait quelque chose de plus en commun », continue l’ancienne candidate à la primaire démocrate contre Barack Obama. Ce que les deux chefs de la diplomatie ont en commun, c’est leur participation au programme « Young Leaders » de la French-American Foundation. Alain Juppé a fait partie de la première promotion en 1981-1982, Hillary Clinton a été sélectionnée en 1983. Le programme se déroule pendant cinq jours aux États-Unis et en France, sur deux ans. En octobre dernier, Juppé a accueilli à Bordeaux les promotions 2013 et 2014. Une rencontre a été organisée à la librairie Mollat, et les young leaders ont pu visiter la réplique de l’Hermione, frégate affrétée par le marquis de La Fayette en 1780 pour soutenir la révolution américaine.

Au moins un journaliste par promotion

Depuis la création du programme en 1981, plus de 400 Français et Américains sont devenus young leaders, dont 141 femmes. Les personnalités sélectionnées sont issues de divers secteurs professionnels : des élus, des membres de cabinets ministériels, des cadres et dirigeants d’entreprises, des avocats, des universitaires, des militaires, des artistes, des directeurs d’institution culturelle et au moins un journaliste par promotion. En plus d’Alain Juppé, quatre autres membres du dernier gouvernement Fillon ont participé au programme : Jeannette Bougrab (2010), Nathalie Kosciusko-Morizet (2005), Valérie Pécresse (2002) et Laurent Wauquiez (2006). Le président de la République François Hollande est un ancien young leader, tout comme les ministres Emmanuel Macron (2012), Fleur Pellerin (2002), Marisol Touraine (1998), Najat Vallaud-Belkacem (2006), Matthias Fekl (2013), les anciens ministres Arnaud Montebourg (2000) et Pierre Moscovici (1996), ainsi que les anciens conseillers de la présidence Aquilino Morelle (1998) et David Kessler (1999). « Lorsque François Hollande a été élu, tout le monde était très fier à la fondation. Mais être membre d’un gouvernement, ça ne dure pas. Ils feront probablement autre chose ensuite. Les élections et les nominations ministérielles sont une indication du succès du programme, mais ce n’est pas la seule », explique Charles Kolb, président de la French-American Foundation à New York jusqu’en août 2014 et ancien conseiller adjoint du président George H.W. Bush. La fondation se veut un relais actif du dialogue franco-américain.

Lire la suite de l’article sur le site de Charles