2012 POLITIQUE

Super Tuesday: Le cas de la Virginie

A l’occasion de l’accélération des primaires républicaines, Geoffrey Skelley, du Center for Politics de l’Université de Virginie nous livre ses analyses sur l’importance de la Virginie dans les scrutins.
Le Center for Politics est un institut non-partisan fondé et dirigé par Larry Sabato, auteur de A more Perfect Constitution (Walker & Company, 2007). Il intervient régulièrement sur l’actualité politique dans les média américains. M. Skelley élabore avec M. Sabato les commentaires politiques et les pronostiques de la Crystal Ball.

La primaire de la Virginie a été remportée hier par Mitt Romney.
Il n’y avait en réalité pas de suspens sur le vainqueur, puisque seuls Romney et Ron Paul était présents dans le scrutin. Cette situation s’explique à la fois par le manque de professionnalisme des équipes des autres candidats, mais aussi par les règles électorales extrêmement strictes et lourdes de la Virginie. A première vue, la Virginie ne semble pas digne d’intérêt poussé. Mais ses 49 délégués, dans la « back pocket » de Romney, donnent au Commonwealth une importance technique majeure.

La sociologie politique de la Virginie est très diverse. Le Nord est plutôt modéré, urbain, colonisé par les employés de Washington D.C., mais qui ne peuvent y vivre faute de place et de moyens financiers. Si on se rapproche de la capitale, Richmond, c’est déjà le Sud, et  le conservatisme politique, divers, devient la norme, comme dans l’Ouest.
Dans de nombreuses régions, le candidat Romney ne plait pas, et Ron Paul encore moins. Les républicains sont probablement allés voter pour l’ex-gouverneur du Massachusetts le nez pincé. Si Santorum avait été présent dans la course, il aurait surement attiré un nombre important de votes. Pas de victoire massive de Romney donc (59.5%), puisque Ron Paul réussit ici un de ses meilleurs résultats, avec 40.5% des votes et remportant un congressional district et ses 3 délégués comme récompense. La participation au scrutin s’élève à 6 %, le plus bas pourcentage de l’histoire des primaires républicaines en Virginie.

La Virginie s’est retrouvée récemment dans de nombreux débats au niveau national. C’est surtout son gouverneur, Robert McDonnel, étoile montante du Parti Républicain, qui est observé de près. Le gouverneur est un soutien puissant de Romney et il bénéficie d’une grande popularité qui ne s’arrête pas aux frontières de la Virginie.

Dans le passé, en tant que membre de l’Assemblée générale de la Virginie, il avait co-sponsorisé des législations sévères restreignant le droit à l’avortement. La majorité républicaine de l’Assemblée de Virginie vient de voter la Transvaginal ultrasound Bill. Devant les réactions virulentes et nombreuses au niveau national (on a parlé de « viol d’État »), le gouverneur McDonnel a finalement reculé. La loi, qualifiée de « trop intrusive » par le gouverneur comme par ses opposants, à été amendée. L’examen à l’ultra-son se fera à l’extérieur du corps et les femmes ne pourront être forcées à passer l’examen vaginale. D’un point de vue médicale, la loi n’a aucun intérêt. C’est une loi politique pour contenter un électorat qui refuse le principe même d’avortement.
Le gouverneur vient aussi de supprimer une loi datant de 1993, qui limitait à une fois par mois l’achat d’arme de poing. Dorénavant, on pourra s’en procurer chaque jour de la semaine.

McDonnel aurait fait machine arrière car il ne souhaite pas compromettre ses chances d’être choisi comme candidat pour la Vice Présidence par Mitt Romney. La polémique sur la législation anti-avortement pourrait le mettre en difficulté par rapport aux autres candidats pour le ticket républicain. Son action en faveur d’une plus libre circulation des armes lui procure plutôt un avantage aux yeux de l’électorat républicain, sans trop heurter l’électorat modéré.

Toute la campagne de Mitt Romney est centrée sur l’économie. Il se présente comme un bon manager avec sa longue expérience dans le privé. Si les questions sociales prenaient le dessus, Romney serait alors vraiment en difficulté pour convaincre son électorat de base « dure », comme son électorat modéré. Choisir McDonnel, c’est aussi risquer de replacer les questions sociales au centre des débats, ce que les média ont déjà tendance à faire.

Dans le cas de l’élection présidentielle, la Virginie est un swing state, c’est à dire qu’aucun des candidats ou partis ne peut prétendre certainement l’emporter avant le jour de l’élection. Les majorités politiques changent d’une élection à l’autre, et peuvent faire basculer les tendances nationales.

En 2008, Obama avait remporté la Virginie avec une marge plus grande que l’Ohio. Si le Président gagne de nouveau l’état, il sera réélu selon le Center For Politics. S’il perd la Virginie, il sera en difficulté. Les études d’opinion ne donnent Obama ni gagnant ni perdant dans l’Etat. On note pourtant un fléchissement du soutien au Président. Romney pourrait donc être tenté d’en tirer profit.

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