POLITIQUE

Racisme et identification partisane

La question raciale a envahi le débat sur la réforme du système de santé (pour rappel, l’article très complet de Thomas Cantaloube). Analyser cette mobilisation requiert une bonne définition des variables en jeu : ces Américains s’opposent à la réforme parce qu’ils sont racistes ou la question est-elle plus compliquée ? Le débat anime les blogs d’universitaires américains et ce bref article essayera d’en proposer une revue.

Marc J. Hetherington et Jonathan D. Weiler ont publié un papier dans le Washington Post – en tant que “guest bloggers”- dans lequel ils abondent dans le sens de Jimmy Carter. Ils ont mené une enquête quantitative dans laquelle ils ont posé plusieurs questions sur le système de santé, suivies d’une série de quatre questions sur le sentiment des sondés vis-à-vis des Noirs. Leur conclusion est la suivante :

“It would be silly to assert that all, or even most, opposition to President Obama, including his plans for health care reform, is motivated by the color of his skin. But our research suggests that a key to understanding people’s feelings about partisan politics runs far deeper than the mere pros and cons of actual policy proposals. It is also about a collision of worldviews.”

Pour eux, la question raciale est “dynamiquement” liée aux autres items, affectant la façon dont ils forgent et expriment leurs opinions. Ils en prennent pour preuve le fait que le racisme était absent lors du précédent débat de 1994 sur le Health Care System.

Dans un commentaire du blog “The Monkey Cage”, Hetherington rappelle le fait suivant :

“I think, though, we can get some leverage on the problem just by considering the bivariate case. Why would the correlation between racial resentment and preferences for a more government run health care system be about -.15 in 1996 but about -.40 in 2008? Anyone who works with survey data knows that a .4 correlation is very, very strong.

L’analyse me semble réductrice car elle ne prend pas en compte les variables favorisant une émergence concomitante racisme/opposition.

Ainsi, pour Seth Masket, dans son blog Enik Rising, elle « ignore le fait que les partis se sont divisés en fonction d’un clivage racial au cours des années précédentes.” Il répond au commentaire de Hetherington en rappelant que de 1996 à 2008 les habitants du Sud se déclarant Démocrates sont passés de 33 % à 22 %. (Joshua Tucker a justement publié une note la popularité tout aussi écrasante que disproportionnée du Parti Républicain dans le Sud)

Masket propose surtout plusieurs analyses statistiques (National Election Studies) montrant l’évolution du clivage sur la question raciale entre les partis, et ce sur une relativement courte période (15 ans).

On ne peut pas dire qu’il y a un lien de cause à effet entre l’opposition à la réforme du système de santé et le racisme ; ce dernier est présent, comme le montre Hetherington, mais demeure contingenté entre les lignes partisanes.

L’opposition serait la même si le Président étant blanc, mais la polarisation partisane fait que nous sommes face à deux éléments d’une même culture partisane se trouvant télescopés dans une même mobilisation collective.

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