Pourquoi l’expression Bully Pulpit pour désigner la présidence américaine ?

Theodore Roosevelt est l’auteur de l’expression a bully pulpit pour caractériser la présidence américaine. On pourrait traduire cette expression par « une tribune formidable », de pulpit qui signifie la chaire, la tribune, et bully qui signifiait alors génial, formidable (aucun lien avec le nom a bully, une brute).

Ce qu’il voulait dire par là, c’est que la voix d’un président est entendue de tous, que l’occupant de la maison blanche peut faire connaître son opinion sur tous les sujets. L’attention qui est inévitablement accordée à ses propos lui donne un pouvoir incomparable. Si l’expression bully pulpit signifie par extension toute position qui garantit à celui qui l’occupe d’être écouté, elle s’applique donc bien avant tout à la présidence américaine.

Il est intéressant de noter que les Pères Fondateurs n’avaient pas du tout prévu que le président soit plus écouté que les autres pouvoirs. Certains étaient en faveur d’un exécutif collégial, d’un groupe de personnes qui prendrait les décisions, afin d’éviter les dérives tyranniques qui peuvent résulter de la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne. Cette idée fut abandonnée en raison du manque d’efficacité d’une prise de décision ainsi répartie, surtout dans l’éventualité d’une guerre ou d’une crise ; mais les Pères fondateurs établirent dans la Constitution tout un système de pouvoirs et contre-pouvoirs qui devait empêcher l’émergence d’un des trois pouvoirs au détriment des deux autres. A ce titre, il est intéressant de noter que les trois premiers articles de la Constitution traitent respectivement du législatif, de l’exécutif et du judiciaire ; ce n’est pas un hasard si le pouvoir exécutif n’arrive qu’en deuxième position.

Mais finalement, la décision des Pères Fondateurs d’établir un exécutif unitaire (par opposition à l’idée d’un conseil exécutif collégial) fut ce qui permit au président de bénéficier de cette formidable tribune : c’est bien parce qu’il parle d’une seule voix, par contraste avec le Congrès, qu’il est entendu. Cette tendance s’est accentuée au moment de l’arrivée de la radio, dans les années 1930, qui a permis à Franklin D. Roosevelt de créer un contact privilégié avec les Américains par le biais de ses « causeries au coin du feu ». L’arrivée de la télévision dans les années 1950 ne fit qu’accélérer ce phénomène : il était plus facile pour les médias de se concentrer sur une personne que de couvrir un groupe de gens. C’est l’un des nombreux facteurs qui expliquent le développement du pouvoir exécutif au XXe siècle, parfois au détriment des contre-pouvoirs.

Publié par

Hélène Faure

Agrégée d'anglais, Hélène est consultante en communication.

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