En 2010, le PIB des Etats-Unis représente plus de 23 % du PIB mondial. Certes, ils ne se situent qu’en 9e position du PIB par habitant ; il est vrai aussi que le produit intérieur brut de l’Union européenne prise dans son ensemble dépasse celui des Etats-Unis. Mais l’Union européenne n’est pas un pays, les Etats-Unis ont donc le PIB les plus élevé du monde. En dépit de plusieurs crises économiques, le XXe siècle aura été le siècle des Etats-Unis. La Seconde Guerre mondiale a joué un rôle décisif : aucun combat n’a eu lieu sur le sol américain, et les Etats-Unis ont investi dans la reconstruction européenne, assurant la moitié de la production mondiale dans la période de l’après-guerre. Mais cela suffit-il à expliquer le rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale aujourd’hui ? Comment expliquer une telle richesse ?

Démocratie et droit à la propriété

La majorité des économistes s’accordent aujourd’hui pour dire que la qualité des institutions politiques est un des facteurs majeurs de la croissance. De ce point de vue, les Etats-Unis, ancienne colonie anglaise, ont hérité des institutions britanniques dont Douglas North a montré qu’elles étaient un des facteurs clés de l’avance prise par la Grande-Bretagne lors de la première révolution industrielle. Ces institutions (démocratie parlementaire, équilibre des pouvoirs, common law) créent, entre autres choses, un environnement favorable aux entrepreneurs, en garantissant leurs droits de propriété et en limitant les risques d’expropriation.

 

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Toutefois, la démocratie et le droit à la propriété sont désormais assez répandus parmi les pays occidentaux ; si c’est un facteur qui semble nécessaire pour devenir le plus riche du monde, ce n’est pas pour autant un critère suffisant.

On peut donc expliquer la richesse des Etats-Unis par la superficie de son territoire. Les Etats-Unis sont le quatrième plus grand pays au monde, et le troisième pays le plus peuplé du monde. Ces chiffres impliquent que les richesses produites sont plus abondantes, qu’il y a un plus grand marché intérieur sur lequel distribuer les produits, et que la main d’œuvre est plus nombreuse.

L’agriculture américaine est ainsi la plus grande agriculture au monde : les exportations des Etats-Unis dominent le marché mondial des produits alimentaires. La superficie du territoire donne à ce pays l’avantage de pouvoir produire en grande quantité, avantage doublé d’un atout qualitatif : les différents climats et reliefs du territoire permettent une grande diversité dans la production. Ainsi, les grandes plaines, irriguées par de grands fleuves, sont productrices de blé et d’orge, et se spécialisent également dans l’élevage. L’influence tropicale dans le sud du pays permet de faire pousser des plantes et des fruits réclamant une culture humide : coton, oranges.

De la même manière, les Etats Unis sont encore les premiers producteurs et consommateurs dans la plupart des secteurs industriels. Les secteurs aéronautiques et militaires sont particulièrement prospères, et les Etats-Unis sont un des plus gros producteurs de pétrole du monde. Là encore, les Etats-Unis bénéficient de la taille de leur marché intérieur, mais c’est également l’un des pays les plus exportateurs du monde.

Enfin, plus de 75 % de la richesse créée provient du secteur tertiaire. Les Etats-Unis sont la troisième destination mondiale pour le tourisme international. En outre, en partant du principe que les frais d’investissement dans la recherche restent fixes une fois qu’ils ont atteint un certain seuil, quelle que soit la place du pays, on peut estimer que la taille des Etats-Unis permet de fournir un marché conséquent aux innovations technologiques, sans que cela implique des dépenses proportionnelles en R&D.

Enfin, les Etats-Unis se caractérisent par des investissements massifs dans la recherche et l’innovation. Le système universitaire draine les esprits brillants dans le monde entier, ce qui place le pays à la pointe des progrès technologiques. C’est ainsi que dans presque tous les secteurs, une entreprise américaine domine le marché international : les boissons (Coca-Cola) ou les logiciels (Microsoft), par exemple. Ces entreprises sont devenus le modèle de la réussite économique américaine, aussi bien que de l’hégémonie culturelle des Etats-Unis.

Capitalisme et liberté d’entreprendre

Les Etats-Unis sont surtout le pays dans lequel le capitalisme trouve sa version la plus aboutie. D’après Max Weber, cela est dû à l’éthique protestante. Le salut des Catholiques est indépendant de la réussite matérielle, puisque l’idéal catholique est lié au retrait et au refus de la recherche des biens de ce monde ; pour les Protestants au contraire, la réussite matérielle est un signe d’élection divine. Cela expliquerait pourquoi les pays dans lesquels le protestantisme s’est développé soient parmi les plus riches du monde : Angleterre, Allemagne, Etats-Unis sont parmi les six pays dont le PIB total est le plus haut.

Que ce soit lié ou non à la religion dominante, les Etats-Unis se distinguent par la promotion de l’esprit d’entreprise : d’après le dictionnaire Larousse, le capitalisme se caractérise par « la recherche du profit, l’initiative individuelle, la concurrence entre les entreprises ». Significativement, la loi américaine tend à protéger les entrepreneurs au détriment des employés ; le droit du travail est extrêmement flexible, et laisse aux entreprises une grande liberté pour recruter comme pour renvoyer. Si cela rend la vie des salariés plus précaire aux Etats-Unis, s’il s’agit d’un des pays développés où la plus grande proportion de gens vit en dessous du seuil de pauvreté, il faut remarquer que le taux de chômage est généralement très bas aux Etats-Unis (même si cela est moins vrai depuis la crise de 2008). La grande flexibilité du droit du travail permet également aux entreprises d’être parmi les plus compétitives, et de créer davantage de richesse.

Ces entreprises sont nourries par la légendaire société de consommation américaine, elle-même encouragée par une grande facilité pour contracter des crédits. Ainsi, à titre d’exemple, le système de cartes de crédit aux Etats-Unis est très différent du système français. L’achat n’est pas immédiatement débité du compte, comme en France ; le consommateur contracte un crédit, et il ne recevra la facture qu’à la fin du mois, qu’il peut rembourser en plusieurs mensualités. C’est ainsi que Lily, dans How I Met Your Mother, culpabilise parce qu’elle achète de nombreuses paires de chaussure au moyen de plusieurs cartes de crédit, dont les factures la suivent bien plus tard. Cette frénésie du crédit est à double tranchant : si elle entretient la consommation et donc, dans une certaine mesure, la santé économique du pays, elle n’en génère pas moins une situation d’instabilité, comme l’a montré la crise du mortgage (prêt immobilier) en 2008.

[box]Pour en savoir plus : voir Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme [/box]

Posted by Hélène Faure

Agrégée d'anglais, Hélène est consultante en communication.

One Comment

  1. J’ai remarqué que la taille du pays joue beaucoup, donc c’est dommage pour les petits pays même s’ils ont une démocratie et la plus grande liberté d’entreprendre ils ne pourront jamais atteindre le haut du tableau…

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