Histoire MAIS POURQUOI ? Système électoral

Pourquoi George Bush s’est fait réélire en 2004 alors qu’il paraissait si impopulaire ?

Moins d’un an avant Election Day 2012, alors que seuls 43 % des citoyens américains pensent qu’Obama fait un bon travail (Gallup), alors que les campagnes électorales républicaines frémissent et prennent leur envol, on peut se demander comment George Bush a fait. Il semblait déjà très impopulaire avant d’être élu en 2000, puisqu’il a été élu sans obtenir la majorité des voix à l’élection ; lors de son premier mandat, il a engagé les Etats-Unis dans la guerre en Irak pour lutter contre les armes de destruction massive ; quelques mois avant l’élection, les Nations Unies ont affirmé qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak. Comme Obama, il était président en période de crise, dans son cas une crise sécuritaire. Malgré cela, ou grâce à cela, il a emporté l’élection de 2004 avec plus de voix en valeur absolue qu’aucun autre président jusqu’alors. Quel était son secret ?

« Les victimes étaient dans des avions ou dans leur bureau. Des secrétaires, des hommes et femmes d’affaire, des militaires et des fonctionnaires. Des mamans et des papas. Des amis et des voisins. » (George Bush, 2001)

George W. Bush est très vite devenu le président du 11 septembre. S’il est devenu de plus en plus impopulaire à mesure que la guerre en Irak se prolongeait, il faut garder à l’esprit que la cote de popularité du président républicain a atteint 90 % après les attentats du World Trade Center (Gallup). Bush s’est donc présenté comme l’homme de la crise, qui seul pouvait la mener à son terme. Il a su capitaliser sur sa popularité de temps de guerre, et construire l’idée qu’il était le seul à avoir l’expérience suffisante en la matière, le seul à avoir une vision globale du problème. Pour cela, il s’agissait d’insister non sur la seule guerre en Irak, mais sur le terrorisme en général, sur une vision idéologique du rôle presque messianique des Etats-Unis dans le monde. L’élection présidentielle était présentée comme l’alternative : moi ou le chaos.

Kerry, malgré son expérience militaire, n’a pas réussi à se présenter comme un candidat crédible dans le domaine. Sa campagne a été détruite par le groupe des Swiftboat Veterans for Truth, des vétérans conservateurs qui l’ont attaqué sur son passé militaire. Ils ont affirmé que Kerry exagérait l’importance de son rôle dans les forces armées pendant la guerre du Vietnam, et ont remis en question la légitimité des médailles que l’US Navy avait données à Kerry. C’est une véritable smear campaign : on n’hésite pas à émettre des attaques personnelles pour salir la réputation du candidat adverse.

« Les enfants pauvres ne savent pas lire ; il est temps de leur apprendre » (George Bush, 2000)

Kerry est en outre décrit par l’équipe du président républicain comme quelqu’un de très à gauche qui augmenterait inévitablement les impôts. Notons qu’en 2004 les thématiques économiques, et notamment le déficit budgétaire, n’étaient pas considérés comme des priorités. Le bilan économique du premier mandat de Bush n’était pas très bon, mais il n’était pas catastrophique. Cela a permis à Bush de jouer à la fois sur le fait que les impôts n’augmenteraient pas, et sur l’augmentation des dépenses sociales. L’élection se présentait donc comme un choix entre quelqu’un qui augmenterait les impôts et quelqu’un qui ne les augmenterait pas, mais investissait quand même dans les dépenses sociales.

Les deux grandes réformes de Bush ont ainsi été la réforme du Medicare en 2003, qui a permis de moderniser le système d’assurance santé dont bénéficient les personnes âgées, et le No Child Left Behind Act de 2003, dans le domaine de l’éducation. Soutenue par certains démocrates, dont le sénateur Ted Kennedy, cette loi devait permettre d’abord de mesurer le niveau des écoles par des tests dont les résultats seraient rendus publics, ensuite de diriger les fonds fédéraux en priorité aux écoles qui obtenaient de mauvais résultats.

Sa politique intérieure a donc été guidée par le principe du compassionate conservatism, une droite sociale à l’Américaine qui lui a permis de mordre sur le vote démocrate.

« La citoyenneté est aussi importante que le gouvernement » (George Bush, 2001)

Enfin, Bush a mis en place une campagne de mobilisation locale efficace, qui a porté ses fruits, puisqu’un grand nombre de républicains se sont déplacés pour voter, alors que les démocrates bénéficient traditionnellement d’un plus fort taux de participation.

Cet intérêt porté à la mobilisation des électeurs n’est pas sans rappeler Obama, qui a su susciter un mouvement grassroots phénoménal en 2008, notamment grâce à son utilisation active des réseaux sociaux. Le grand nombre de donations faites à sa campagne sur Internet est témoin du succès de cette démarche. Obama peut-il, alors, tirer des leçons de la réélection de Bush en 2004 ? En ce qui concerne l’augmentation des dépenses sociales, elle est rendue très polémique par le contexte de crise. On en arrive donc à une constataton paradoxale – il a été plus facile à un président républicain de faire adopter des mesures sociales en 2004 qu’à un président démocrate en 2012, en raison de la crise de la dette. Le point commun entre les deux présidents réside justement en cette situation de crise : il revient désormais à Obama de faire de la crise un argument de campagne, de se présenter comme le seul homme à même de maîtriser la situation et non comme l’homme qui jusqu’ici n’a pas su trouver de solution à la crise.

[box]Pour en savoir plus sur les élections de 2004, voir :

Vincent Michelot, « Elections 2004 : un plébiscite en trompe l’œil ? », Le Débat, no 133, janvier-février 2005, p. 53-64.

Vincent Michelot, « 2004 : une élection sans électeurs ? », Le Débat, no 127, 2004, p. 80-92.[/box]

Agrégée d'anglais, Hélène est consultante en communication.

0 comments on “Pourquoi George Bush s’est fait réélire en 2004 alors qu’il paraissait si impopulaire ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Question de sécurité : * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.