Nuit de défaite à Hell’s Kitchen

Les deux candidats à la Maison Blanche ont passé la nuit électorale à New York. La dernière fois, c’était en 1944. Franklin Delano Roosevelt, président sortant de trois mandats et ancien gouverneur de l’Etat, l’avait emporté face à Thomas Dewey, alors gouverneur républicain. « Dewey » n’évoque pas précisément un visage à moustache, mais un titre de presse. Le Chicago Daily Tribune du 3 novembre 1948 que tient Harry Truman dans ses mains : « Dewey defeats Truman ». Le président sortant a le sourire triomphant : titre erroné, imprimé trop tôt, un upset  (bouleversement) comme on n’en fait plus.

18h. Les premiers bureaux de vote ferment dans la partie Est de l’Indiana. La Floride, ce sera dans une heure. Dans le Far West Side, d’ordinaire déserté, barricadé ce soir par la police, une file d’attente encercle le bloc entre la 40e et la 41e rue. Les électeurs et sympathisants d’Hillary Clinton se pressent devant le Jacob K. Javits Convention Center. La foule est majoritairement blanche, jeune, décontractée, joyeuse. Une femme en tunique longue bleue s’active pour se mettre en ligne. Un couple de Suédois de Stockholm se dandine pour contrer le froid. Une délégation d’employés des Nations Unies déploie toute sorte d’appareils électroniques de leurs sacs à dos, téléphones, perches, caméras, batteries. Un journaliste pour un hebdo allemand, habillé comme un avocat chauve et sympathique des pubs du métro, s’inquiète à haute voix pour savoir s’il va pouvoir accéder à la soirée sans avoir de ticket. Le Javits Center (capacité : 85 000 personnes) accueille toute l’année les grands événements de la ville, principalement le salon de l’auto et le Comic Con. L’équipe Clinton a vu grand. Les feux d’artifices au dessus de l’Hudson ont été annulés deux jours plus tôt. Les murs et le plafond de verre du centre fournissent une métaphore incarnée. Pas une mention du Javits Center dans les médias sans une référence au fameux plafond qui devrait être percé cette nuit. La première femme élue président des Etats-Unis.

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©Vincent Dozol/BullyPulpit.fr

Le centre de conférence est aussi, dans les années 70, un haut lieu du début de la carrière immobilière de Donald Trump, fils du millionnaire Fred. Le développeur a déboulé à Manhattan grâce à deux projets : la transformation du West Side et l’hôtel Grand Hyatt. Au moment de l’annonce de sa candidature en juin 2015, Donald Trump a déclaré : « après quatre ou cinq ans à Brooklyn, je me suis lancé à Manhattan et j’ai fait des grandes affaires. J’étais responsable du centre des conventions dans le West Side. » Comme l’a montré l’enquête de Wayne Barrett publiée en 1978 dans le Village Voice, Donald Trump a profité de ses connections familiales et politiques pour s’imposer auprès de la municipalité de Beame. Loin de l’image de self-made man que l’héritier s’est construite depuis. Il pousse les autorités à transformer une ancienne section de chemins de fer au bout de Hell’s Kitchen appartenant à Penn Central Corporation Cie, sur laquelle il a acquis une option. Trump bénéficie d’incitations fiscales et de prêts municipaux garantis et n’investit pas son propre argent. Malgré ses efforts, son entreprise n’est pas mandatée pour la construction du centre de conférence. Pour empêcher la parution de l’enquête, Donald Trump offre, en vain, un appartement au journaliste. Puis viennent les menaces. L’enquête paraît sous le titre « Like Father, Like Son: Anatomy of a Young Power Broker ». Le centre est achevé en 1986, l’année de la mort du sénateur républicain libéral Jacob K. Javits. Ce soir, Donald Trump est 24 blocs plus loin, dans la salle de bal du Hilton Midtown, au milieu de ses casquettes rouges MAGA.

L’attente à l’extérieur est de courte durée. On pénètre dans un hangar nu, parqués devant des portiques de sécurité dignes d’un aéroport. Les policiers dirigent les masses vers les contrôles des sacs et les détecteurs de métaux. A droite, avec le billet correspondant, on accède sous la structure de verre, à l’intérieur du centre des conventions. Des bannières étoilées par milliers, des rosettes patriotiques. L’imposante scène centrale épouse la forme géographique des Etats-Unis, flanquée de gradins à l’arrière. L’ensemble baigne dans une lumière froide et bleue, la couleur des démocrates. En prenant à gauche, retour à l’extérieur, pour la block party : petite scène pour les discours de la soirée avant l’arrivée de la championne, camions-cuisines pour se restaurer, rien de fort à boire. Les différentes chaînes de télévision beuglent sur l’écran géant. Les coupures de publicité sont faites maison, assurées par les clips de campagnes de Clinton. La vidéo qui déclenche le plus de réactions enthousiastes est celle consacrée à Barack et Michelle Obama. Des images d’archives de la nuit victorieuse de 2008 font frissonner l’assistance.

Serment d’allégeance. « Merde, je ne le connais pas par cœur », s ‘exclame un « bad hombre ». Prière collective contre « tous les –ismes qui contraignent ». « One Nation under God », qu’Il « aide Hillary et Tim » à diriger le pays. L’ecclésiastique rappelle que « la diversité est une bénédiction plutôt qu’une malédiction » que les migrants doivent être accueillis dans la solidarité. Puis on entonne l’hymne national, chanté par une jeune femme noire.

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Le maire Bill De Blasio n’excite pas vraiment ses administrés. Il se dit fier de l’ancienne sénatrice, met en avant ses réformes locales sur le salaire minimum et sur l’égalité des rémunérations entre homme et femme et appelle la prochaine administration à faire de même au niveau fédéral. La présidente du conseil municipal, Melissa Mark-Viverito, lui succède et adresse quelques mots en espagnol à la foule. Elle présente douze femmes noires, mères de jeunes tués par la police ces dernières années.

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Gwen Carr, la mère d’Eric Garner, parle d’abord, puis c’est Sybrina Fulton, la mère de Trayvon Martin. Hillary Clinton est la seule candidate à les avoir contactées, expliquent-elles. Le ton est apaisé, pas de discours sur les violences policières. Hillary Clinton est le seul sujet du soir.

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Chuck Schumer, le sénateur de New York tout juste réélu, vient fêter sa victoire au micro. La foule agite les petits drapeaux qu’on vient de distribuer. Tout en gouaille et en confiance dans le triomphe de Clinton, Schumer se déclare prêt à prendre la tête de la majorité du Sénat, si les démocrates l’emportent ce soir. Il met en avant sa proximité avec son ancienne collègue sénatrice, l’inscrit dans la lignée historique des femmes pionnières en politique.

Entre 21h et 22h, le doute s’installe. Une femme en T-shirt « Nasty Woman » lance à sa sœur : « It’s rigged ! The Russian Wikileaks thing, they got into our ballots ». Le GOP garde le contrôle de la Chambre des représentants. Le dépouillement est en cours et Trump est devant en Floride, en Virginie et dans l’Ohio. La tension monte d’un cran. La nuit va être longue. On se rassure un peu. Les bureaux de votes des coins isolés et des campagnes, à dominante républicaine, ferment plus tôt et sont comptés plus rapidement. Si les agglomérations urbaines tiennent bons, ça devrait aller. A 21h45, Trump prend de l’avance dans le collège électoral. CNN et MSNBC se lancent dans toutes sortes de projections, en tapotant sur les comtés situés sur l’écran tactile, pof pof, ici, seulement 40% des bulletins ont été dépouillés, donc rien n’est fait, mais si cet Etat est rouge à la fin, alors Trump a plus d’options pour arriver à sécuriser les 270 grands électeurs nécessaires pour gagner. Silence de mort parmi les New-Yorkais.

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22h. Too close to call. Trump a 140 grands électeurs, Clinton 104. Quinze minutes plus tard, Trump gagne l’Ohio. C’était attendu ces derniers jours, il semblait difficile pour les démocrates de remporter cet Etat. Le dicton « as Ohio goes, so goes the Nation » est dans les têtes, mais certaines études sociologiques récentes montrent que l’Etat ressemble de moins en moins à la composition de l’Amérique entière. Un couple qui travaille aux Nations Unies s’inquiète de la tournure de la soirée. Ils ne prennent pas les drapeaux américains distribués et demandent plutôt un drapeau de l’ONU.

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Il faut attendre la victoire de Clinton en Virginie pour que la foule respire. On parle de l’Etat comme d’un « nouvel Ohio ». La campagne Trump a fermé ses bureaux en Virginie il y a plusieurs semaines, considérant qu’elle n’avait aucune chance de repeindre le Commonwealth en rouge. La carte virginienne ressemble fortement à celle de 2008 et 2012. Obama a remporté deux fois ce swing state, grâce au Nord de l’Etat, les comtés puissants autour de Washington, et les îlots bleus de Richmond, Norfolk/Virginia Beach, Roanoke et Charlottesville.

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La sénatrice Kirsten Gillibrand vient rassurer la Nation d’Hillary. Elle présente l’intervenante suivante, Katy Perry. Elle aurait dû chanter l’hymne national, mais finalement non. Ses parents ont voté Trump, mais c’est pas grave, ils s’adresseront encore la parole à Thanksgiving. La victoire est proche, demain sera beau. Roar accompagne sa sortie de scène, pour la énième fois de la soirée.

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Le gouverneur Andrew Cuomo redonne de la chaleur à la foule dans un numéro de vibrations de fierté new-yorkaise, valeurs progressistes solides et ode à l’immigration. Il parle de son père, Mario, ancien gouverneur décédé l’année dernière. « Quelqu’un m’a dit, Andrew, lève ta main, tu verras, ton père est là, avec toi ». Puis le gouverneur demande à tous de faire de même, main vers le ciel pour sentir la présence de Mario. New York est le berceau des politiques progressistes rappelle le gouverneur, c’est la terre d’élection d’Hillary Clinton après ses années de First Lady. Il insiste sur le mouvement des droits des femmes que la ville a porté, et cite Susan B. Anthony (1820-1906). Depuis les petites heures du matin du scrutin, des milliers de personnes se sont rendues sur la tombe d’Anthony à Rochester (NY). La pierre tombale est recouverte de stickers « I voted ». Susan B. Anthony a été arrêtée pour avoir glisser un bulletin dans l’urne le 5 novembre 1872. L’ancienne militante de la ligue de tempérance et la fondatrice de l’American Equal Rights Association est morte 14 ans avant que le droit de vote ne soit accordé aux femmes. Khizr Khan, le père d’un soldat tombé en Afghanistan, une des cibles des insultes de Donald Trump, succède à Cuomo. Un silence respectueux s’installe.

A 23h, Clinton remporte la Californie, le Colorado, l’Oregon et Hawai. Trump gagne l’Idaho et la Caroline du Nord. Obama avait devancé McCain dans l’Etat Tar Heel en 2008, mais perdu face à Romney en 2012. 23h30. Donald Trump remporte la Floride. Il ne pouvait gagner sans cet Etat. Puis la Géorgie. Il reprend de l’avance en nombre de grands électeurs. « Les citoyens ont choisi le diable qu’ils ne connaissent pas, plutôt que celui qu’ils connaissent déjà », explique Ana Navarro — « Nicaraguayenne par naissance, Américaine par choix »— une stratégiste républicaine anti-Trump, sur le plateau d’ABC. Les électeurs latinos se sont mobilisés contre celui qui les a attaqués à répétition, mais ça n’a pas suffit. « Ils se sentent marginalisés. La colère a laissé place à la peur », lance un autre expert à la télé. Une jeune femme envoie le même messages à tous ses contacts : « no lo creo ».

« Holy fuck » s’exclament d’autres New-Yorkais. Les démocrates du West Side sont dans une panique immobile. Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin et Nevada restent alors en jeu. La favorite de la soirée ne l’est plus du tout. Trump la devance dans beaucoup de comtés. S’il reste encore des bulletins à dépouiller, les réserves de voix démocrates dans les villes s’épuisent. Les projections et les modèles électoraux des deux dernières années sont balayés, oubliés. L’oracle Nate Silver apparaît sur l’énorme écran, cheveux en bataille, plaques rouges sur le visage derrière ses célèbres lunettes rectangulaires. Le modèle de prédiction de FiveThirtyEight donne maintenant à Donald Trump 78% de chances de l’emporter. Clinton est en grande difficulté. Elle pourrait « renverser la table » si elle gagne…l’Arizona. Elle pourrait finir par gagner le vote populaire en nombre de voix mais perdre le collège électoral. Donald Trump n’a plus besoin de remporter la Pennsylvanie. George Stephanopoulos n’en revient pas. L’ancien directeur de la communication de Bill Clinton reconverti en talking head parle maintenant d’un bouleversement aux proportions historiques. « Donald Trump est à 26 grands électeurs d’écart de la présidence ». Les autres pundits sont figés, ils balbutient des tentatives d’explication. « Comment en est-on arrivé là ? Réfléchissez à ça : président Trump ! Pour la première fois de son histoire, l’Amérique pourrait choisir une personne sans aucune expérience politique ou militaire ».

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L’assemblée du Javits Center se vide au fur et à mesure. Les visages sont tendus, anxieux. Certains s’assoient par terre, le regard accroché aux écrans des portables et de télévision. Les policiers font preuve d’un détachement professionnel. Victor envisage déjà l’avenir à pleins poumons : « Il pourrait mettre le feu à la Maison. Les démocrates vont revenir dans quatre ans. » Les marchés financiers sont fortement à la baisse. Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis cause sur Twitter : « Après le Brexit et cette élection, tout est absolument possible. Le monde est en train de s’effondrer devant nos yeux ». Le message est rapidement supprimé.

Pour meubler, MSNBC se lance dans une comparaison hasardeuse sur Marine Le Pen. Est-elle la prochaine ? La journaliste Rachel Maddow explique qu’elle est aussi horrible que son père mais qu’elle prend mieux la lumière et qu’elle est plus polie. On connaît la vieille extrême droite européenne mais le trumpisme, c’est quoi ?

Le révérend Jesse Jackson fend silencieusement le groupe d’électeurs restés sur le pavé. Retour à Chicago le 4 novembre 2008. Après le discours du président-élu Barack Obama, les larmes de joie de Jesse Jackson. L’image la plus saisissante de cette nuit-là.

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« Demain, on dort et on pleure. Le jour d’après, on se mobilise, comme le Tea Party, pour être certains que cela ne se reproduise jamais. » La musique de fête qui raisonne par intermittence a quelque chose d’obscène, à contretemps des mines déconfites et de l’ambiance générale de la ville. « Tout ça, c’est la conséquence du manque d’éducation dans ce pays », explique un homme blanc d’âge moyen, T-shirt vert et calvitie, petites lunettes rondes, nerveux. Il s’agite devant la caméra d’une chaîne locale. « Il faut être soit stupide soit malade mental pour voter pour Trump. Je conseille à tous ceux qui l’ont fait de chercher de l’aide. Il existe aujourd’hui de très bons programmes de prise en charge des maladies psychiatriques. » A 2h du matin, John Podesta, chairman de la campagne Clinton, est le premier à monter sur la grande scène du Javits Center : « Merci à tous […] C’est très serré […] Rentrez chez vous, il n’y aura pas de discours d’Hillary Clinton ce soir. »

Dans un taxi, les voix de fumeurs qui s’échappent de la radio gardent un ton grave et dépassionné. « Les électeurs de Donald Trump auraient-ils été sous-estimés ? Auraient-ils menti sur leurs intentions de votes ? ». Swarn, le chauffeur, coupe le son. Il se retourne et sourit  : « Who cares, right ? »

L’épistolier du FBI et les emails d’Hillary Clinton

C’était en juillet, une éternité en temps électoral. Le FBI a annoncé lors d’une conférence de presse la fin de son enquête sur l’utilisation d’une adresse email personnelle par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Le bureau a souligné « l’extrême négligence » dont elle avait fait preuve dans son traitement d’informations classifiées mais la police fédérale n’a pas recommandé de poursuite judiciaire.

A la veille du scrutin présidentiel, James B. Comey, directeur du FBI, a envoyé le 28 octobre une lettre au Congrès signalant la découverte de centaines de milliers de nouveaux emails dans le cadre de l’enquête relative à Anthony Weiner, ancien Représentant déchu, aux scandales sexuels à répétition. Il est marié à Huma Abedin, proche conseillère de la candidate démocrate, sa « seconde fille ». James Comey précise alors qu’il ne connaît pas le contenu des emails et ne sait pas combien de temps cela prendra pour les analyser.

Pour les affaires politico-judiciaires, les fonctionnaires doivent être « particulièrement vigilants afin que le ministère conserve sa réputation de justice, de neutralité et d’impartialité », selon un mémo de l’ancien ministre de la Justice Eric Holder en 2012. James Comey, un républicain nommé par Barack Obama qui jouissait jusqu’alors d’une solide réputation de probité et de professionnalisme, s’est expliqué dans une lettre interne à ses employés, obtenue par le Washington Post : « Bien entendu, nous ne communiquons normalement pas au Congrès sur les évolutions des enquêtes en cours, mais dans ce cas je sens une obligation de le faire car j’ai témoigné sous serment plusieurs fois ces derniers mois que notre enquête était terminée. Je pense aussi que ce serait tromper le peuple américain si on ne complète pas le dossier. En même temps, d’un autre côté, étant donné que nous ne connaissons pas la valeur de cette collection d’emails qui vient d’être découverte, je ne veux pas donner une impression trompeuse. En cherchant cet équilibre, dans une courte lettre et au milieu d’une saison électorale, il y a un risque significatif d’être mal compris. »

Comme l’explique Ryan Lizza, journaliste du New Yorker spécialiste des questions juridiques :

la lettre—un cadeau pour la campagne Trump très apprécié— était scandaleuse pour plusieurs raisons, à commencer par le fait que Comey a violé une directive du département de la Justice en l’envoyant. En règle générale, les procureurs et enquêteurs sont supposés s’abstenir de donner des indications sur les enquêtes en cours. En pratique, c’est ‘put-up-or-shut-up’; c’est à dire inculper formellement ou se taire. Cet usage est particulièrement important dans les affaires politiques, et encore plus important en période électorale. Comey a publié sa lettre non pas parce qu’il avait une information véritable à transmettre, mais dans le but, semble-t-il, de calmer les républicains du Congrès qui sont déçus par sa décision de ne pas poursuivre la candidate démocrate investie (Comey aurait aussi pu tenter d’apaiser un groupe croupion d’agents de droite du FBI, qui sont aussi mécontents de l’exonération de Clinton. Les fuites ne sont pas claires sur ce point). Depuis des mois, les foules aux meetings de Trump ont accueilli la mention du nom de Clinton en criant « enfermez-la ». Le directeur du FBI leur a dit de garder espoir. »

Selon Paul Ryan, speaker de la Chambre des Représentants, Hillary Clinton « a mis en danger les secrets de notre nation ». Si elle est élue, d’autres responsables républicains, comme Michael McCaul, président de la commission de la Chambre sur la sécurité nationale, rêve déjà d’une destitution. Donald Trump, après avoir vertement critiqué le FBI depuis l’été, a applaudi la prolongation de l’enquête : « peut-être que, finalement, la justice sera rendue ». Il a tonné une nouvelle fois contre ce « scandale plus grand que Watergate » qui devrait disqualifier Hillary Clinton.

Les messages électroniques qui concernent Hillary Clinton et Huma Abedin lorsqu’elles travaillaient ensemble au Département d’Etat ont depuis été analysés par le FBI. Dimanche 6 novembre, à deux jours de l’élection, James Comey a repris la plume pour annoncer aux élus du Congrès que le FBI maintenait ses conclusions estivales : il n’y a toujours aucune raison de poursuivre en justice Hillary Clinton.

En prenant ses fonctions au département d’Etat en 2009, Hillary Clinton a conservé son adresse personnelle et l’usage d’un serveur privé. A cause d’une incompatibilité technique du système de messagerie interne de l’administration, la secrétaire d’Etat ne peut recevoir ses emails professionnels sur son smartphone. Elle devait toujours en conserver deux avec elle pendant ses déplacements, en conformité avec les règles internes au département d’Etat. Elle ne l’a pas fait, demandant à ses conseillers de faire suivre si besoin la correspondance sur son adresse personnelle. Comme Colin Powell avant elle. Quand Hillary Clinton quitte son poste, le département d’Etat lui a demandé l’ensemble des emails relatifs à ses fonctions, comme l’exige la loi. Une équipe de juristes est chargée de sélectionner et transmettre les emails en question. Et 30 000 autres sont supprimés de son serveur privé, fournissant ainsi un argument pour les opposants de Clinton : elle aurait forcément quelque chose à cacher.

Ces emails ne révèlent aucune action illégale ou criminelle. On découvre que les cadres du camp démocrate ne s’encombrent pas de politesse et d’effets de style, ils ont recours à un langage vulgaire en privé, comme dans toute organisation professionnelle. Ce qui est problématique, c’est le rapport entre la politique et l’argent chez les Clinton, tout comme les séparations poreuses entre la politique et le privé. Dans un email, il est notamment question d’une rencontre du Clinton Global Initiative au Maroc en 2015. Alors que le roi a promis 12 millions de dollars de dons, difficile pour Hillary Clinton de se porter pâle. La candidate ne s’y rend finalement pas, mais Bill et Chelsea honoreront la cour marocaine.

Le retour de « l’affaire des emails » se produit dans un contexte de resserrement des intentions de vote, phénomène traditionnel à l’approche du scrutin. Pour ajouter à la confusion, de nombreux emails internes à la campagne Clinton s’étalent dans la presse, après la publication par Wikileaks de leurs contenus. Le compte personnel de John Podesta, chairman de la campagne Clinton, a été piraté par une technique de phishing. Les agences fédérales de renseignement américaines ont déclaré voir Moscou derrière ces tentatives d’intrusion dans l’élection présidentielle.

Les médias ont consacré plus de temps à ce supposé « scandale » qu’à l’analyse des points des programmes des candidats. Les fausses équivalences entretenus par certains titres de presse et commentateurs entre les emails Clinton et les innombrables affaires de Donald Trump ont permis d’assurer une tension fiévreuse et une illusion d’objectivité tout au long du cycle électoral.

J. Edgar Hoover, Apr. 5, 1940, Washington, D.C. Courtesy of Library of Congress Prints & Photographs Division, photograph by Harris & Ewing, LC-DIG-hec-28438
J. Edgar Hoover, Apr. 5, 1940, Washington, D.C. Courtesy of Library of Congress Prints & Photographs Division, photograph by Harris & Ewing, LC-DIG-hec-28438

Le cliché de la « surprise d’octobre » — un événement inattendu qui est censé bouleverser la campagne et qui ne modifie en fait pas les tendances de fond des derniers mois — convoque cette année le fantôme de J. Edgar Hoover. « L’interférence du FBI dans les élections est presque aussi ancienne que le FBI lui-même », selon Beverly Gage, historienne à l’université de Yale. Hoover a dirigé le FBI de 1924 à 1972, accumulant des informations sensibles sur ceux qui comptent à Washington D.C., avec un pouvoir très étendu et un contrôle limité sur ses actions. En 1948, il aide officieusement la campagne de Thomas Dewey contre le président en exercice, Harry Truman, en fournissant conseils, agents et notes. Lyndon B. Johnson a fait de John Edgar Hoover un ami et un allié. « Je préfère qu’il soit à l’intérieur de la tente pour pisser à l’extérieur, plutôt qu’à l’extérieur de la tente en train de pisser dedans », a expliqué poétiquement le président texan au sujet de son directeur du FBI. En octobre 1964, le FBI a joué un rôle dans la campagne entre Johnson et Barry Goldwater. Hoover est intervenu prestement sur injonction présidentielle pour étouffer un scandale sexuel. Walter Jenkins, proche conseiller de Johnson, est arrêté avec un homme dans les toilettes d’un YMCA de Washington D.C. Pour l’opposition républicaine, la menace homosexuelle est aussi synonyme de menace sur la sécurité nationale : les communistes pourraient utiliser la vie sexuelle des hommes politiques pour les forcer à trahir la patrie.  Johnson parle d’un coup monté par les républicains. Jenkins démissionne immédiatement de ses fonctions et retourne au Texas. L’enquête du FBI assure rapidement que Walter Jenkins n’a jamais divulgué d’informations sensibles. La popularité dw J. Edgar Hoover l’a protégé contre des présidents comme Truman, JFK ou Nixon qui ont pensé à le renvoyer. Depuis son règne controversé et hautement politisé, les directeurs du FBI successifs se sont présentés comme l’anti Hoover. Sur son bureau, James Comey conserve des documents relatifs à la surveillance de Martin Luther King par J. Edgar Hoover : « la raison pour laquelle je fais ça, c’est pour être certain que nous nous souvenons de nos erreurs et que nous apprenons d’elles ».

Vice-présidence : de l’équilibre au partenariat

« Je crois que j’ai le droit de faire quelques observations car je suis sur le point de commencer une période de silence de quatre années. » Thomas Riley Marshall a fait preuve d’une grande résignation en 1913 lors son discours inaugural devant le Congrès. Vice-président des Etats-Unis de 1913 à 1921 dans l’administration de Woodrow Wilson, Marshall était un Hoosier, natif de l’Indiana et ancien gouverneur de cet Etat. Sa remarque s’appliquera peut-être au gouverneur actuel de l’Indiana, Mike Pence, qui a débattu avec Tim Kaine, sénateur démocrate de la Virginie, le 4 octobre à l’université de Longwood à Farmville (VA).

Ce débat, peu suivi, n’aura pas une grande influence sur le scrutin de novembre. Les deux hommes restent peu connus du grand public et n’ont pas suscité l’intérêt des médias depuis l’annonce de leur sélection sur le ticket présidentiel. Les deux hommes n’ont pas retenu le conseil donné par John Nance Garner, VP de 1933 à 1941, à Lyndon B. Johnson : « the Vice presidency isn’t worth a bucket of warm spit. » [1] Le profils et l’expériences des deux candidats méritent cependant une attention particulière : vu l’âge de Donald Trump (70 ans) et de Hillary Clinton (68 ans), il est possible que Mike Pence ou Tim Kaine doivent assumer les fonctions suprêmes au cours du prochain mandat, comme le prévoit la Constitution [2] en cas de maladie, démission, destitution (impeachment) ou de décès du président. C’est arrivé à quatorze reprise au cours de l’histoire américaine, la première fois en 1797, quand John Adams a succédé à George Washington. Les vice-présidents peuvent aussi être élu présidents à la fin de leur mandat, comme ce fut le cas pour Thomas Jefferson, Martin Van Buren et George H. W. Bush.

Les pouvoirs du vice-président sont légalement très limités (la présidence du Sénat), mais la pratique peut autoriser une plus grande latitude, selon le président en exercice. Nelson Rockefeller, vice-président de 1974 à 1977, résumait ainsi la fonction : « I go to funerals, I go to earthquakes. » [3] Nombreux sont les vices-présidents humiliés par le Président et son équipe, écartés des instances de décisions, relégués aux fonctions de représentations. La vice-présidence reste peu étudiée par les sciences sociales et les médias, elle est ridiculisée ou fantasmée par le cinéma et la télévision (Veep, House of Cards).

Avant l’instauration des primaires, les candidats à la Maison-Blanche étaient sélectionnés par les partis au moment des conventions, sans que les militants et sympathisants n’interviennent. En 1876, le gouverneur Rutherford B. Hayes remporte la nomination du parti républicain. Le deuxième homme sur le ticket présidentiel est choisi par la délégation de new-york, dirigée par le tout puissant sénateur Conkling. le représentant William Wheeler est sélectionné. Quand il l’apprend, Rutherford Hayes déclare : « j’ai honte de le dire mais : qui est Wheeler ? » Les deux hommes ne s’étaient jamais rencontrés.

Walter Mondale par Jonathan Crow

La sélection du VP a longtemps répondu à un besoin d’équilibrer le ticket présidentiel au niveau géographique ou idéologique (« the balance strategy ») : un élu démocrate progressiste d’un Etat du Nord-Est choisit un vétéran politique plus conservateur du Sud. Dans un rapport de la Brookings Institution, Elaine C. Kamarck, professeur de sciences politiques, analyse l’évolution de la vice présidence moderne. Kamarck est une « nouvelle démocrate » qui a travaillé pour l’administration de Bill Clinton et a conseillé la campagne du vice-président Al Gore en 2000. Elle reprend les conclusions du livre du professeur de droit Joel K. Goldstein, The White House Vice Presidency  [4]. La vice-présidence a pris de l’importance à partir de Walter Mondale, puis Al Gore et Richard Cheney ont renforcé la fonction. Ce changement s’explique par la transformation du sytème de sélection du vice-président, ce qui a entraîné un passage de « l’équilibre » au « partenariat ». Le vice-président moderne a été de plus en plus associé directement au pouvoir. Jimmy Carter a choisi Walter Mondale pour des raisons d’équilibres géographiques (Mondale est élu du Minnesota, Carter vient de Géorgie) et idéologique (plus à gauche que Carter). Mondale a du se plier pour la première fois à une véritable procédure d’examen et de contrôle de son bilan et de ses positions (vetting process) en interne auprès du parti avant d’être officiellement sélectionné. Quand Bill Clinton choisit Al Gore en 1992, le modèle traditionnel de sélection est rompu : ils sont jeunes tous les deux, viennent du Sud, ont étudié dans des universités de la Ivy League, et ont lancé le mouvement New Democrat. Leur arrivée à la Maison Blanche instaure un partenariat. Depuis, le modèle simple de l’équilibre n’a pas réussi à remporter l’élection présidentielle, rappelle Elaine Karmack.

Dick Cheney par Jonathan Crow
Dick Cheney par Jonathan Crow

Dick Cheney fut chargé par George W. Bush de piloter le comité de sélection de son vice-président. Cheney a finalement décidé de se choisir lui-même, et, fort de sa longue expérience de haut fonctionnaire, de Représentant au Congrès et de ministre, est probablement devenu le vice-président le plus puissant de l’histoire américaine. Il a placé des hommes de confiance aux postes clés de l’administration. Présent à toutes les réunions d’importance, il est parvenu à influencer le processus décisionnaire en amont, en partageant avec le président Bush une vision expansionniste et forte du pouvoir exécutif.

Barack Obama a aussi choisi le modèle du partenariat avec Joe Biden, un sénateur du petit Etat du Delaware solidement démocrate et qui apporte seulement trois voix de grands électeurs dans le collège électoral. Biden, fort de sa longue expérience en politique étrangère, a aussi renforcé la candidature du jeune sénateur Obama. Leur partenariat s’est renforcé au cours des deux mandats, et Joe Biden a été associé à plusieurs programmes fédéraux et décisions stratégiques de politiques étrangères.

Cette année, les deux candidats ont choisi un modèle de partenariat équilibré. Hillary Clinton a sélectionné un loyaliste avec une longue expérience politique (lieutenant gouverneur, maire de Richmond, sénateur). Clinton vise aussi a renforcer ses chances dans le sud américain : Tim Kaine est élu de Virginie, un swing state remporté par Barack Obama en 2008 et 2012. Donald Trump, novice en politique, a choisi Mike Pence, gouverneur expérimenté qui a passé plus d’une décennie au Congrès, ancien soutien de Ted Cruz, incarnation respectée de l’establishment républicain. Pence est en désaccord avec Trump sur de nombreux sujets, et ses positions anti-avortement and contre les droits des personnes LGBTQ sont plus radicales que celles de son candidat. Il donne aussi des gages à la branche la plus conservatrice du parti, qui se méfie d’une administration Trump, naïve et dépourvue d’idéologie. Mardi soir, Mike Pence a nié pendant 90 minutes les propos insultants de son candidat, il n’a pas réussi à le défendre personnellement, il s’est calmement distancé de lui et s’est posé en gardien du conservatisme à l’ancienne. Répondant aux critiques de Tim Kaine contre le magnat des casinos et de l’immobilier, Mike Pence a rétorqué : « écoutez, Trump n’est pas un politicien raffiné comme vous et Hillary Clinton ». Ou comme lui-même.


Illustrations de Jonathan Crow tiré du projet Veeptopus : Odd art for Odd people. Every single U.S. vice president with an octopus on his head

Campagne kickstarter : https://www.kickstarter.com/projects/1907913339/the-veeptopus-book-48-vice-presidents-and-octopuse

[1] « la vice-présidence ne vaut pas un crachoir chaud »
[2] Article 2, Section 1, Clause 6.
Amendment 25, Section 3 (1967) : « Whenever the President transmits to the President pro tempore of the Senate and the Speaker of the House of Representatives his written declaration that he is unable to discharge the powers and duties of his office, and until he transmits to them a written declaration to the contrary, such powers and duties shall be discharged by the Vice President as Acting President. »
[3] « Je me rends aux funérailles, je me rends aux tremblements de terre »
[4] Goldstein Joel K., The White House Vice Presidency, The Path to Significance, Mondale to Biden, University press of Kansas, 2016.

La loi et l’ordre selon Donald Trump

Attendu, le premier débat télévisé du 26 septembre n’a pas surpris. Donald Trump a brillé par son manque de préparation, son incompétence, sa susceptibilité et la dangerosité de ses propos. Interrogé sur les violences urbaines, il a fait appel de nouveau à la thématique nixonienne « Law and Order », notion qu’il a répétée à sept reprises, en reprenant plusieurs mensonges sur la criminalité « hors de contrôle » dans les grandes villes. C’est l’un des éléments les plus saillants de son penchant autoritaire.

« La loi et l’ordre » est un enjeu politique depuis le milieu des années 60. Son utilisation ne concerne pas seulement les tensions raciales et les violences liées à la ségrégation. Les « militants non patriotiques », comme les groupes qui défendent le droit à l’avortement et les droits des homosexuels sont aussi la cible des partisans de « la loi et l’ordre ». En s’appropriant le terme, Nixon souhaite s’adresser à la « majorité silencieuse », les électeurs qui refusent les mouvements d’émancipations civiques et les transformations sociales des années 60 et 70. Nixon se sert des tensions raciales et du ressentiment d’une partie de l’électorat pour attirer le vote blanc. Le recours à cette rhétorique depuis 1968 vise à distinguer la criminalité et les questions raciales : l’inflexibilité face au crime sert en fin de compte les communautés noires. C’est aussi une manière d’attaquer les démocrates, les accusant de laxisme. Le président Bill Clinton a voulu éviter cette qualification en faisant voter un arsenal judiciaire très répressif au cours de son mandat, une législation fortement critiquée aujourd’hui, dont il reconnaît les effets pervers. En insistant sur les violences urbaines, en parlant comme un shérif de l’Ouest mythique, Donald Trump a recours à un racisme codé, tout en dénonçant le politiquement correct de ses adversaires. Il cherche aujourd’hui à mobiliser les électeurs par la peur, pour rallier ceux qui se méfient du mouvement protestataire Black Lives Matter ou qui sont convaincus que l’Amérique est trop modérée face à la menace terroriste.

Son inspirateur et maître à penser en la matière reste Rudolph Giuliani. Ancien maire républicain de New York de 1994 à 2001, devenu « America’s Mayor » après le 11-Septembre, Giuliani est l’un des meilleurs surrogates (substituts) de Trump depuis le début de cette campagne. Il est payé par le candidat républicain, en tant qu’employé du cabinet Greenberg Traurig qui représente les intérêts de Trump et de son gendre, Jared Kushner. Giuliani et Trump partagent aussi une certaine expérience dans la médiatisation de leurs divorces. Ils ont commencé leurs affaires ensemble en 1989, quand Trump est devenu co-directeur de la première levée de fonds pour la campagne municipale de Giuliani, alors procureur fédéral pour le district sud de New York. La municipalité de Rudy Giuliani a ensuite soutenu les aventures financières de Trump en intervenant dans les projets immobiliers de Riverside South et de Central Park South. Ils sont devenus proches et se sont invités à leurs mariages respectifs. Trump a mentionné la nomination possible de l’ancien maire à la tête d’une commission sur l’immigration ou le Department of Homeland Security. L’activisme de Giuliani pendant cette campagne est peut-être alimenté par une revanche personnelle sur Hillary Clinton. En 2000, l’ancien maire veut se présenter à l’élection sénatoriale et se prépare à affronter l’ex-première dame des Etats-Unis. Suite à un diagnostique d’un cancer de la prostate, il abandonne sa campagne. Pendant ce cycle électoral, Giuliani s’est surpassé dans ses déclarations atterrantes, culminant avec cette tirade sur la sécurité nationale : « Pendant ces huit années avant l’élection d’Obama, nous n’avons jamais eu à affronter une attaque du terrorisme islamiste aux Etats-Unis, elles ont toutes commencé après l’arrivée de Clinton et Obama au pouvoir. »

L’héritage de Rudolf Giuliani à New York est associé à la pratique polémique du « stop-and-frisk » par la police. Les officiers du NYPD sont incités à arrêter, questionner, palper dans la rue toutes les personnes qu’ils trouvent « raisonnablement suspectes » si un crime vient d’être commis ou est sur le point de l’être. Pour Donald Trump, c’est une mesure qui a fait ses preuves et qu’il faudrait renforcer et généraliser. Plusieurs enquêtes[1] montrent que cette pratique a permis une institutionalisation du harcèlement policier et de la discrimination raciale. 90 % des personnes arrêtées étaient des jeunes noirs et latinos, innocents. William Bratton, le commissaire de police qui vient de quitter ses fonctions, fut l’architecte de cette mesure et des politiques « broken window » (fenêtre brisée) à la tête du NYPD de 1994 à 1996. Au New Yorker, il expliquait ainsi : « C’est un outil simple. C’est une pratique fondamentale de la police américaine. C’est pratiqué tous les jours, probablement par toutes les forces municipales en Amérique. Si la police ne le fait pas, elle ne fait probablement pas son travail ». Le commissaire a ensuite dirigé  la police de Los Angeles (2002-2009), puis est devenu partisan d’une réforme du « stop-and-frisk », dont il juge l’usage « excessif ». La pratique a été renforcée par le commissaire Raymond Kelly pendant l’administration Bloomberg. Cette politique a été déclarée inconstitutionnelle en 2013 par un juge fédéral, alors que le nombre d’arrestation de ce type avait déjà diminué de 72%.

Pendant le débat, Donald Trump a déclaré que les violences augmentent partout depuis la fin du « stop-and-frisk » imposée par un « juge anti-police » et le maire actuel de New York, Bill de Blasio. Dès 2012, le département de police de New York a commencé à réduire sa pratique du stop-and-frisk, sous la supervision de la municipalité de Michael Bloomberg. Les élus et les médias conservateurs ont alors averti qu’une vague de meurtres et de violence allait ravager la ville. Le taux d’homicide à New York est pourtant en diminution constante, avec une réduction de 32% depuis 2011. En 2015, 352 homicides ont été enregistrés. A l’échelle nationale, la criminalité et la violence recule. Si la première moitié de 2015 a vu une légère poussée de la criminalité au niveau national, elle reste très loin des records historiques. Certaines villes connaissent des crises liées à des affrontements avec la police, comme à Charlotte (NC) ces derniers jours, ou résultent des guerres de gangs. Quelques grandes villes font exception à cette baisse constante, comme La Nouvelle Orléans et Chicago. Le nombre de fusillades à « Second City » atteint un terrible niveau : 3245 victimes depuis le début de l’année. Le taux d’homicides à Chicago est plus élevé que ceux des villes de Los Angeles et New York additionnés. Comprendre les facteurs de cette violence, pour lutter contre elle, est plus complexe qu’une redite des innovations policières des années 90 ou le sifflement d’un slogan des sixties à connotation raciste.

[1] Rosenfeld and Fornango (2014), Procureur général de l’Etat de New York (2013), American Statistical Association (2007)

Ne faites jamais de politique-fiction !

La revue politique Charles no18 (Racisme & politique, été 2016) publie un article sur l’histoire du livre Président Kissinger (1974) de Maurice Girodias.

On le surnommait « l’éditeur kamikaze », le « prince du porno » ou encore le « Lénine de la révolution sexuelle ». L’éditeur Maurice Girodias (1919-1990) a publié Henry Miller, Samuel Beckett, Vladimir Nabokov ou encore William Burroughs. Pour ce qui nous concerne, il est aussi l’auteur en 1974 de Président Kissinger, un des premiers romans de politique-fiction où il imagine l’accession du conseiller Henry Kissinger à la Maison-Blanche et tout ce qui s’ensuit. Un livre ravageur qui lui vaudra de formidables tracas judiciaires et mettra fin à sa période américaine. Récit.

Un invité de dernière minute a fait irruption dans le débat démocrate de février 2016 entre Hillary Clinton et Bernie Sanders à l’université du Wisconsin, Milwaukee : Henry Kissinger. L’ancien conseiller à la Sécurité nationale de Richard Nixon (1969-1975), stratégiste populaire de la Guerre froide, ancien secrétaire d’État (1973-1977), est un « mentor » et un « ami » d’Hillary Clinton. Pour Bernie Sanders, il reste « l’un des secrétaires d’État les plus destructeurs de l’histoire moderne », notamment pour son rôle dans l’escalade de la guerre du Vietnam. Henry Kissinger, aujourd’hui âgé de 93 ans, profite depuis le mandat présidentiel de Bill Clinton de sa dernière incarnation : celle d’un homme d’État bipartisan, sérieux et sage. Chairman de la société de conseil international Kissinger Associates Inc., ses activités restent discrètes.

En 1974, loin des jeux diplomatiques, il fut aussi le héros involontaire du dernier roman de Maurice Girodias, Président Kissinger. Entre 1974 et 1976, l’éditeur aventurier a écrit l’histoire de la création de ce livre et de ses déboires américains. Le texte paraît en 1976 dans plusieurs numéros d’été du Nouvel Observateur, puis l’année suivante dans le magazine pornographique Oui, la version américaine de Lui. Revu en juin 1990, juste avant la mort de l’auteur, le texte est publié par les éditions de la Différence. « L’Amérique : je propose de la lire dans Kafka, bien sûr (livre de chevet de Girodias), mais surtout dans le règlement de comptes inouï de Lolita et, maintenant, dans L’Affaire Kissinger », écrit Philippe Sollers dans la préface. Selon Maurice Girodias, tout aurait commencé à Greenwich Village, dans une baignoire. À l’époque, le fils du britannique Jack Kahane, fondateur d’Obelisk Press et éditeur d’Henry Miller et James Joyce, n’est pas très célèbre à New York. Il s’y est installé quelques années plus tôt pour creuser un océan entre lui et ses mésaventures londoniennes, ses procès à répétition en France pour « outrage aux bonnes moeurs par la voie du livre ». Olympia Press USA, sa maison d’édition, vient de faire faillite. Il lance dans la foulée Freeway Press. « Maurice était nul comme homme d’affaires, mais c’était un visionnaire. Il était extrêmement charmant, drôle, glamour, jamais collant ou vulgaire, il adorait les femmes. On prétendait avoir un travail et Maurice prétendait diriger une entreprise. C’était de l’édition existentielle », explique Ann Patty, une de ses éditrices. Dans le catalogue de la maison : une cinquantaine de titres, des livres sur le kung-fu, un guide de vie new age, le manifeste du travailleur de bureau, un volume illustré sur Mohamed Ali et des romans pornographiques (A Sea of Thighs, Mama Liz Tastes Flesh, The Lay of the Land). En 1974, la star politique du moment, celle qu’on trouve alors dans tous les journaux, c’est Kissinger, « l’homme politique le plus admiré » selon les sondages. Richard Nixon se débat à l’époque avec le scandale du Watergate. Mais Kissinger ne peut espérer accéder un jour au Bureau ovale car il n’est pas natural born. Il est né à l’étranger (Section 1 Article 2 de la Constitution, une « obscurité sémantique » pour Girodias, toujours en vigueur). En janvier 1974, Jonathan Bingham, le représentant démocrate de New York, vient justement de déposer un projet d’amendement pour permettre à tous les Américains de prétendre au poste suprême. Le Lewiston Evening Journal du 15 février 1974 publie un article titré « President Henry Kissinger ? » dans lequel Bingham se défend de vouloir changer la Constitution au bénéfice exclusif du secrétaire d’État. Les Américains nés à l’étranger peuvent d’ailleurs occuper l’ensemble des postes de la haute administration, pourquoi la présidence ferait-elle exception ? C’est en lisant dans sa baignoire cet article que Maurice Girodias a l’idée du livre : « Si tout le monde béait d’admiration devant Henry Kissinger, il faut dire les choses comme elles sont, c’est que c’était un salaud. J’avais donc pensé que ce serait bien d’imaginer que, au moment même de son élection triomphale en 76, Henry serait touché par la grâce et deviendrait d’un seul coup le héros de la paix entre les peuples, l’ami du Tiers Monde, le bienfaiteur de l’humanité… »

Lire la suite dans Charles, actuellement en vente en librairie et en kiosque, ou sur le site de la revue : http://revuecharles.fr/ne-faites-jamais-de-politique-fiction/

Maurice Girodias, Président Kissinger, Editions Tristram, 2009, 312 pages.

La convention Trump

Les conventions marquent la fin du processus des primaires avec l’investiture du candidat. Elles servent à unir le parti, le mettre en ordre de bataille et à lancer le ticket présidentiel dans la campagne officielle. Trump souhaitait certainement se présenter comme un candidat responsable et rassembleur, tout en profitant d’un sacre télévisé. Pour le New York Times, Cleveland représentait « la plus grande occasion de vente de la marque Trump ».

Cette convention se distingue d’abord par la liste des absents. Aucun ancien candidat républicain ou président n’y assistent. Les deux Bush, John McCain et Mitt Romney avaient sûrement d’autres urgences cette semaine plutôt que de se rendre à Cleveland. 18 sénateurs se sont portés pâles, dont Marco Rubio, qui a envoyé une vidéo. Même John Kasich, le gouverneur de l’Etat, sèche.

Quelques jours avant le rendez-vous de Cleveland, Donald Trump avait promis de divulguer incessamment le nom du candidat pour la vice-présidence, puis, après le massacre de Nice, a d’abord reporté l’affaire puis finalement annoncé officiellement son choix, vendredi dernier : Mike Pence, le gouverneur de l’Indiana. La veille, Trump ne s’était toujours pas décidé. Il a finalement tranché, après avoir considéré son valet et gouverneur du New Jersey Chris Christie empêtré dans les affaires judiciaires, le retraité Newt Gingrich, ancien chef républicain de la Chambre pendant le mandat de Bill Clinton, responsable de la radicalisation du GOP et fin architecte du blocage législatif, ou encore John Kasich, le gouverneur de l’Ohio.

Mike Pence est considéré comme une figure de l’establishment républicain. Ancien Représentant, ce gouverneur impopulaire est un champion de l’opposition à l’avortement et des lois anti-LGBTQ. Mike Pence se définit comme « un chrétien, un conservateur et un républicain, dans cet ordre ». Avant d’être un élu, il a animé The Mike Pence Show sur les ondes radios de l’Indiana, au moment où l’extrême droite a fait de ce média le principal canal de communications de ses idées. Admirateur de Ronald Reagan, il s’est inscrit tôt dans le sillage de la droite religieuse. Son bilan législatif fait l’objet de beaucoup d’attention car le candidat Trump n’a aucune expérience politique. Mike Pence a soutenu en vain une loi qui visait à redéfinir le viol en bloquant les financements du gouvernement fédéral pour les avortements en cas de « forcible rape ». Dès 2007, il a lancé l’assaut républicain contre le planning familial. Le gouverneur a réduit l’accès à l’avortement dans son Etat et stoppé le financement du planning familial, une organisation qui pratique aussi le dépistage des IST, ce qui a entraîné une hausse des infections VIH dans l’Indiana. le gouverneur a signé une des lois les plus restrictives en matière d’avortement. La pratique est interdite sur la base d’un handicap futur du fœtus et la loi oblige les femmes à subir un test ultrason au moins 18 heures avant l’intervention médicale.

Pence soutient les lois sur la « liberté religieuse », qui permettent aux sociétés privées de discriminer légalement les personnes LGBTQ. Devant les menaces des grandes entreprises de quitter l’Etat, le gouverneur a fait marche arrière. Pendant les primaires républicaines, Mike Pence a soutenu Ted Cruz, avant de se rallier à Trump quand celui-ci est devenu inévitable. Pence possède des liens anciens et profonds avec le leadership républicain et le monde des affaires. Sa présence auprès de Trump pourrait favoriser la levée d fonds des donateurs historiques de la droite américaine, encore réticents à embrasser le milionaire. Le gouverneur ne devrait pas permettre d’attirer beaucoup d’électeurs indépendants, et pourrait pousser plus de femmes à voter pour Hillary Clinton. Le « fossé du genre » (gender gap) est pourtant l’un des défis principaux du parti républicain : en 2012, Mitt Romney a devancé Obama de 8 points parmi les voix des hommes (54%- 46%), mais a perdu le vote des femmes de 12 points.

Mike Pence est par contre bien placé pour mettre en application le nouveau programme ultra conservateur du parti républicain, qui reflète de plus en plus les idées et projets des chrétiens évangéliques. Ce programme souhaite une instruction renforcée de la Bible dans les écoles, la fin du mariage gay et de l’égalité des droits pour les personnes LGBTQ, ainsi que la nomination de juges « qui reconnaissent le droit inaliénable à la vie et les lois de la nature et la nature de Dieu, comme le faisait le défunt juge de la cour suprême Antonin Scalia. »

Cette semaine, la convention de Cleveland est donc devenue Le Trump show, une émission de télé-réalité ennuyeuse et embarrassante en prime time, pour un public blanc et âgé, avec à la fête des délégations de racistes, d’intégristes chrétiens, de nativistes et d’hommes politiques européens d’extrême droite. L’élément rassembleur semblait être la haine de Hillary Clinton. On a entendu la foule crier « Lock her up! » (« enfermez la! »), la traiter de « bitch » et « cunt«  dans les échanges, sur les pancartes et goodies de l’assemblée. Un spectacle ponctué de drames, d’éléments de combats de catch, avec le défilé chaque soir au pupitre d’un membre de la famille Trump, les seules personnes que le patriarche écoute véritablement. L’épisode pilote a débuté avec une controverse qui a duré toute la semaine. Selon une tradition conservatrice, l’épouse du candidat fait un discours lors de la convention pour parler des femmes, confier des anecdotes et humaniser l’homme formidable, le père aimant et disponible. Melania Trump a plagié dans son discours Michelle Obama, une femme qu’elle admire. Mme Trump était restée discrète jusqu’à présent, n’appréciant visiblement pas les projecteurs médiatiques et journalistes politiques conviés par son mari. Ses profondes réflexions et sa vie en toute simplicité ont été analysées il y a quelques mois par Julia Ioffe dans un bon portrait publié par GQ magazine. L’ex-mannequin d’origine slovène, forcée de faire des pirouettes puis d’être humiliée dans le carnaval de son époux, n’est qu’un exemple supplémentaire de l’amateurisme généralisé de la campagne Trump. L’équipe du candidat a tenté de stopper le scandale, en niant d’abord le plagiat, puis en avançant toute sorte de raisons, pour enfin sacrifier une plume de l’organisation Trump (une tradition bien ancrée dans cette société) qui se serait perdue dans ses notes.

Mercredi soir, Ted Cruz a auditionné pour l’investiture républicaine en 2020. Arrivé deuxième dans les primaires, il a félicité Donald Trump mais ne l’a pas soutenu, il a appelé les délégués « à voter avec [leur] conscience ». Il est sorti de la scène sous les huées des spectateurs. Devant la délégation texane le lendemain, il a expliqué n’avoir toujours pas oublié les attaques de Trump contre le physique de sa femme ou d’avoir suggéré que son père était impliqué dans l’assassinat de JFK. L’ancien héro du Tea Party ne sera pas « un petit toutou servile » de la campagne de Trump. L’intervention négative de Ted Cruz était attendue par l’équipe du candidat. Trump a même fait irruption dans la salle renforcer le moment dramatique pendant ce discours. Les mots de Cruz ont complétement fait oublier le premier discours national de Mike Pence peu après. Au milieu du brouhaha, Trump a aussi donné un interview sur son projet pour l’OTAN, une performance de géopolitique fiction qui prêterait à sourire si elle n’était pas simplement terrifiante.

Ivanka Trump, la principale conseillère du candidat, a fait l’introduction de son père le dernier soir. Donald Trump a repris dans son discours les mêmes accents égrainés ces derniers mois. Il a fait appel à la peur et à la colère des électeurs qu’il mobilise, il a peint une Amérique en situation de crise généralisée (immigration, violences urbaines, terrorisme), s’est dit le seul qualifié pour régler tout ça et a promis des solutions instantanées sans les expliquer. La restauration de la grandeur de l’Amérique, afin de la rendre « plus grande, meilleur, et plus forte qu’elle n’a jamais été », c’est la magie incantatoire de Donald Trump, par le simple fait qu’il existe.

La campagne de Trump est officiellement une copie de la campagne de Richard Nixon en 1968 fondée sur « la loi et l’ordre ». Après la fusillade de Dallas où 5 policiers ont été tués, le candidat républicain a déclaré : « nous devons restaurer la loi et l’ordre. Nous devons restaurer la confiance de notre peuple d’être en sécurité et en sureté dans leurs maisons et dans la rue. » Dans The Atlantic, l’historien Julian Zelizer rappelle en quoi la situation en 1968 est différente tout en soulignant certaines similarités avec l’Amérique d’aujourd’hui.

Lorsque les questions de race et de police était au centre du débat national en 1968, le gouvernement fédéral n’a pas réussi à organiser le changement. L’Etat a compris comment le racisme institutionnel s’incarnait dans les villes et comment celles-ci explosaient de violence, mais l’électorat fut au contraire séduit par les appels de Richard Nixon pour la loi et l’ordre, la répression urbaine, en laissant les enjeux du racismes institutionnels intactes. Plutôt que de s’attaquer à l’inscription du racisme dans les institutions américaines, notamment dans le système de justice criminelle, l’Etat s’est concentré dans la construction d’un système carcéral massif, la militarisation des forces de police, la criminalisation des petits délits et a continué à vivre des épisodes de conflits raciaux qui explosent dans la violence.

Les révoltes urbaines de Détroit, Michigan et Newark l’année précédente suite aux violences policières contre des Afro-américains ont entraîné la création par le président Johnson de la commission Kerner. Une fois Nixon installé à la Maison Blanche, les recommandations de cette commission ont été totalement ignorées.

Le journaliste Norman Mailer se rend à la convention républicaine à Miami cette année-là. Dans ses écrits, il parle de lui à la troisième personne. Son personnage de reporter quitte le rassemblement des délégués un peu trop tôt : « il réalisa qu’il avait manqué la soirée la plus excitante de la convention, du moins sur la scène, et fut seulement capable de se consoler avec une pensée triste, l’assurance qu’il pourrait mieux couvrir la convention devant la télévision que s’il y avait assistée. » Trump n’a probablement jamais lu Mailer, ou un autre livre que The Art of the Deal depuis qu’il a quitté l’université, mais il a réussi la production d’un spectacle télévisuel sur 4 jours, l’œil rivé uniquement sur les chiffres d’audience, le seul indicateur trouvant grâce à ses yeux.