CINEMA

Moneyball / Le Stratège (Bennett Miller, 2011)

Moneyball est devenu Le Stratège en passant l’Atlantique. Le titre français réduit platement le film au portrait du General Manager des Athletics (A’s) d’Oakland, Billy Beane (Brad Pitt).
Au début des années 2000, le véritable Beane, contre tous les experts, a fait le pari d’une nouvelle approche stratégique dans les politiques de vente / recrutement des joueurs.
Billy ne supporte plus de former des athlètes puis de servir de « donneur d’organes pour les riches », les équipes reines qui rachètent les stars locales. Plutôt que de tout miser sur les moyens financiers, que son équipe n’a d’ailleurs pas, un analyste de Yale, Peter Brand (Jonah Hill) lui suggère, à l’aide de modèles mathématiques, d’attribuer un système de points aux joueurs, puis de recruter des sportifs mal côtés, sous-estimés. Avec ses bras cassés, Billy vise bien entendu les World Series, la compétition nationale majeure.

Le film de baseball est un genre en soit, avec ses références , tels Field of Dreams  (Jusqu’au bout du rêve, Robinson, 1989), ses codes, ses stars (Kevin Costner).  C’est un genre qui fait recette aux États-Unis, et qui est bien entendu difficile à vendre dans le reste du monde. Pour le public français, tout ceci reste très exotique. Le film réussi cependant à ne pas perdre les béotiens de la batte grâce à son écriture narrative.

Steven Zaillian (La liste de Schindler) et Aaron Sorkin ont adapté le livre éponyme de Michael Lewis. A chaque scène, on guette le génie du créateur de The West Wing (A la Maison Blanche), oscarisé pour l’écriture de The Social Network.
Là, si certains dialogues sortent un peu le spectateur de la torpeur (l’entretien avec les patron des Boston Red Sox ou avec le GM des Indians de Cleveland), la mise en scène de Bennett Miller (Capote, 2005) n’ajoute quasiment rien à l’histoire. La relation père-fille est aussi mièvre que la chanson pour publicité SFR de la gamine. Et le film s’étire sans trop de raison. Sans un Brad Pitt à la production et à l’écran, le film aurait peut-être débarqué en France en direct-to-DVD.

Mais Moneyball n’est pas vraiment un film sur le Baseball. Ce n’est pas vraiment un bon film non plus.
Comme Peter Brand nous l’indique à la fin du film, en regardant lui même un écran: « it’s a metaphor, y’know ».
C’est un film où l’on reste dans les vestiaires, les bureaux, les couloirs alors que le match bat son plein dehors et que seule la rumeur nous parvient.
C’est une étude inaboutie d’un groupe social, en constante compétition les uns par rapport aux autres, mais obligé de coopérer.  La victoire ne vient pas d’une rallonge massive de dollars ou d’une poignée de héros individuels qui cumulent les atouts, mais d’une combinaison fine de certains talents, qui ne demandent parfois qu’à pouvoir s’exprimer, et qui ne fonctionnent qu’une fois assemblés. Si la négociation amiable ne permet pas de faire entendre raison au coach Art (méconnaissable Philip Seymour Hoffman), il faut savoir imposer ses choix, quittent à s’exposer et mettre en danger son job.
C’est aussi l’histoire d’une révolution, sportive peut-être, mais sociétale aussi, où les petits génies de l’informatique et des nouvelles technologies remplacent les vieux sages, ceux qui n’ont pas de diplôme, mais qui incarnent l' »expérience ». La croyance statistique et la volonté de réduire le monde sportif à des ratio s’inclinent devant la fortune, véritable maîtresse du jeu.
C’est enfin le parcours d’un homme, partie la plus faible du film, qui culpabilise chaque jour d’avoir choisi le baseball professionnel au lieu d’accepter la bourse au mérite que lui offrait Standford University. Qui porte le masque de la confiance, du contrôle en public, mais qui reste un superstitieux maladif qui pique des fureurs loin des regards. Il acquiert finalement sa grandeur en faisant confiance aux nouvelles générations, et en tournant le dos à la tentation de l’Argent, pour faire vivre sa théorie et conserver son indépendance.

I love baseball. You know it doesn’t have to mean anything, it’s just beautiful to watch.

Woody Allen in Zelig (1983)

[box]Voir aussi « Le Stratège où Weber au pays du Baseball » http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/11/le-stratege-ou-weber-au-pays-du.html[/box]

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