Pourquoi le droit à l’avortement est-il encore si polémique aux Etats-Unis ?

Le 15 février 2012, la Chambre des Députés de l’état de Virginie a voté un projet de loi selon lequel les droits individuels s’appliquent dès le moment où l’enfant est conçu, rendant de facto l’avortement illégal. Le projet de loi a été rejeté par le Sénat de Virginie. Toutefois, le fait qu’il ait vu le jour et qu’il ait été voté par la Chambre des Députés d’un état montre que le droit à l’avortement est loin d’être acquis aux Etats-Unis.

L’avortement est pourtant légal aux Etats-Unis depuis 1973, lorsque la Cour suprême a rendu l’arrêt Roe v. Wade. Avant cet arrêt, la procédure n’était légale que dans 20 états, sous certaines conditions. Roe v. Wade a invalidé, à l’échelle fédérale, toute loi interdisant l’avortement pendant les trois premiers mois de grossesse. Chaque état restait libre de décider s’il limitait ou interdisait l’avortement au-delà de ce premier trimestre.

Si la procédure est donc légale depuis plus de quarante ans aux Etats-Unis, le droit à l’avortement est aujourd’hui restreint à la fois par des arrêts postérieurs de la Cour suprême et par un accès matériel à l’avortement qui n’est pas toujours évident. En 1992,  l’arrêt de la Cour suprême Planned Parenthood v. Casey maintint le principe du droit à l’avortement tout en faisant fi du système trimestriel de Roe v. Wade. Désormais, les états étaient libres de restreindre ou d’interdire l’avortement une fois atteint le stade de « viabilité du fœtus » ; les juges de la Cour suprême ne précisaient pas à quel moment de la grossesse ce stade était atteint.

La Cour suprême a continué à se débattre avec le sujet. En avril 2007, l’arrêt Gonzales v. Carhart établit qu’une loi, votée sous l’administration Bush en 2003, était constitutionnelle. Cette loi interdit une méthode dite avortement par naissance partielle, une technique médicale à laquelle les médecins peuvent avoir recours à un stade avancé de la grossesse. Cet arrêt a été interprété comme un durcissement de la Cour suprême sur la question du droit à l’avortement.

Aujourd’hui, ce droit reste très polémique aux Etats-Unis. Une étude Gallup de 2011 montre que les Américains sont partagés sur la question : 47 % se définissent comme pro-life (pour la vie, contre le droit à l’avortement), et 47 % comme pro-choice (pour le choix, en faveur du droit à l’avortement).

En outre, même si l’avortement est légal aux Etats-Unis, l’accès à cette procédure médicale reste limité, et varie d’un état à l’autre. En 2008, 35 % des femmes vivaient dans un comté dans lequel aucun médecin ne pratiquait l’avortement. 58 % des patientes qui se font avorter disent qu’elles auraient aimé se faire avorter plus tôt ; et parmi les femmes qui ont dû attendre avant de subir la procédure, 60 % donnent comme raison le temps que cela leur a pris de l’organiser et de lever les fonds nécessaires. En effet, le Congrès américains a interdit le remboursement des frais d’avortement par l’assurance fédérale Medicaid, en dehors des cas où la santé de la mère est compromise par sa grossesse, et en dehors des cas de viol ou d’inceste.

Comment expliquer que l’accès à l’avortement soit aussi restreint aujourd’hui, alors que ce droit a été établi en 1973 ?

Un enjeu politique

Traditionnellement, les démocrates tendent à être en faveur de l’avortement, alors que les républicains sont majoritairement contre. Cependant, l’opinion des républicains est beaucoup plus homogène que celle des démocrates sur la question. En effet, deux tiers des Républicains se définissent comme pro-life, quel que soit leur sexe, leur âge, ou leur niveau d’éducation. Chez les démocrates, on assiste à une plus grande disparité. S’ils sont 62 % à se dire pro-choice, ce chiffre évolue en fonction de critères socio-économiques. Ceux dont les revenus sont les plus bas sont seulement 43 % à être pro-choice, contre 79 % parmi les plus hauts revenus.

Cette disparité indique un certain malaise dans le positionnement des démocrates par rapport à l’avortement, et pas seulement chez ceux dont les revenus sont les plus bas. 63 Représentants membres de ce parti ont en effet voté en faveur de la loi interdisant l’avortement dit par naissance partielle en 2003, alors que 137 ont voté contre. Les républicains, par contraste, ont présenté un front uni : 218 ont voté en faveur de la loi, 4 ont voté contre.

En outre, il se pourrait que les opposants à l’avortement soient de mieux en mieux représentés parmi les élus démocrates. En 2008, Bobby Bright fut élu comme Représentant dans l’Alabama après avoir fait campagne sur le « droit à la vie » ; or, il était démocrate. Lors de ces élections législatives, les démocrates ont en effet recruté une dizaine de candidats contre l’avortement dans des états traditionnellement conservateurs. C’est le plus haut taux de candidats anti-avortement que le parti ait jamais vu se présenter. Ils permettaient en effet d’empêcher les républicains de se démarquer sur la question des valeurs.

La question de l’avortement est donc à situer dans le contexte plus large de l’attention accordée aux valeurs dans la sphère politique. L’arrêt Roe v. Wade a permis aux républicains de se positionner comme le parti attentif à la préservation du « droit à la vie » ; c’est vraiment cet arrêt qui a fait naître un débat de si grande ampleur sur l’avortement. Il est ainsi intéressant de noter que Reagan, lorsqu’il était gouverneur de Californie dans les années 1960, a signé certaines des lois les plus permissives du pays en termes de droit à l’avortement. Ce n’est qu’après Roe v. Wade, une fois qu’il fut candidat à la présidentielle puis président, qu’il se prononça très clairement contre l’avortement : « aujourd’hui, notre conscience nationale porte une blessure. L’Amérique ne sera plus jamais entière tant que le droit à la vie accordé par notre Créateur sera refusé à ceux qui ne sont pas encore nés », s’est-il ainsi exclamé lors de son discours sur l’état de l’union en 1986.

C’est donc l’arrêt qui décida de la constitutionnalité de l’avortement qui permit aux opposants à cette procédure de se mobiliser, et aux républicains de se poser en défenseur de valeurs. Si les démocrates sont aussi peu à l’aise sur le sujet, c’est que leur position pro-avortement implique pour eux de renoncer à une grande partie de l’électorat de certaines zones géographiques, notamment dans le sud des Etats-Unis. Cela étant dit, à l’échelle nationale, le programme démocrate prend toujours position en faveur du droit à l’avortement.

Ethique et religion

Une autre raison pour laquelle les démocrates ne sont pas unanimes sur la question de l’avortement est que celle-ci pose des questions éthiques, dans un pays où la religion joue un rôle important dans la vie d’une majorité de gens. Dans la série Californication, Karen explique ainsi à Hank Moody, lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte de Becca, qu’elle a toujours été anti-avortement.

La question centrale de l’arrêt Roe v. Wade, et plus généralement du débat sur l’avortement, est de savoir si la vie humaine commence au moment de la conception de l’enfant, au moment de sa naissance, ou à un autre moment pendant la grossesse. Pour l’Eglise catholique ainsi que pour un certain nombre de groupes chrétiens, l’avortement est un meurtre dans la mesure où un terme est mis à une vie humaine. Même s’ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble des pratiquants contre l’avortement, on peut rappeler que les personnes condamnées pour le bombardement de trois cliniques où cette procédure était pratiquée, le jour de Noël 1984, ont parlé de « cadeau d’anniversaire pour Jésus ». La rhétorique anti-avortement était donc très clairement rattachée à une question religieuse.

Un sondage Gallup a ainsi révélé que l’opinion publique américaine sur la question de l’avortement était liée de près à la religion des sondés. Les Chrétiens sont ainsi généralement moins favorables au droit à l’avortement que les non-Chrétiens. Cela est vrai même au sein des partis politiques : un Américain qui va à l’église se positionne généralement contre l’avortement, indépendamment de son affiliation partisane. Si la question de l’avortement est encore si polémique, c’est donc que de nombreux Américains ont du mal à concilier foi religieuse et dispositif légal favorable à l’avortement. Si la question est devenue politique, c’est donc bien de la culture religieuse des Etats-Unis qu’elle est issue.

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Source : Alan Guttmacher Institute, “Facts on Induced Abortion in the United States”, August 2011

Raymond Hernandez, “Democrats Carrying Anti-Abortion Banner Put More Congressional Races in Play”, The New York Times. 25 octobre 2008.

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Pourquoi le Super Bowl est-il un évènement si important ?

Lorsque le premier Super Bowl eut lieu en 1966, l’évènement passa relativement inaperçu. Aujourd’hui, c’est quasiment une fête nationale aux Etats-Unis. Il s’agit en effet du programme télévisé le plus regardé de l’année, puisqu’il a attiré cette année plus de 111 millions de téléspectateurs américains (soit plus d’un tiers de la population). C’est également le jour de l’année où les Américains consomment le plus de nourriture, après Thanksgiving. En effet, le dimanche du Super Bowl est l’occasion pour beaucoup d’Américains de se réunir, en famille ou entre amis, de manger de grands plateaux de nourriture accompagnés de bière (de 4 à 6 % des actifs américains sont d’ailleurs absents ou en retard le lendemain à leur travail, selon les études).

Dans les années 1960, pourtant, le football américain, loin d’être grand public, n’intéressait qu’une poignée de fans. C’est à cette période là qu’une nouvelle ligue, l’AFL (American Football League) vint concurrencer la NFL (National Football League), qui existait depuis  1920. L’AFL vint moderniser le football américain – elle s’illustra notamment en acceptant les joueurs noir-américains. C’est en outre avec l’AFL que les noms des joueurs apparurent au dos des maillots, ce qui les rendit plus identifiables, et donc plus proches, plus accessibles qu’une équipe prise dans son ensemble. En 1965, deux évènements contribuèrent à faire de l’AFL une menace sérieuse pour la NFL. D’une part, cette ligue signa un contrat avec le chaine de télévision NBC ; d’autre part, l’équipe des Jets de Baltimore engagea le quarterback Joe Namath pour la somme alors énorme de 427 000 dollars.

Pour éviter l’escalade du prix des joueurs, conséquence de la nouvelle concurrence entre les deux ligues, le président de l’équipe des Dallas Cowboys (Tex Schramm)  proposa un accord à l’AFL en 1966. Il n’y aurait désormais qu’un seule ligue de 24 équipes, mais il continuerait à y avoir deux tournois distincts : celui de la National Football Conference, et celui de l’American Football Conference.  A l’issue de ces deux sélections, les vainqueurs s’affronteraient au cours de l’ultime finale : le Super Bowl. Si les premières finales s’appelaient officiellement AFL-NFL Championship Game, le terme de Super Bowl devint vite le nom officiel. C’est en effet le surnom que lui donnait le propriétaire des Kansas City Chiefs : il était influencé par le nom Super Ball, une balle rebondissante avec laquelle jouaient ses enfants, et le terme Bowl était déjà couramment utilisé pour les finales de football américain, en référence à la forme de la coupe.

Ce n’est qu’à la fin des années 1970/début des années 1980 que le Super Bowl devint un évènement grand  public. C’est en effet à ce moment là que se développèrent deux attraits supplémentaires : les publicités et le concert à la mi-temps. Football, publicités et concert ont fait du Super Bowl ce qu’il est aujourd’hui. Le tout saupoudré de patriotisme : les Dallas Cowboys sont par exemple universellement surnommés « l’équipe de l’Amérique » depuis un spot publicitaire daté de 1978.

 

1982 : Diana Ross chante l’hymne national

Les premiers concerts de mi-temps du Super Bowl étaient très bon enfant. Il s’agissait souvent de fanfares peu connues, avec parfois une touche de patriotisme : en 1976, Up With People chantèrent America, America pour le bicentenaire du pays. Mais petit à petit, les stars commencèrent à faire leur apparition sur la scène du Super Bowl. Diana Ross fut l’une des précurseuses de ce mouvement lorsqu’elle y chanta l’hymne national en 1982 ; depuis, les chanteurs connus qui sont venus faire un concert ou simplement chanter l’hymne national se sont succédés. En 1993, Michael Jackson, qui vint chanter Billy Jean, Black or White, et quelques autres titres, contribua à faire de la mi-temps un évènement spectaculaire. Les célébrités comme Whitney Houston, Britney Spears ou Madonna ont désormais remplacé les fanfares. Sans parler du sein nu de Janet Jackson, véritable succès d’audience en 2004… (elle a parlé de « dysfonctionnement de sa garde-robe » pour expliquer l’incident).

Les spectacles de la mi-temps sont en outre un moment d’unité du pays en cas de crise nationale. Ainsi, en 2002, U2 chanta Where the Streets Have No Name pendant que les noms des victimes du 11 septembre défilaient sur grand écran. C’est U2 également, accompagné de Greenday, qui chanta  The Saints are Coming en 2006, pendant un des matchs du tournoi à la Nouvelle-Orléans (ce n’était toutefois pas le Super Bowl). Cette chanson est une référence à l’équipe de football américain de cette ville (les Saints) et à l’ouragan Katrina : le clip de cette chanson  invente un redéploiement des troupes américaines en Irak en Louisiane, pour venir en aide aux victimes.

1984 won’t be like 1984

Mais le Super Bowl, c’est également les publicités. Il s’agit d’un enjeu énorme pour les entreprises, qui peuvent payer plus de 3 millions de dollars pour un spot de 30 secondes pendant le Super Bowl. Etant donné la visibilité que donne l’évènement, beaucoup d’entreprises en profitent pour diffuser pour la première fois une nouvelle publicité, pour laquelle des trésors d’inventivité sont déployés. Les pubs deviennent presque des courts-métrages, des spectacles qui attirent autant l’attention que le spectacle de mi-temps ou que le match lui-même.

La publicité qui a lancé cette tendance est sûrement celle d’Apple en 1984 ; mise en scène par Ridley Scott, elle fait référence au 1984 d’Orwell. La publicité suscita un intérêt d’autant plus marqué qu’elle ne fut jamais diffusée à la télévision en dehors de cet unique passage pendant le Super Bowl. Depuis, bien d’autres publicités ont su faire parler d’elles, comme bien sûr celle de Budweiser, mais aussi celle de McDonalds ou de Nike.

Le Super Bowl est donc devenu le Super Bowl dans les années 1980, en raison de la convergence de plusieurs facteurs – concerts de mi-temps et publicités – qui ont contribué à faire d’un simple match un spectacle pour l’Amérique toute entière. Notons en outre que le Super Bowl de 1985 opposa les équipes de Miami et de San Francisco, et que l’année d’après les New York Giants affrontèrent l’équipe de Denver. En l’espace de deux ans, quatre régions géographiques distinctes furent donc représentés au Super Bowl, ce qui contribua à donner à l’évènement la portée nationale qu’il a définitivement acquise aujourd’hui.

Pourquoi les Etats-Unis sont-ils le pays le plus riche du monde ?

En 2010, le PIB des Etats-Unis représente plus de 23 % du PIB mondial. Certes, ils ne se situent qu’en 9e position du PIB par habitant ; il est vrai aussi que le produit intérieur brut de l’Union européenne prise dans son ensemble dépasse celui des Etats-Unis. Mais l’Union européenne n’est pas un pays, les Etats-Unis ont donc le PIB les plus élevé du monde. En dépit de plusieurs crises économiques, le XXe siècle aura été le siècle des Etats-Unis. La Seconde Guerre mondiale a joué un rôle décisif : aucun combat n’a eu lieu sur le sol américain, et les Etats-Unis ont investi dans la reconstruction européenne, assurant la moitié de la production mondiale dans la période de l’après-guerre. Mais cela suffit-il à expliquer le rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale aujourd’hui ? Comment expliquer une telle richesse ?

Démocratie et droit à la propriété

La majorité des économistes s’accordent aujourd’hui pour dire que la qualité des institutions politiques est un des facteurs majeurs de la croissance. De ce point de vue, les Etats-Unis, ancienne colonie anglaise, ont hérité des institutions britanniques dont Douglas North a montré qu’elles étaient un des facteurs clés de l’avance prise par la Grande-Bretagne lors de la première révolution industrielle. Ces institutions (démocratie parlementaire, équilibre des pouvoirs, common law) créent, entre autres choses, un environnement favorable aux entrepreneurs, en garantissant leurs droits de propriété et en limitant les risques d’expropriation.

 

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Toutefois, la démocratie et le droit à la propriété sont désormais assez répandus parmi les pays occidentaux ; si c’est un facteur qui semble nécessaire pour devenir le plus riche du monde, ce n’est pas pour autant un critère suffisant.

On peut donc expliquer la richesse des Etats-Unis par la superficie de son territoire. Les Etats-Unis sont le quatrième plus grand pays au monde, et le troisième pays le plus peuplé du monde. Ces chiffres impliquent que les richesses produites sont plus abondantes, qu’il y a un plus grand marché intérieur sur lequel distribuer les produits, et que la main d’œuvre est plus nombreuse.

L’agriculture américaine est ainsi la plus grande agriculture au monde : les exportations des Etats-Unis dominent le marché mondial des produits alimentaires. La superficie du territoire donne à ce pays l’avantage de pouvoir produire en grande quantité, avantage doublé d’un atout qualitatif : les différents climats et reliefs du territoire permettent une grande diversité dans la production. Ainsi, les grandes plaines, irriguées par de grands fleuves, sont productrices de blé et d’orge, et se spécialisent également dans l’élevage. L’influence tropicale dans le sud du pays permet de faire pousser des plantes et des fruits réclamant une culture humide : coton, oranges.

De la même manière, les Etats Unis sont encore les premiers producteurs et consommateurs dans la plupart des secteurs industriels. Les secteurs aéronautiques et militaires sont particulièrement prospères, et les Etats-Unis sont un des plus gros producteurs de pétrole du monde. Là encore, les Etats-Unis bénéficient de la taille de leur marché intérieur, mais c’est également l’un des pays les plus exportateurs du monde.

Enfin, plus de 75 % de la richesse créée provient du secteur tertiaire. Les Etats-Unis sont la troisième destination mondiale pour le tourisme international. En outre, en partant du principe que les frais d’investissement dans la recherche restent fixes une fois qu’ils ont atteint un certain seuil, quelle que soit la place du pays, on peut estimer que la taille des Etats-Unis permet de fournir un marché conséquent aux innovations technologiques, sans que cela implique des dépenses proportionnelles en R&D.

Enfin, les Etats-Unis se caractérisent par des investissements massifs dans la recherche et l’innovation. Le système universitaire draine les esprits brillants dans le monde entier, ce qui place le pays à la pointe des progrès technologiques. C’est ainsi que dans presque tous les secteurs, une entreprise américaine domine le marché international : les boissons (Coca-Cola) ou les logiciels (Microsoft), par exemple. Ces entreprises sont devenus le modèle de la réussite économique américaine, aussi bien que de l’hégémonie culturelle des Etats-Unis.

Capitalisme et liberté d’entreprendre

Les Etats-Unis sont surtout le pays dans lequel le capitalisme trouve sa version la plus aboutie. D’après Max Weber, cela est dû à l’éthique protestante. Le salut des Catholiques est indépendant de la réussite matérielle, puisque l’idéal catholique est lié au retrait et au refus de la recherche des biens de ce monde ; pour les Protestants au contraire, la réussite matérielle est un signe d’élection divine. Cela expliquerait pourquoi les pays dans lesquels le protestantisme s’est développé soient parmi les plus riches du monde : Angleterre, Allemagne, Etats-Unis sont parmi les six pays dont le PIB total est le plus haut.

Que ce soit lié ou non à la religion dominante, les Etats-Unis se distinguent par la promotion de l’esprit d’entreprise : d’après le dictionnaire Larousse, le capitalisme se caractérise par « la recherche du profit, l’initiative individuelle, la concurrence entre les entreprises ». Significativement, la loi américaine tend à protéger les entrepreneurs au détriment des employés ; le droit du travail est extrêmement flexible, et laisse aux entreprises une grande liberté pour recruter comme pour renvoyer. Si cela rend la vie des salariés plus précaire aux Etats-Unis, s’il s’agit d’un des pays développés où la plus grande proportion de gens vit en dessous du seuil de pauvreté, il faut remarquer que le taux de chômage est généralement très bas aux Etats-Unis (même si cela est moins vrai depuis la crise de 2008). La grande flexibilité du droit du travail permet également aux entreprises d’être parmi les plus compétitives, et de créer davantage de richesse.

Ces entreprises sont nourries par la légendaire société de consommation américaine, elle-même encouragée par une grande facilité pour contracter des crédits. Ainsi, à titre d’exemple, le système de cartes de crédit aux Etats-Unis est très différent du système français. L’achat n’est pas immédiatement débité du compte, comme en France ; le consommateur contracte un crédit, et il ne recevra la facture qu’à la fin du mois, qu’il peut rembourser en plusieurs mensualités. C’est ainsi que Lily, dans How I Met Your Mother, culpabilise parce qu’elle achète de nombreuses paires de chaussure au moyen de plusieurs cartes de crédit, dont les factures la suivent bien plus tard. Cette frénésie du crédit est à double tranchant : si elle entretient la consommation et donc, dans une certaine mesure, la santé économique du pays, elle n’en génère pas moins une situation d’instabilité, comme l’a montré la crise du mortgage (prêt immobilier) en 2008.

[box]Pour en savoir plus : voir Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme [/box]

Pourquoi l’expression Bully Pulpit pour désigner la présidence américaine ?

Theodore Roosevelt est l’auteur de l’expression a bully pulpit pour caractériser la présidence américaine. On pourrait traduire cette expression par « une tribune formidable », de pulpit qui signifie la chaire, la tribune, et bully qui signifiait alors génial, formidable (aucun lien avec le nom a bully, une brute).

Ce qu’il voulait dire par là, c’est que la voix d’un président est entendue de tous, que l’occupant de la maison blanche peut faire connaître son opinion sur tous les sujets. L’attention qui est inévitablement accordée à ses propos lui donne un pouvoir incomparable. Si l’expression bully pulpit signifie par extension toute position qui garantit à celui qui l’occupe d’être écouté, elle s’applique donc bien avant tout à la présidence américaine.

Il est intéressant de noter que les Pères Fondateurs n’avaient pas du tout prévu que le président soit plus écouté que les autres pouvoirs. Certains étaient en faveur d’un exécutif collégial, d’un groupe de personnes qui prendrait les décisions, afin d’éviter les dérives tyranniques qui peuvent résulter de la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne. Cette idée fut abandonnée en raison du manque d’efficacité d’une prise de décision ainsi répartie, surtout dans l’éventualité d’une guerre ou d’une crise ; mais les Pères fondateurs établirent dans la Constitution tout un système de pouvoirs et contre-pouvoirs qui devait empêcher l’émergence d’un des trois pouvoirs au détriment des deux autres. A ce titre, il est intéressant de noter que les trois premiers articles de la Constitution traitent respectivement du législatif, de l’exécutif et du judiciaire ; ce n’est pas un hasard si le pouvoir exécutif n’arrive qu’en deuxième position.

Mais finalement, la décision des Pères Fondateurs d’établir un exécutif unitaire (par opposition à l’idée d’un conseil exécutif collégial) fut ce qui permit au président de bénéficier de cette formidable tribune : c’est bien parce qu’il parle d’une seule voix, par contraste avec le Congrès, qu’il est entendu. Cette tendance s’est accentuée au moment de l’arrivée de la radio, dans les années 1930, qui a permis à Franklin D. Roosevelt de créer un contact privilégié avec les Américains par le biais de ses « causeries au coin du feu ». L’arrivée de la télévision dans les années 1950 ne fit qu’accélérer ce phénomène : il était plus facile pour les médias de se concentrer sur une personne que de couvrir un groupe de gens. C’est l’un des nombreux facteurs qui expliquent le développement du pouvoir exécutif au XXe siècle, parfois au détriment des contre-pouvoirs.

Pourquoi les Etats-Unis votent-ils un mardi ?

Aux Etats-Unis, le jour des élections est le mardi qui suit le premier lundi de novembre, c’est-à-dire le mardi compris entre le 2 et le 8 novembre. C’est toujours à cette date que les Américains votent pour les élus fédéraux : le président, tous les quatre ans, et les membres du Congrès, tous les deux ans. Les prochaines élections présidentielles et législatives auront lieu le 6 novembre 2012.

L’article 2, section 1 de la Constitution précise que le Congrès déterminera la date à laquelle les grands électeurs seront choisis : « Le Congrès pourra fixer l’époque où les électeurs seront choisis et le jour où ils devront voter, ce jour étant le même sur toute l’étendue des États-Unis ». Une loi fédérale votée par le Congrès en 1792 établit donc que les états pourront les choisir dans une période de 34 jours avant le premier mercredi de décembre, date à laquelle les grands électeurs se réunissent état par état pour élire le Président et le Vice-Président. A l’époque, cela ne posait pas de problème que les états choisissent leurs grands électeurs à des dates différentes, dans la mesure où les moyens de communication restreints limitaient l’influence que les résultats d’un suffrage ailleurs aux Etats-Unis pourraient avoir.

Ce n’est qu’en 1845 que le Congrès vota une loi établissant que les Présidents seraient élus le mardi suivant le premier lundi de novembre. Cette loi fut étendue à l’élection des représentants en 1875, puis à celle des sénateurs en 1914, un an après l’amendement qui les amena à être élus au suffrage direct.

Pourquoi donc ce choix du mardi, et pourquoi ce choix du mardi qui suit le premier lundi de novembre ?

Pourquoi un mardi ?

Le choix du mardi s’explique assez facilement. Au moment où le Congrès inscrit cette date dans la loi, en 1845, les Etats-Unis était encore une société agraire, et les moyens de transports étaient peu développés. Cela pouvait prendre une journée entière de se rendre au bureau de vote. Le dimanche était exclu car l’élection pouvait interférer avec des pratiques religieuses. Le lundi était à éviter – voter le lundi pouvait impliquer de se déplacer dès le dimanche. En outre, beaucoup d’activités étaient particulièrement intenses le lundi, comme il s’agissait du premier jour de la semaine. C’est donc le mardi qui devint jour des élections.

Pourquoi le mardi qui suit le premier lundi de novembre ?

Un certain nombre de théories reviennent pour expliquer pourquoi le Congrès a choisi le mardi qui suit le premier lundi de novembre – et pas, par exemple, le premier mardi, ou le deuxième mardi de novembre. Une explication populaire est que ses membres ne voulaient pas que le jour des élections tombe le premier novembre, qui était à la fois une fête religieuse (la Toussaint) et un premier de mois, c’est-à-dire le jour où les marchands faisaient traditionnellement leurs comptes.

Les minutes du débat des membres du Congrès en amont du vote de la loi de 1845 attestent qu’ils avaient une autre raison de souhaiter que l’élection se tienne entre le 2 et le 8 novembre. Le premier projet de loi prévoyait que le vote ait lieu le premier mercredi de novembre ; mais on a vu que la loi de 1792 imposait que les états choisissent leurs grands électeurs dans une période de 34 jours avant que ceux-ci n’élisent le président, le premier mercredi de décembre. Or, lorsque le premier mardi de novembre tombe le premier novembre, il se passe plus de 34 jours entre cette date et le premier mercredi de décembre.

Pourquoi 34 jours, peut-on d’ailleurs légitimement se demander en passant ? Le projet de loi ne prévoyait que 30 jours à l’origine, mais un membre du Congrès a souligné qu’il serait préférable de prévoir une plus longue période de temps, pour s’assurer que les grands électeurs pourraient bien voter à la date prévue.

A l’inverse, le deuxième mardi de novembre était trop tard ; l’élection aurait pu avoir lieu jusqu’au 14 novembre, ce qui ne laissait pas assez de temps pour organiser l’élection par les grands électeurs le premier mercredi de décembre.

Pourquoi les grands électeurs votent-ils maintenant le premier lundi après le deuxième mercredi de décembre ?

Autre phénomène intrigant, la date du vote des électeurs a elle-même beaucoup changé. Ils ont d’abord voté le premier mercredi de décembre, de la loi de 1792 jusqu’à 1884. Puis le code change : ils éliraient désormais le président le deuxième lundi de janvier. Enfin, depuis 1936, cette élection a lieu le premier lundi après le deuxième mercredi de décembre.

Pourquoi ce dernier changement ? Franklin D. Roosevelt fut élu pour la première fois le 8 novembre 1932, mais il ne prit ses fonctions que le 4 mars 1933. En effet, il y a toujours une période de transition aux Etats-Unis entre le moment où les citoyens votent pour un président et le moment où celui-ci entre dans ses fonctions, période instable politiquement puisque le président sortant ne peut plus prendre de décision sans que cela ne pose un problème de légitimité et de démocratie, et le président désigné (president elect) ne peut encore rien faire. Ce problème se posa avec une acuité particulière au moment de l’élection de Roosevelt, puisque cette période de transition de 4 mois avait lieu au beau milieu de la crise économique la plus grave du siècle. En 1933, Roosevelt fit donc passer le XXème amendement à la Constitution, qui avançait la date de prise de fonctions du Président au 20 janvier, date à laquelle tous les Présidents ont été élus depuis. La date à laquelle les grands électeurs se réunissaient fut donc elle aussi avancée.

Le principal problème posé par la date du mardi aujourd’hui est qu’elle n’encourage pas la participation électorale : en plein milieu de la semaine, certains ne votent pas simplement parce que leur emploi du temps ne leur permet pas. Un mouvement se dessine donc pour changer la date de l’élection, ce qui serait d’autant plus facile qu’elle n’est pas dans la Constitution. Il s’agirait donc soit de déplacer la date à un dimanche, soit de faire du jour d’élection un jour férié à l’échelle fédérale. En attendant, ce jour est déjà férié dans plusieurs états, comme New York, le New Jersey ou le Montana.

Pourquoi il y a-t-il des primaires aux Etats-Unis ?

L’enjeu des primaires est d’élire (de janvier à juin) les délégués  qui représenteront les citoyens d’un état à la convention nationale de leur parti (fin août/début septembre). Ces délégués éliront le candidat qui représentera son parti à l’élection présidentielle (en novembre). Il s’agit donc d’une élection indirecte qui permet à chaque état de se prononcer pour le candidat qu’il préfère.

Le système des primaires est assez compliqué, pour une raison simple : les règles des primaires varient en fonction des états et en fonction des partis. Revenons sur les principales différences :

  • Certains états organisent leurs élections sous forme de primaires, d’autres sous forme de caucus. Les élections primaires ont lieu à l’échelle de l’état, et il s’agit simplement de  choisir un candidat par un vote à bulletin secret. D’autres états, comme l’Iowa notamment, choisissent le caucus, réunion partisane conçue comme un véritable débat sur la place publique : les soutiens des différents candidats se rassemblent dans différents coins de la pièce, et présentent leurs arguments en essayant de convaincre les indécis. Ils ont donc lieu à une échelle plus fine, ce qui explique que plusieurs réunions intermédiaires aient lieu avant que le caucus étatique ne choisisse les délégués à la convention. La majorité des états privilégie aujourd’hui le système des primaires.
  • Les primaires peuvent être ouvertes, fermées ou semi-ouvertes. Dans le premier cas, un citoyen peut voter à la primaire républicaine ou à la primaire démocrate, quel que soit le parti auquel il est affilié, et indépendamment du fait qu’il soit affilié ou non à un parti. Personne ne peut toutefois voter à la fois à la primaire républicaine et à la primaire démocrate. Dans le système des primaires fermées, seuls les membres du parti peuvent participer à l’élection. Les primaires semi-ouvertes sont quant à elle ouvertes aux sympathisants du parti, en plus des membres. Cette année, la majorité des primaires républicaines seront fermées.
  • Dans certains états, les délégués peuvent être choisis à la proportionnelle, en fonction du pourcentage des voix obtenu par le candidat. C’est le cas de tous les délégués démocrates depuis une règle adoptée par le parti en 2006, et de certains délégués républicains. Les délégués républicains restants sont choisis d’après le système du winner takes all : le candidat qui obtient la majorité des voix remporte l’ensemble des délégués étatiques de son parti.
  • Enfin, pour une grande majorité des états, les primaires sont binding (contraignantes), ce qui signifie que les délégués sont tenus de voter en fonction du résultat du suffrage. Seuls quelques états organisent encore des primaires non-contraignantes : les délégués choisis par les états élisent qui ils veulent à la convention nationale. On surnomme ces primaires « concours de beauté », car elles servent surtout à montrer qui est le candidat le plus populaire.

Notons en outre que ce sont parfois les états et parfois les partis qui organisent les primaires, qu’elles ont lieu à des dates différentes en fonction des états et des années, et que certains délégués, nommés superdelegates (super délégués), ne représentent qu’eux-mêmes, et peuvent donc voter pour le candidat qu’ils choisissent à la convention, indépendamment des états et des voix remportés par ceux-ci. Il s’agit généralement de membres hauts-placés de l’appareil du parti et d’élus ou anciens élus. Enfin, le nombre de délégués est décidé par les partis en fonction d’un grand nombre de critères ; les républicains donnent par exemple plus de délégués aux états qui ont le plus d’élus républicains.

Le système des primaires n’est pas inscrit dans la Constitution américaine, il s’est établi dans la pratique au fur et à mesure de la vie politique américaine. Nous allons voir que malgré la complexité et l’hétérogénéité du système des primaires, une logique sous-tend son développement : celle d’une évolution entre le pouvoir au parti et le pouvoir au peuple dans le domaine du choix d’un candidat à l’élection présidentielle.

1910 : Les premières primaires

Les premiers candidats aux élections présidentielles étaient choisis par les membres du Congrès, avant que la première convention nationale démocrate n’ait lieu en 1832. Dès lors, des délégués de chaque état choisirent les candidats, mais la manière dont ces délégués étaient eux-mêmes sélectionnés était très opaque et dominée par des appareils de partis puissants. Les réformateurs de l’ère progressiste virent dans les primaires une manière d’assainir le système de sélection des candidats en donnant la parole aux électeurs, plus qu’aux chefs de partis. En 1910, l’Oregon fut le premier état à organiser des primaires dont l’issue était contraignante pour les délégués. Avant la campagne présidentielle de 1916, 25 des 48 états américains avaient organisé des primaires sous différentes formes.

Cependant, l’enthousiasme pour les primaires se ternit très vite, notamment parce qu’elles coûtaient cher et parce qu’elles ne semblaient pas être une étape cruciale des campagnes présidentielles. Ainsi, Warren Harding est devenu le candidat républicain en 1920, avant d’être élu président, alors que c’était lui qui comptait le moins de délégués à l’orée de la convention nationale républicaine. Même dans ce cas, il était possible de gagner grâce aux délégués non affiliés à un candidat (unpledged) et aux délégués qui changeaient d’avis pendant l’évènement. C’est donc à la convention, organisée par le parti, que les choses se jouaient, et les élections primaires en amont n’étaient pas décisives de l’issue du scrutin.

Jusqu’en 1968, les principaux acteurs des primaires restaient donc les cadres du parti. Il était ainsi possible de faire cette partie de la campagne depuis l’étranger, comme l’a montré Eisenhower, qui était commandant en chef de l’OTAN à Paris en 1952.

1968 : Les primaires se généralisent

En 1968, les primaires démocratiques furent chaotiques. Le président sortant, Lyndon B. Johnson, décida de ne pas se représenter à cause de résultats peu probants à la primaire du New Hampshire, qui marque le début de la campagne. Bobby Kennedy, qui se présenta ensuite, fut assassiné le 5 juin, dans la nuit d’une victoire cruciale aux primaires californiennes. C’est donc Hubert Humphrey, le vice président de Johnson, qui fut choisi à la convention nationale républicaine. Ce choix d’un candidat qui soutenait l’intervention au Vietnam, à laquelle une majorité d’électeurs était hostile, mit en évidence l’absence de légitimité du processus de désignation des candidats.

A la suite de cette campagne, le parti démocrate réforma le système des primaires, en imposant aux appareils étatiques une plus grande transparence dans la manière dont ils choisissaient leurs délégués. Suite à cette réforme, bientôt suivie par les républicains, les primaires se généralisèrent, alors qu’elles n’étaient organisées jusqu’à cette date que dans une petite quinzaine d’états en moyenne. Les primaires organisées étaient de plus en plus des élections contraignantes – le vote des délégués était conditionné par le vote populaire.

Les primaires devinrent une étape incontournable de l’élection présidentielle : elles permirent notamment à Jimmy Carter d’obtenir la nomination démocrate en 1976. Ce candidat, relativement inconnu à l’échelle nationale, profita de cette opportunité de faire campagne localement pour se faire connaître comme le candidat qui apporterait un regard neuf à Washington,  une position qui lui servit dans le contexte post-Watergate.

Et aujourd’hui ?

Beaucoup d’Américains sont très attachés au système des primaires, qui est vu comme une étape à part entière du processus démocratique de l’élection présidentielle : il est donné au citoyen la possibilité de s’exprimer non seulement sur le parti qu’il préfère, mais également sur le candidat qu’il préfère pour représenter son parti. Les primaires donnent leur chance aux candidats peu connus de faire connaître leur position, et aux partis de réajuster leur ligne politique en fonction de l’écho rencontré par les prises de position des candidats au cours des primaires. Ce débat d’idées au sein d’un parti est couronné par la convention nationale, qui permet à tous de se réconcilier au sein d’une grande fête partisane.

Si le principe des primaires n’est donc pas remis en cause, le calendrier des primaires est aujourd’hui contesté. Traditionnellement, c’est le caucus de l’Iowa, puis la primaire du New Hampshire, qui ouvrent le bal. Ce sont les états eux-mêmes qui se sont arrogé ce rôle : la loi du New Hampshire précise que la primaire doit avoir lieu au moins sept jours avant une « élection similaire » dans un autre état, et celle de l’Iowa précise que le caucus doit être organisé huit jours avant tout autre caucus ou primaire. Cette prérogative donne à ces deux états une attention médiatique inégalée pendant le reste de la campagne des primaires, alors que leur population est loin d’être représentative de celle du reste des Etats-Unis. La deuxième étape importante est Super Tuesday, le jour où le plus grand nombre d’Etats votent simultanément. Le poids de tous les états qui votent après cette date est moindre, puisque l’issue de la campagne se dessine déjà fortement à ce moment là.

On assiste donc aujourd’hui à un phénomène de front-loading (bourrage de calendrier) : de nombreux états avancent la date de leurs élections afin de faire entendre leur voix. Cela restreint la période des primaires, ce qui laisse moins de chance aux candidats peu connus de se faire connaître, et donne l’avantage aux candidats qui ont déjà levé beaucoup de fonds, puisqu’ils sont en mesure d’acheter des publicités dans les états où ils n’ont pas le temps de se rendre eux-mêmes pour faire campagne. Les deux partis réfléchissent à des solutions, même si celles mises en place à ce jour, qui ont consisté à pénaliser les états qui avançaient la date de leur primaire en leur allouant moins de délégués, n’ont pas suffi à endiguer le phénomène.

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Pour en savoir plus :

Vincent Michelot – L’Empereur de la Maison Blanche

David Greenberg, My Vote Means Nothing, Slate.com

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 Crédit photo : TalkMediaNews