Pourquoi les hamburgers sont-ils aussi populaires aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, le mois de mai a été prononcé mois national du hamburger. C’est donc le moment de s’interroger sur les raisons qui ont fait le succès de ce plat à la fois simple et délicieux. D’après un article d’Alan Richman dans GQ, pour lequel l’auteur a traversé les Etats-Unis afin de nous donner son top 20 des meilleurs burgers, « le hamburger est tout ce qui fait la grandeur des Etats-Unis ». Un plat simple, accessible à tous, consistant et sympathique. Si Alan Richman considère (à tort) qu’ « aucun hamburger avec du ketchup ne peut être vraiment bon », il rend hommage au rôle méconnu mais considérable de l’oignon : « j’éprouve un respect nouveau pour lui ». Considérations culinaires à part, pourquoi le hamburger connaît-il un tel succès aux Etats-Unis ?

Déjà, parce qu’il est né là-bas. Le nom est trompeur, puisqu’il tire son origine de la ville allemande de Hambourg. Au XVIIIe siècle, les plus grands ports d’Europe étaient situés en Allemagne. Les marins allemands ont importé aux Etats-Unis le « Hamburg Steak », le steak de Hambourg, et pour les attirer, les échoppes près du port de New York se mirent à proposer ce plat. Mais il ne s’agissait que d’une manière de cuisiner la viande (hachée avec des épices).

Certains disent que le premier hamburger a été servi en 1834 au restaurant Delmonico’s à New York. Le restaurant en veut pour preuve le fac similé d’un menu de l’époque, mais des chercheurs ont prouvé que c’était impossible : l’imprimeur indiqué sur le menu n’existait pas encore à cette date.

Ce n’est pas la seule version de l’origine de ce plat. Les Historiens du Hamburger alternent entre plusieurs récits : Fletcher Davis, d’Athens (Texas), en aurait vendu dans son café dans les années 1880, avant de populariser l’invention à la foire de St Louis (Missouri) en 1904. Charlie Nagreen, quant à lui, a inventé le hamburger à Seymour (Wisconsin) en 1885 afin de permettre aux clients de la foire Seymour de manger en marchant. Le café Louis’ Lunch, à New-Haven (Connecticut), servirait le hamburger américain d’origine depuis 1885 également.

Un burger de Five Guys à NYC

La question se pose, et peut-être aurait-on dû la poser d’entrée, de la définition du hamburger : est-ce que n’importe quel bout de viande entre deux tranches de pain fait l’affaire ? Ou est-ce que seul les petits pains ronds (buns) font le vrai hamburger ? Après tout, comme le rappelle Alan Richman dans GQ, le hamburger sans le pain n’est plus qu’un steak haché. D’après Oscar Weber Bilby, les petits pains ronds sont indispensables, ce qui ferait de lui le créateur du vrai hamburger à Tulsa, Oklahoma, lors d’un barbecue avec ses amis en 1891. Là où ses prédécesseurs avaient utilisé du pain normal, il avait eu recours à des petits pains ronds faits maison par son épouse. Tulsa, Oklahoma, patrie du hamburger : si elle avait su cela, est-ce que Monica aurait tant hésité à y déménager avec Chandler ?

Toujours est-il que tous les états cités ci-dessous tirent une grande fierté d’être à l’origine du hamburger. En 1995, Frank Keating, gouverneur d’Oklahoma, a ainsi fait la proclamation que Tulsa était la ville natale du vrai hamburger. Il exprima l’opinion selon laquelle le seul fait de mettre un steak de bœuf entre deux tranches de pain générique n’était en comparaison qu’un accomplissement mineur. Cela n’empêcha la législature du Texas d’introduire un projet de loi à l’échelle de l’état, en 2006, pour déclarer que la ville d’Athens (Texas) était la ville où le hamburger était né. En 2007, la législature du Wisconsin en fit de même.

Toujours est-il que le hamburger est né aux Etats-Unis, dans la fin des années 1880. Deuxième élément qui a contribué à le populariser : la production en masse. En 1916, Walter Anderson, qui travaillait à ce qui allait devenir la chaîne White Castle (rendue célèbre par le film Harold et Kumar vont à White Castle, dans lequel l’objectif des personnages principaux tout au long du film est de manger ces burgers), mit au point une manière de saisir la viande sur une plaque extrêmement chaude afin qu’elle reste juteuse à l’intérieur qui contribua au succès de cette chaîne dans les années 1920 et 1930. Son développement contribua à populariser et à répandre le hamburger : White Castle fut l’équivalent culinaire de la Ford T. Le site The American Interest cite une brochure de 1932 de White Castle, qui confirme que la production en masse connaissait son âge d’or :

« Quand vous êtes assis dans un White Castle, gardez à l’esprit que vous êtes une personne parmi plusieurs milliers ; vous êtes assis sur le même tabouret ; on vous sert sur le même comptoir ; le café que vous buvez est fait d’après une même recette ; le hamburger que vous mangez est cuit sur un feu allumé à la même intensité ; les verres dans lesquels vous buvez sont identiques aux milliers de verres que des milliers de gens utilisent au même moment. Votre nourriture est protégée par les mêmes standards de propreté ».

Un peu plus tard, les frères McDonald eurent l’idée brillante de combiner l’amour des Américains pour les hamburgers et l’amour qu’ils portaient à l’automobile : ils ouvrirent ainsi un drive-in à San Bernardino (Californie) en 1940, où les clients pouvaient entrer manger s’ils le voulaient, ou repartir en voiture avec leur nourriture si tel était leur souhait. Cette chaîne continua à se développer même après avoir été revendue par ses deux créateurs en 1961, pour connaître le succès qu’on connaît.

Aujourd’hui, les burgers se sont imposés dans la culture américaine. Le premier personnage fictionnel à témoigner de sa passion pour ce plat est sûrement Wimpy : dans Popeye, c’est un grand amateur de hamburger, qui n’a jamais toutefois l’argent pour se les payer. Ajoutons enfin que les hamburgers ont l’avantage d’être bons marchés (même si on en trouve à tous les prix) et accessibles à tous. Dans l’histoire du développement du hamburger, la tradition du barbecue (dans les maisons en banlieue avec jardin) a fait le reste.

[box]En savoir plus :

 http://www.gq.com/food-travel/alan-richman/200602/hamburger-death-eat#ixzz1uGsaRXoV

http://whatscookingamerica.net/History/HamburgerHistory.htm

http://www.the-american-interest.com/article.cfm?piece=521

[/box]

Pourquoi les Américains sont-ils aussi nombreux à vivre en banlieue ?

Dans les pays développés, le phénomène des banlieues a commencé à se développer au 19e et au 20e siècle, grâce à l’amélioration du transport routier et ferroviaire, qui a permis aux gens d’habiter plus loin de leur lieu de travail.

Toutefois, ce phénomène a pris une ampleur sans commune mesure aux États-Unis. Alors qu’en France, le terme de « banlieue » évoque dans le discours politique une image négative liée notamment à l’insécurité, aux États-Unis, on imagine tout de suite des pelouses vertes devant des maisons blanches, où les gens habitent par choix et non (seulement) parce que le coût du logement y est moins élevé qu’en centre ville.

Aujourd’hui, les Américains sont beaucoup plus nombreux à résider en banlieue qu’en ville, des Américains qu’on s’imagine blancs, classe moyenne et plutôt républicains. Les structures de ces banlieues sont telles que les zones résidentielles et commerciales sont souvent séparées : il faut généralement prendre la voiture pour faire ses courses. Des centres commerciaux, à l’intérieur (malls) ou en plein air (strip malls) mettent à l’honneur les chaînes de magasins et de restaurants. Au lieu du plan urbain en forme de grille typique des centres villes américains (rues perpendiculaires de même taille), les banlieues américaines sont souvent construites selon un système hiérarchisé de routes : des petites rues, parfois des culs de sac, donnent sur des rues plus larges, qui donnent à leur tour à des routes fédératrices de plusieurs banlieues (collector roads).

Ces banlieues ont suscité une certaine mythologie dans l’imaginaire américain, comme on le voit dans certains films de Tim Burton, comme Edward aux mains d’argent : des maisons aux couleurs pastel dont les habitants vivent une vie sans histoire (jusqu’à l’arrivée d’Edward). Ces banlieues sont associées à une image de conformisme : ces maisons identiques seraient habitées par des habitants très similaires. Le proverbe keeping up with the Joneses, faire aussi bien que les Martin, évoque cette idée : il est important d’avoir la même voiture, le même mode de vie que ses voisins.

On trouve également beaucoup l’idée que ces banlieues d’apparence si paisible cachent en fait des histoires sordides, qu’elles sont trop tranquilles pour que ça ne cache pas quelque chose. C’est l’idée bien sûr de Desperate Housewives. Comment expliquer que les banlieues américaines suscitent une telle mythologie, et, pour commencer par le commencement, que les Américains y vivent aussi nombreux ?

Une géographie favorable

Les banlieues se développent généralement autour des villes autour desquelles il y a de la place. C’est le cas aux Etats-Unis, un pays où l’espace ne manque pas. Pour ceux qui le veulent, il est donc facile de s’éloigner un peu de la ville pour bénéficier du calme, du bon air, de la verdure, où les chiens peuvent s’ébattre pendant que les enfants jouent dans la rue où aucune voiture ne passe. C’est un discours souvent tenu par les habitants de banlieues américaines : la vie y est plus tranquille et plus sûre, le cadre plus agréable.

Ajoutons que les maisons y sont moins chères et plus grandes, que l’on trouve en banlieue un esprit de communauté absent des grandes villes, et que le niveau des écoles est meilleur. Cela dit, on peut présumer que le niveau des écoles est lié à la population, généralement plutôt riche. Cela n’explique donc pas pourquoi cette population s’est installée en banlieue à l’origine.

Prospérité et tensions raciales

Le fait que la population blanche ait fui les centres villes (on parle de white flight) est lié à une convergence de facteurs au terme de la Seconde Guerre mondiale. La première raison souvent avancée est l’arrêt Brown v. Board of Education, rendu par la Cour suprême en 1954. Cet arrêt imposait la déségrégation des écoles publiques, ce qui amena un certain nombre de gens à retirer leurs enfants de ces écoles pour les inscrire dans des écoles privées. En outre, à cette époque, les Noirs-américains ont été nombreux à quitter le Sud des Etats-Unis pour trouver de meilleurs emplois dans le Nord industriel. Dans les années 1960, au moment du mouvement des droits civiques, les tensions raciales exacerbées furent à l’origine de plusieurs émeutes, à Newark (New-Jersey) mais aussi dans les centres urbains de Detroit ou de Cleveland.

L’arrivée de Noirs-américains dans le Nord coïncida avec une vague d’immigration due à la seconde Guerre Mondiale, ainsi qu’au retour des vétérans sur le sol américain. La pression démographique sur les centres urbains est un autre facteur qui explique que beaucoup d’Américains ont à ce moment-là fait le choix de la banlieue.

La période qui suivit la seconde Guerre Mondiale fut en outre une période de grande prospérité aux États-Unis, au cours de laquelle les consommateurs s’habituèrent à un pouvoir d’achat plus fort. Il permettait notamment aux familles américaines d’acquérir la voiture indispensable à la vie en banlieue. Le fordisme avait d’ailleurs permis de faire baisser le prix de l’automobile. Des centres commerciaux, accessibles en voiture, se développèrent autour des banlieues, pour satisfaire les besoins des consommateurs. La construction d’autoroutes à cette époque-là permit de réduire les temps de trajet, et contribua à son tour à accélérer l’exode urbain.

A l’invention du fordisme par Henry Ford (avant guerre) succéda l’invention de Levittown par Bill Levitt (après guerre). Celui-ci conçut un modèle de petite maison à un étage qui pouvait être construite en masse, et louée ou vendue aux GIs qui revenaient de guerre. C’est ainsi que la ville de Levittown, New York, sortit de terre : cette ville est généralement considérée comme l’archétype de l’urbanisme de banlieue post-Seconde Guerre mondiale. Plusieurs Levittown se développèrent partout dans les États-Unis. Elles furent longtemps interdites aux Noirs-américains, ce qui confirme l’idée selon laquelle les banlieues était synonymes de population blanche homogène.

Le rêve américain et la guerre froide

Le développement des banlieues et, en conséquence, de l’accession à la propriété, ne fut pas un hasard en temps de guerre froide. Pour éviter les tentations socialisantes ou communistes, la FHA (Federal Housing Administration, administration fédérale du logement) accordait en effet des prêts immobiliers à des taux très intéressants. Le développement des banlieues était ainsi en partie soutenu par l’Etat fédéral. A ces prêts s’ajoutaient les prêts aux vétérans qui revenaient de guerre, qui permettaient à ceux-ci d’emprunter de l’argent dans des conditions idéales.

Ces financements publics ont permis d’augmenter considérablement le nombre de propriétaires : ils étaient 40 % en 1940, 62 % en 1960. En parallèle, la proportion d’Américains qui vivaient en banlieue est passée de 7 % en 1910 à 32 % en 1960.

Ce coup de pouce des pouvoirs publics à l’accession à la propriété s’appuyait sur un trait existant de la culture américaine, qu’il a contribué à développer : l’idée qu’avoir sa maison fait partie du rêve américain, du mode de vie à l’américaine. Celui-ci est fondé entre autres choses sur l’encouragement à la consommation, sur l’idée qu’avoir acquis un terrain et une maison est un signe de succès.

Certains expliquent les disparités entre les très pauvres et les très riches aux États-Unis par ce phénomène de suburbanisation : les Américains, en se distanciant géographiquement des problèmes des centres-villes, auraient arrêté de s’en soucier. C’est ainsi qu’on peut expliquer  la révolte contre les impôts en Californie en 1970 : en un mot, les habitants de banlieue ne voulaient pas payer des impôts qui seraient redistribués aux centres villes, vus comme des parasites. Ce phénomène peut être résumé par l’acronyme NIMBY (Not In My BackYard, pas dans mon jardin) : tant qu’ils ne sont pas concernés, les habitants (en l’occurrence, les habitants de banlieue) ne sont pas intéressés.

On voit ainsi, dans le film Big Fish de Tim Burton, que la ville de Spectre, Alabama, est très heureuse au début (même si le cinéaste n’en offre pas une vision très positive) : tout le monde a une jolie maison, sourit, mange bien et danse ensemble sur la pelouse le soir. Mais ce bonheur cesse dès lors qu’une route les relie à la ville, amenant avec elle une série de faillites qui ruine la petite communauté.

Il faut toutefois noter que la population des banlieues américaines est en train de changer. Aujourd’hui, un tiers des habitants de banlieue sont issus de minorités ethniques, alors qu’ils n’étaient que 19 % en 1990. En parallèle, beaucoup d’Américains blancs sont retournés vers la ville. Les centres-villes de Miami, Detroit et Los Angeles se développent : leur population augmente, de nouveaux appartements sont construits, des investissements sociaux, culturels et infrastructuraux sont faits. La proximité au lieu de travail, aux transports et aux évènements culturels est un argument entendu par de plus en plus d’Américains. Certains démographes remarquent que la fuite des Blancs (white flight) est remplacée par la fuite des cerveaux (bright flight), qui quittent la banlieue pour revenir aux centres villes.

[box]

Sources : Lisa McGirr, “The New Suburban Poverty”, The New York Times. 19 mars 2012.

William Upski Wimsatt, “Five Myths about the Suburbs”, The Washington Post. 5 février 2011.

Robert E. England and David R. Morgan, Managing Urban America. 1979.

[/box]

Pourquoi la culture américaine s’exporte-t-elle aussi bien ?

La semaine de la langue française s’est achevée cette année le 25 mars 2012. Cet évènement annuel est « une occasion », d’après le site du ministère de la culture, « de fêter la langue française en lui manifestant son attachement ». Un certain nombre de penseurs et acteurs de la vie politique française voient l’épanouissement de la langue anglaise comme une menace pour le français. Le linguiste Claude Hagège constate ainsi qu’ « aucune langue n’a été comparable en extension dans le monde à ce qu’est aujourd’hui l’anglais ». Sa crainte ? Que la « langue unique » débouche sur une « pensée unique » obsédée par l’argent et le consumérisme.

A travers le développement d’une langue, ce qui inquiète, c’est le développement d’une culture au détriment d’une autre. Claude Hagège explique qu’un parler se développe « parce que l’Etat qui l’utilise est puissant militairement (…) ou économiquement – c’est la ‘mondialisation’ ». Pour lutter contre la victoire de l’anglais, des quotas de musique française ont été imposés sur les radios et les télévisions, et des aides au cinéma français ont été mises en place.

Si la langue anglaise s’impose si facilement, c’est en partie parce qu’elle est soutenue par des industries de cinéma et de musique florissantes. Films, séries, musique, et, pour reprendre les exemples emblématiques, jeans et McDonald’s. Pourquoi la culture américaine connaît un tel succès en France et dans le monde ?

Un pays très peuplé

 Ce succès peut d’abord s’expliquer par la taille du marché américain. Les Etats-Unis sont le troisième pays le plus peuplé du monde. Les 313 millions d’Américains sont un public tout prêt pour l’industrie culturelle américaine. Dans l’hypothèse où les producteurs français et américains paieraient la même somme pour produire un film ou une chanson, le producteur américain bénéficierait d’un retour sur investissement bien supérieur grâce au seul marché intérieur.

Cette constatation permet d’expliquer le développement de l’industrie culturelle américaine, au moins sur son propre territoire. Cet épanouissement est le début d’un cercle vertueux : plus elle se développe, plus les conditions de production sont propices (multiplication des studios d’enregistrement, des studios de cinéma…). La concentration de l’industrie filmique à un seul endroit, Hollywood, permet aux producteurs de film de réaliser des économies d’échelle.

Cela explique que les Etats-Unis aient plus d’argent que les autres pays pour des superproductions comme Avatar et Titanic. Pour la même raison, ils ont davantage les moyens de faire la promotion de leurs films. Le cinéma américain est en outre avantagé par la proximité d’autres industries américaines dynamiques : les films Pixar, par exemple, bénéficient du fait que la Californie est le berceau de la technologie informatique.

Un pays puissant

Toutefois, la Chine et l’Inde sont plus peuplées que les États-Unis. Ce dernier pays a lui aussi développé une industrie du cinéma conséquente (dont l’incroyable Om Shanti Om, auquel la bande-annonce ne fait pas justice). Mais son succès international n’est en rien comparable à celui des films américains, et il est significatif que le nom même de cette industrie, Bollywood, soit une référence au cinéma des États-Unis. Le simple fait que ce dernier pays soit très peuplé ne suffit donc pas à expliquer l’hégémonie culturelle américaine.

On peut commencer par remarquer que c’est aux Etats-Unis que s’est d’abord développé le taylorisme, un système qui a permis aux entreprises américaines d’optimiser leurs moyens de production et donc de produire en masse. C’est ainsi qu’elles ont pu exporter le fruit de cette production à l’étranger. La Ford T est le premier modèle de voiture qui ait été assemblé en même temps dans plusieurs pays différents. Ce système de production en masse s’est étendu à l’armement, et aux usines d’articles plus grand public comme les machines à coudre, les vélos ou les voitures. Les premiers jalons d’une consommation mondiale de produits américains étaient déjà posés.

Après la Seconde guerre mondiale, qui vit s’établir un premier contact entre les soldats américains, GIs, et les Français, le plan Marshall fut un levier considérable du développement de la culture américaine. Il comportait en effet tout un volet pédagogique, qui devait permettre de le faire mieux accepter des populations européennes. C’est ainsi que des brochures furent éditées, des posters conçus, des programmes radios diffusés sur l’utilité du Plan Marshall. Entre 1949 et 1953, environ 250 films furent réalisés avec cet objectif. De la promotion de cette initiative à la promotion des États-Unis et du mode de vie américain, il n’y a qu’un pas. Le Plan Marshall offrait en effet une tribune idéale pour combattre l’idéologie communiste et ancrer le capitalisme en Europe.

De manière générale, le fait que les États-Unis soient une des deux superpuissances pendant très longtemps, pour rester la seule superpuissance une fois que le bloc soviétique s’est effondré, permet d’expliquer à la fois leurs efforts actifs d’exporter leur culture pour contrer le communisme pendant la guerre froide, et leur facilité à rester une influence culturelle dominante depuis. Le climat économique prospère a en outre permis d’encourager la production de biens non essentiels.

C’est ainsi qu’on parle beaucoup de l’impérialisme culturel des États-Unis. La culture américaine a réussi à se diffuser par des canaux multiples : le cinéma représente par exemple le poste d’exportation de plus important, avant les armes, l’aéronautique ou l’informatique. Rappelons en outre que les échanges Fulbright avaient pour objectif de diffuser la science américaine par un programme d’échanges universitaires.

Un pays multiculturel

Une autre raison qui peut permettre d’expliquer le succès de la culture américaine réside dans le multiculturalisme des États-Unis. Ce pays s’est construit grâce à une immigration majoritairement européenne dans ses débuts. On peut donc avancer l’hypothèse que la culture américaine est le dénominateur commun des cultures européennes. Cela expliquerait que l’Europe soit un public tout trouvé pour les productions en provenance des États-Unis.

En outre, un certain nombre d’artistes européens ont fui l’Europe peu avant ou pendant la Seconde guerre mondiale, comme Thomas Mann ou Hannah Arendt. La culture américaine a bénéficié de ces nouvelles arrivées. La loi sur l’immigration de 1965 établit d’ailleurs que les artistes auraient la préférence, au même titre que les scientifiques et que le regroupement familial.

De cette perspective, les États-Unis seraient les dépositaires d’une culture européenne dont ils feraient la synthèse avant de l’exporter. Ce ne serait dans ce cas pas le monde qui serait à l’image des États-Unis, mais les États-Unis qui seraient à l’image du monde. Les jeans, par exemple, ont été rendus populaires par un immigrant allemand, Levi Strauss, dans les années 1850 à San Francisco.

Notons enfin que les Etats-Unis bénéficient du fait que l’anglais soit devenu la langue de communication internationale, même s’il est difficile de dire si c’est grâce à l’anglais que leur culture s’exporte ou si, à l’inverse, c’est parce que leur culture s’exporte que l’anglais s’est autant répandu. On peut toutefois remarquer que l’anglais fonctionne efficacement comme langue internationale. La structure et la grammaire simples de l’anglais, la tendance à utiliser des mots courts, concrets et à construire des phrases concises, en font une langue privilégiée pour les slogans, titres de journaux, légendes de dessins. L’anglais facilite donc l’export de la culture américaine.

Enfin, les Etats-Unis, un pays jeune qui s’est fondé sur un idéal de liberté et d’indépendance, ont réussi à promouvoir une culture fondée sur des mythes identitaires populaires, tels que la conquête de l’Ouest ou l’image du self-made man, l’homme qui se fait tout seul. Les Etats-Unis figurent ainsi encore aujourd’hui comme une utopie pourtant ancrée dans la réalité, un pays d’opportunités pour tous. La richesse serait ainsi accessible dès lors qu’on se donne les moyens de l’atteindre. Notons aussi que la pursuit of happiness, la recherche du bonheur, est un droit inscrit dans la déclaration d’indépendance. L’idée est qu’il y a un exceptionnalisme américain, que les Etats-Unis se distinguent des autres pays par une attention à la liberté et à l’égalité des chances qui dépasserait les simples principes. Ce rêve américain dore le pays d’une certaine aura qui facilite l’acceptation de sa culture.

[box]

Sources : Interview de Claude Hagège par Michel Feltin, « Claude Hagège : imposer sa langue, c’est imposer sa pensée », http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html. 28 mars 2012.

Richard Pells, Not Like Us: How Europeans Have Loved, Hated and Transformed American Culture Since World War II, Basic Books; Reprint edition, 1998.

[/box]

Pourquoi les armes à feu sont-elles si répandues aux Etats-Unis ?

Les homicides commis à l’aide d’une arme à feu sont vingt à trente-cinq fois plus élevés aux Etats-Unis que dans des pays au niveau de vie comparable. Un certain nombre de fusillades ont attiré l’attention sur ce phénomène, à commencer par les massacres de Columbine High School et de Virginia Tech. Plus récemment, en 2011, Gabrielle Giffords, membre de la Chambre des représentants, a été victime d’une tentative d’assassinat au cours de laquelle plusieurs personnes ont été tuées à Tucson, dans l’Arizona. La question de l’accès aux armes à feu se pose en conséquence avec acuité aux Etats-Unis. 47 % des Américains admettent ainsi qu’il y a une arme à feu dans leur propriété (Gallup), et l’esprit des lois sur les armes à feu semble être de protéger le droit d’accès aux armes à feu des utilisateurs légitimes, tout en limitant l’accès que les catégories à risque de la population peuvent y avoir. C’est ainsi qu’il est interdit à l’échelle fédérale de vendre des pistolets aux moins de 21 ans, par exemple.

Il semble y avoir un réel attachement aux armes à feu aux Etats-Unis, où elles sont considérées non seulement comme des armes mais comme des objets de collection et de loisir. Un sondage Gallup a révélé que 73 % des Américains se prononceraient contre une loi qui bannirait la possession d’armes à feu sauf pour la police et autres personnes autorisées.

La question se pose de savoir si c’est parce qu’il y a tant d’armes à feu qu’il y a tant de violence, ou si c’est parce qu’il y a un risque de violence que les Américains, pour se protéger, ont ce type d’armes chez eux. De la même manière, est-ce une facilité historique d’accès aux armes à feu qui a suscité l’attachement à ces armes, ou la causalité est-elle inversée ?

 

Les armes à feu en guerre contre la criminalité

Les personnes en faveur du droit de porter à tout moment une arme sur soi argumentent qu’une telle mesure aurait pour effet de réduire la criminalité aux Etats-Unis. En effet, la possession d’une arme de ce type permettrait aux Américains de se protéger en cas d’attaque, et aurait un effet dissuasif sur les criminels : les cambrioleurs, par exemple, réfléchiraient à deux fois avant de s’introduire dans une maison dont le propriétaire a potentiellement une arme à feu.

Un autre argument des personnes en faveur des armes à feu est le suivant : si une mesure venait restreindre l’accès à de telles armes, seules les honnêtes gens s’y soumettraient. Elles seraient donc particulièrement vulnérables aux attaques de criminels armés. Il n’y a pas de raison, toutefois, que ces arguments fassent plus école aux Etats-Unis qu’ailleurs.

Des arguments juridiques et politiques

L’insuccès des tentatives de restreindre l’accès aux armes à feu aux Etats-Unis s’explique en premier lieu par un appui légal solide, le 2nd amendement : « une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Le droit de posséder une arme à feu est donc inscrit dans la Constitution, depuis la ratification de la déclaration des droits en 1791. C’est là un argument de poids pour les défenseurs du droit à un accès facile aux armes à feu, traditionnellement républicains. C’est ainsi que dans la série A la maison blanche, la républicaine Ainsley Hayes souligne ironiquement que ses collègues démocrates sont en faveur de tous les droits protégés par la déclaration des droits – sauf un, le droit de porter des armes.

Cette interprétation du 2nd amendement, qui protégerait le droit de chacun de porter une arme, a été validée par la Cour suprême en 2008, lors de l’affaire District of Columbia v. Heller. C’est la première fois que la première cour fédérale s’est prononcée sur la question. Le jugement rendu a établi que le 2nd amendement protégeait bien le droit individuel à la possession d’arme à feu, et pas seulement le droit des milices.

Avant cette affaire, de nombreuses lois facilitant ou restreignant l’accès aux armes à feu ont été votées aux Etats-Unis, trahissant le manque de consensus sur ce sujet. Dans les années 1960, une série d’assassinats (Robert Kennedy, Martin Luther King Jr.) et un climat de violence généralisé ont été à l’origine du Gun Control Act en 1968, un texte de loi qui venait réguler le commerce des armes à feu. Toutefois, en 1986, la loi McClure-Volkmer Act revint sur ces acquis, en limitant par exemple les inspections auxquelles les marchands d’armes à feu étaient soumis. Depuis, des lois ont été votées dans un sens comme dans l’autre, sans jamais toutefois vraiment remettre en cause le « droit de porter des armes ».

L’argument selon lequel le port d’arme, par son caractère dissuasif, permet de réduire la criminalité aux États-Unis a également joué un rôle dans certaines lois passées à l’échelle d’états. Ainsi, la loi permettant aux Texans qui en reçoivent l’autorisation de porter une arme sur eux en 1995 fut votée en conséquence directe du massacre à Luby’s Cafeteria au Texas en 1991. Une fille dont le père et la mère avaient été tués au cours du massacre fit en effet campagne pour cette mesure en soulignant que la loi l’obligeant à laisser son arme dans la voiture l’avait empêchée ce jour-là de se défendre et de défendre sa famille. Une étude publiée en 1996 par John Lott et David Mustard, spécialistes de droit à l’Université de Chicago, soutient ainsi que les lois votées dans certains états autorisant le port d’arme sur soi ont permis de réduire le taux de violence criminelle. Il s’appuie en particulier sur l’exemple de la Floride, dont le taux de criminalité aurait baissé de façon spectaculaire depuis le vote de ces lois en 1987.

Un autre argument explique qu’il soit difficile de restreindre l’accès aux armes à feu aux Etats-Unis : la puissance de la National Rifle Association (NRA, l’association nationale des amateurs d’armes à feu). Les projets de loi dont l’objectif est de réduire la violence criminelle aux Etats-Unis sont très rarement votés, en grande partie parce que des groupes de pression comme la NRA et l’association Gun Owners of America (GOA, association des possesseurs d’arme à feu aux Etats-Unis), aidés par d’autres groupes de taille plus modeste, dépensent des sommes considérables chaque année en actions de lobbying. Le budget annuel de la NRA dépasse les 300 millions de dollars. Comme tout groupe de pression, l’idée est à grands traits qu’ils financent les campagnes de certains candidats à la Chambre des représentants ou au Sénat, qui leur sont ensuite redevables. Les élus peuvent également courtiser leur soutien pour éviter qu’ils ne financent les campagnes de candidats adverses. C’est ainsi que la loi sur la sécurité sociale de 2010 inclut une disposition discrète spécifiant que les compagnies d’assurance n’ont pas le droit de faire payer leurs polices plus cher aux possesseurs d’armes à feu.

La Conquête de l’Ouest

Des groupes comme la NRA et la GOA axent leur argumentaire sur l’idée que la possession d’armes à feu est inscrite dans la culture américaine, pour plusieurs raisons : les Américains ont toujours dû se défendre contre des ennemis qui menacent leur avenir. Ils ne comptent que sur eux-mêmes et pas sur leur gouvernement. Ils n’autorisent personne à restreindre leurs libertés. L’idée centrale est qu’il faut se défendre à la fois contre l’ennemi extérieur et contre l’ennemi qui menace à l’intérieur même du pays.

Pour que les Etats-Unis deviennent les Etats-Unis, il a d’abord fallu conquérir le territoire en acquérant l’indépendance vis-à-vis des Anglais, puis en le protégeant de la tyrannie. Les pères fondateurs, en établissant un système de contre-pouvoirs dont l’objectif était d’empêcher l’émergence d’une des trois branches du pouvoir par rapport aux deux autres, avaient à l’esprit de protéger les libertés individuelles. Les Américains ont gardé une certaine méfiance à l’égard du gouvernement, dont les droits sur le peuple sont facilement remis en cause. Le 2nd amendement avait ainsi pour objectif de donner la possibilité aux citoyens de renverser, par les armes s’il le fallait, un gouvernement qui deviendrait trop tyrannique. Si aucun gouvernement n’a dans les faits été renversé, on peut remarque que pas moins de quatre présidents sont morts assassinés par une arme à feu, dont Abraham Lincoln et John F. Kennedy.

Les armes à feu sont donc liées à l’histoire politique américaine. Elles sont également liées à l’histoire de l’acquisition du territoire. Longtemps, il ne s’est en effet pas agi pour les Etats-Unis de défendre ses frontières, mais bien de les conquérir. Le mythe de la Conquête de l’Ouest,  mis au goût du jour par les westerns, popularisé par John Wayne et Gary Cooper, repose bien sur l’idée d’acquérir et de défendre ses terres en jouant de son arme à feu. Dans l’imaginaire américain, le Wild West, l’Ouest sauvage, était un endroit violent et dangereux dominé par les armes à feu ; l’attachement des Américains à ces armes serait l’héritage de cette frontière toujours repoussée. Alors qu’en Angleterre, par exemple, on se défend par coups de poing, aux Etats-Unis, on se défend avec une arme.

Enfin, les armes à feu sont liées à une histoire de défense du pays face aux attaques qu’il pourrait subir. Certains argumentent que les Etats-Unis se sont construits sur l’idée du « nous contre eux », « eux » représentant d’abord les Anglais, puis d’autres ennemis contre lesquels le pays a dû défendre son nouveau territoire, comme le Mexique suite à l’annexion du Texas en 1845. En suivant cette logique, l’attachement aux armes à feu serait né de la nécessité de pouvoir défendre le pays, au cas où celui-ci serait attaqué par une puissance étrangère.

D’une certaine manière, il est donc vrai que l’histoire des Etats-Unis, dans la mesure où c’est un pays jeune, est liée de près à celle des armes à feu. Celles-ci devaient aider à protéger une certaine idée de la liberté : liberté du peuple contre la tyrannie, liberté des Américains contre l’ennemi étranger. Une certaine idée de l’égalité également, comme le résume le dicton suivant : « Dieu a créé les hommes. Le Colonel Colt les a rendus égaux ».

Pourquoi le Super Bowl est-il un évènement si important ?

Lorsque le premier Super Bowl eut lieu en 1966, l’évènement passa relativement inaperçu. Aujourd’hui, c’est quasiment une fête nationale aux Etats-Unis. Il s’agit en effet du programme télévisé le plus regardé de l’année, puisqu’il a attiré cette année plus de 111 millions de téléspectateurs américains (soit plus d’un tiers de la population). C’est également le jour de l’année où les Américains consomment le plus de nourriture, après Thanksgiving. En effet, le dimanche du Super Bowl est l’occasion pour beaucoup d’Américains de se réunir, en famille ou entre amis, de manger de grands plateaux de nourriture accompagnés de bière (de 4 à 6 % des actifs américains sont d’ailleurs absents ou en retard le lendemain à leur travail, selon les études).

Dans les années 1960, pourtant, le football américain, loin d’être grand public, n’intéressait qu’une poignée de fans. C’est à cette période là qu’une nouvelle ligue, l’AFL (American Football League) vint concurrencer la NFL (National Football League), qui existait depuis  1920. L’AFL vint moderniser le football américain – elle s’illustra notamment en acceptant les joueurs noir-américains. C’est en outre avec l’AFL que les noms des joueurs apparurent au dos des maillots, ce qui les rendit plus identifiables, et donc plus proches, plus accessibles qu’une équipe prise dans son ensemble. En 1965, deux évènements contribuèrent à faire de l’AFL une menace sérieuse pour la NFL. D’une part, cette ligue signa un contrat avec le chaine de télévision NBC ; d’autre part, l’équipe des Jets de Baltimore engagea le quarterback Joe Namath pour la somme alors énorme de 427 000 dollars.

Pour éviter l’escalade du prix des joueurs, conséquence de la nouvelle concurrence entre les deux ligues, le président de l’équipe des Dallas Cowboys (Tex Schramm)  proposa un accord à l’AFL en 1966. Il n’y aurait désormais qu’un seule ligue de 24 équipes, mais il continuerait à y avoir deux tournois distincts : celui de la National Football Conference, et celui de l’American Football Conference.  A l’issue de ces deux sélections, les vainqueurs s’affronteraient au cours de l’ultime finale : le Super Bowl. Si les premières finales s’appelaient officiellement AFL-NFL Championship Game, le terme de Super Bowl devint vite le nom officiel. C’est en effet le surnom que lui donnait le propriétaire des Kansas City Chiefs : il était influencé par le nom Super Ball, une balle rebondissante avec laquelle jouaient ses enfants, et le terme Bowl était déjà couramment utilisé pour les finales de football américain, en référence à la forme de la coupe.

Ce n’est qu’à la fin des années 1970/début des années 1980 que le Super Bowl devint un évènement grand  public. C’est en effet à ce moment là que se développèrent deux attraits supplémentaires : les publicités et le concert à la mi-temps. Football, publicités et concert ont fait du Super Bowl ce qu’il est aujourd’hui. Le tout saupoudré de patriotisme : les Dallas Cowboys sont par exemple universellement surnommés « l’équipe de l’Amérique » depuis un spot publicitaire daté de 1978.

 

1982 : Diana Ross chante l’hymne national

Les premiers concerts de mi-temps du Super Bowl étaient très bon enfant. Il s’agissait souvent de fanfares peu connues, avec parfois une touche de patriotisme : en 1976, Up With People chantèrent America, America pour le bicentenaire du pays. Mais petit à petit, les stars commencèrent à faire leur apparition sur la scène du Super Bowl. Diana Ross fut l’une des précurseuses de ce mouvement lorsqu’elle y chanta l’hymne national en 1982 ; depuis, les chanteurs connus qui sont venus faire un concert ou simplement chanter l’hymne national se sont succédés. En 1993, Michael Jackson, qui vint chanter Billy Jean, Black or White, et quelques autres titres, contribua à faire de la mi-temps un évènement spectaculaire. Les célébrités comme Whitney Houston, Britney Spears ou Madonna ont désormais remplacé les fanfares. Sans parler du sein nu de Janet Jackson, véritable succès d’audience en 2004… (elle a parlé de « dysfonctionnement de sa garde-robe » pour expliquer l’incident).

Les spectacles de la mi-temps sont en outre un moment d’unité du pays en cas de crise nationale. Ainsi, en 2002, U2 chanta Where the Streets Have No Name pendant que les noms des victimes du 11 septembre défilaient sur grand écran. C’est U2 également, accompagné de Greenday, qui chanta  The Saints are Coming en 2006, pendant un des matchs du tournoi à la Nouvelle-Orléans (ce n’était toutefois pas le Super Bowl). Cette chanson est une référence à l’équipe de football américain de cette ville (les Saints) et à l’ouragan Katrina : le clip de cette chanson  invente un redéploiement des troupes américaines en Irak en Louisiane, pour venir en aide aux victimes.

1984 won’t be like 1984

Mais le Super Bowl, c’est également les publicités. Il s’agit d’un enjeu énorme pour les entreprises, qui peuvent payer plus de 3 millions de dollars pour un spot de 30 secondes pendant le Super Bowl. Etant donné la visibilité que donne l’évènement, beaucoup d’entreprises en profitent pour diffuser pour la première fois une nouvelle publicité, pour laquelle des trésors d’inventivité sont déployés. Les pubs deviennent presque des courts-métrages, des spectacles qui attirent autant l’attention que le spectacle de mi-temps ou que le match lui-même.

La publicité qui a lancé cette tendance est sûrement celle d’Apple en 1984 ; mise en scène par Ridley Scott, elle fait référence au 1984 d’Orwell. La publicité suscita un intérêt d’autant plus marqué qu’elle ne fut jamais diffusée à la télévision en dehors de cet unique passage pendant le Super Bowl. Depuis, bien d’autres publicités ont su faire parler d’elles, comme bien sûr celle de Budweiser, mais aussi celle de McDonalds ou de Nike.

Le Super Bowl est donc devenu le Super Bowl dans les années 1980, en raison de la convergence de plusieurs facteurs – concerts de mi-temps et publicités – qui ont contribué à faire d’un simple match un spectacle pour l’Amérique toute entière. Notons en outre que le Super Bowl de 1985 opposa les équipes de Miami et de San Francisco, et que l’année d’après les New York Giants affrontèrent l’équipe de Denver. En l’espace de deux ans, quatre régions géographiques distinctes furent donc représentés au Super Bowl, ce qui contribua à donner à l’évènement la portée nationale qu’il a définitivement acquise aujourd’hui.

Pourquoi les Etats-Unis fêtent-ils Thanksgiving ? Shopping, famille, patriotisme

Thanksgiving est un jour férié aux États-Unis, qui tombe chaque année le 4ème jeudi du mois de novembre, soit, cette année, le 24 novembre. Traditionnellement, on y mange bien et abondamment : une dinde farcie, de la purée, des patates douces, du pain de maïs, de la sauce aux airelles (on en voit dans l’épisode de Friends où Chandler est si fier de sa cranberry sauce), des tartes de toutes sortes. Le repas commence en début d’après-midi et se poursuit toute la journée, en famille. Mais que fête-t-on, au juste, à Thanksgiving ?

Cette fête, contrairement à la plupart des jours fériés en Europe, n’est pas une fête religieuse ; alors que les traditions de Thanksgiving sont si proches des traditions de Noël, la date n’est pas issue du calendrier chrétien, même si « Thanksgiving » signifie « action de grâces ».

Cette célébration est issue des fêtes de moissons européennes, qui avaient lieu tous les ans à l’automne. L’histoire veut que le premier Thanksgiving du Nouveau Monde ait permis de fêter l’arrivée des colons au début du XVIIe siècle, et le premier repas partagé avec les Indiens d’Amérique, qui leur avaient fait découvrir le maïs et la dinde. Cette fête est petit à petit devenue rituelle.

Paul Krugman – avec ironie – rappelle tout ce que Thanksgiving a d’anti-américain. Partage de nourriture entre tous : communisme ! Premiers européens à arriver en Amérique : immigrants clandestins ! Mais quoi qu’il en dise, au XIXe siècle, cette fête devient un symbole de l’unité américaine : ce n’est qu’en 1863 qu’une date officielle a été établie pour Thanksgiving à l’échelle du pays, alors qu’Abraham Lincoln tentait d’établir un sentiment américain d’appartenance pour rapprocher les États du Nord et les États du Sud (ça n’a pas suffi. La Guerre de Sécession a duré jusqu’en 1865.)

Une tradition plus récente de Thanksgiving est le Black Friday. Thanksgiving tombe toujours un jeudi, et le lendemain, tout le monde fait le pont. Si tous les magasins sont fermés le jour de Thanksgiving, ils ouvrent tous le vendredi qui suit : c’est donc ce jour-là que tous les Américains font leurs courses de Noël. Beaucoup de magasins ouvrent leur porte à des heures très matinales (4 ou 5h du matin, voire de plus en plus à minuit, ou la veille au soir), ferment très tard, et proposent des soldes pour lancer la saison. Il s’agit généralement du jour dans l’année au cours desquels les magasins enregistrent leur plus gros chiffre d’affaires.

[box]Pour en savoir plus : Paul Krugman, « Thanksgiving is Un-American », krugman.blogs.nytimes.com. 22 novembre 2011.[/box]