2012 INTERNATIONAL POLITIQUE

Le Parti Républicain a-t-il besoin des Latinos?

Joe the plumber” était la star du cycle électoral de 2008, “José the voter” sera-t-il celle de 2010 et 2012 ? Mettons en perspective l’élection de Barack Obama et la nomination de Sonia Sotomayor.
Les deux tiers de la population hispanique ont voté pour Barack Obama le 4 novembre 2008.  Cette population est appelée à être multipliée par 2,5 en 2050, représentant 45% des américains au lieu de 16% aujourd’hui. Le premier membre de cette minorité à être nommé à la Cour Suprême, Sonia Sotomayor, aura âprement été combattu par le Parti Républicain, qui confiera à la question raciale un rôle central dans son opposition.
Il ne fallait pas attendre l’absurde arrestation d’un universitaire pompeux et les simagrées houbloneuses qui en découlèrent pour se rendre compte que les États-Unis n’étaient pas entrés dans l’ère “post-raciale”, quoi que ce terme passe-partout veuille bien signifier. Malgré George W. Bush, Sarah Palin, l’économie, la guerre, les Républicains ont dépassé de 12 points Barack Obama parmi l’électorat blanc.

La question qui se pose est : sur cette assise électorale, le Parti Républicain peut-il reprendre le pouvoir en se passant des latinos ?

La population latino aux US

La population latino aux US© Center for American Progress, americanprogress.org

La population hispanique atteint aujourd’hui 15,1% (46 millions) de la population totale, soit une progression de 30% depuis 2000. Il s’agit d’un électorat plus mobile que les africains-américains, qui votent années après années à plus de 80% pour le Parti Démocrate : il n’a en effet pas voté d’un seul homme pour le parti de l’âne.

George W. Bush avait su réduire l’écart d’avec les démocrates et attirer dans le giron du Parti Républicain un nombre grandissant de latinos, fervents dévots et conservateurs en matière de moeurs, au début de son premier mandat. Il confiera plusieurs postes prestigieux de l’administration à des Latinos : Alberto Gonzales (Justice), Mel Martinez (Logement), Guitterez (Commerce). Lors des élections de mi-mandat de 2006, la tendance s’inversait, favorisée par un double facteur, l’un étant l’accroissement démographique, et l’autre la politisation de la population immigrée. Il y avait plus de latinos, et ceux-ci commençaient à voter en masse.

Le divorce d’avec le Grand Old Party s’est opéré dès 2004 et la mise en oeuvre d’une des promesses de campagne de George W. Bush : la réforme de l’immigration. Des publicités télévisées inondaient les chaînes locales de télévision, comparant les sans-papiers mexicains aux terroristes islamistes. La Chambre des Représentants promulgua le “Border Protection, Antiterrorism, and Illegal Immigration Act of 2005”, (Protection des Frontières, Antiterrorisme et Immigration Illégale), dit “Sensenbrenner Bill” du nom du Représentant à son initiative dans la chambre basse. La loi criminalisait les sans-papiers, instaurait un délit de solidarité (qu’en pense Eric Besson ?) et systématisait les expulsions.

Manifestation à Chicago en 2006

Manifestation à Chicago en 2006© http://www.flickr.com/photos/chicagoceli/

La réaction de la communauté latino et dans une plus moindre mesure de la Gauche ne se fit pas attendre. Les Etats-Unis connurent leur plus grandes manifestations de la décennie : 500 000 personnes à Los Angeles, 350 000 à Dallas ou Chicago début 2006.

À cette rupture politique s’ajoute une crise sociale : 34% des latinos aujourd’hui  n’ont pas de couverture sociale et 20% d’entre eux sont considérés comme pauvres.

Arrivèrent les midterms qui marqueront le retour des Démocrates aux commandes de la Chambre des Représentants ainsi que le vote sanction des latinos envers l’administration Bush. Vote sanction qui s’installera en tendance de fond.

En effet, l’élection présidentielle de 2008 a été marquée par la forte participation des latinos. qui comme nous l’avons dit, ont favorisé Obama dans un rapport de 2 contre 1. À titre de comparaison, The Nation rappelle qu’en 2004 le Nouveau-Mexique, le Nevada et le Colorado remportés par George W. Bush sur le fil du rasoir, l’ont été largement par Barack Obama en 2008. La population hispanique de ces États varie de 30 à 44% . Trois États et seulement 19 grands électeurs qui auraient assurés une victoire à John Kerry…

Toutefois, les latinos n’ont mathématiquement fait la différence dans 3 États : le Nouveau Mexique où 44% des électeurs sont hispaniques mais aussi… en Caroline du  Nord et en Indiana ! Deux États où les latinos représentent respectivement 1,9 et 2,4% du corps électoral. Obama a perdu l’électorat blanc d’une si fine marge que le vote latino a fait basculer l’État. Indiana, État dont le Sénateur Républicain a voté pour la confirmation de Sonia Sotomayor.

Cet électorat n’est pas captif et pour le garder Barack Obama se doit de réussir dans ses réformes pour répondre aux attentes sociales et endiguer les inégalités croissantes entre latinos et blancs. Le GOP s’attache en tout cas à démolir le projet de réforme du système de santé jour après jour et le crime pourrait bien lui profiter.

Le Parti Républicain s’est toutefois opposé rudement à Sonia Sotomayor lors de son processus de nomination. Étrangement, suite aux aboiements de Rush Limbaugh, le GOP a commencé par jouer la carte raciale dans son opposition. Une de ses déclarations comme quoi être une femme latino issue des banlieues lui conférait plus d’expérience qu’un riche homme blanc, l’ancien Speaker of the House Newt Gingrich ainsi que plusieurs parlementaires ont taxé Sotomayor de “raciste” avant de rétro-pédaler.

Examinons le résultat du vote de confirmation de Sonia Sotomayor. Neuf républicains sur quarante ont voté en faveur de Sonia Sotomayor. Impossible de faire émerger un clivage géographique et racial sur cette question comme le montre le graphique ci-dessous.

Le cas du Sénateur John Cornyn (oui, Big John lui-même), membre du Comité Judiciaire du Sénat et ancien juge à la Cour Suprême du Texas (implacable en matière de peine capitale), est emblématique. Il fut un des opposants les plus durs à Sonia Sotomayor malgré la forte population hispanique du Texas (36%). D’autres critères apparaissent plus pertinent pour analyser ce scrutin. L’’idéologie par exemple : les Sénateurs considérés les plus modérés du Parti Républicain ont voté pour Sotomayor, notamment ceux de la Nouvelle Angleterre, de l’Ohio. Une déologie plus conservatrice qui va de paire, comme le montre 538.com, avec la note attribuée par la National Rifle Association (le lobby pro-armes) à chaque Sénateur.

5 des 6 sénateurs qui n’ont pas eu les notes maximales (A+ et A) ont voté pour Sonia Sotomayor. La NRA, manne financière pour les candidats, s’était émue de la nomination de Sotomayor, menaçant les Républicains rompant la discipline de vote. Comme quoi, ceux qui l’on fait n’avaient pas grand chose à perdre de toutes façons…

De plus, le vote de confirmation d’un nominé à la Cour Suprême est hautement symbolique constitue dans la culture politique américaine un “litmus test”, soit un test “papier Ph” sur une question précise, témoin du placement gauche-droite sur l’axe politique. Chaque candidat démocrate à la Présidence en 2008 a passé beaucoup de temps à rappeler – par exemple – son opposition d’alors à l’actuel Chief Justice, John G. Roberts. L’ultra-conservateur Clarence Thomas, croque-mitaine de la Gauche, l’avait été en son temps.

Difficile de conclure comme l’ont fait certains que les origines de Sonia Sotomayor aient influencé dans un sens ou dans l’autre les votes de la minorité au Sénat, tout comme il est difficile d’estimer quel en sera le prix politique pour les Républicains.

Récapitulons ainsi. Les hispaniques votent plus et démocrates, sans être encore une force politique pivot ; le Parti Républicain ne semble plus enclin à courtiser cet électorat ; voyons maintenant si les États qu’ils assurent aux Démocrates sont synonymes de longues années de règne à Washington pour ces derniers. Il ne faut pas vendre la tortilla du burrito avant de l’avoir garnie.

Nate Silver, de 538.com fournit une intéressante analyse dans son article “Opération Gringo”. Silver rappelle qu’il manquait 91 grands électeurs à John McCain pour devenir Président. Même en considérant des États à forte population latino jadis Républicains perdus pour de bon, comme le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Colorado, voire le home state de McCain l’Arizona, il reste nombre d’États où le GOP peut faire le plein. Les États que nous avons évoqués, Indiana, Caroline,  peuvent basculer, tout comme les États ouvriers de la Rust Belt jusqu’aux Appalaches. La Floride est loin d’être acquise. État latino s’il en est me direz-vous ? Certes, mais cubains d’origine et répartis à 50-50 lors de la dernière élection. Leur vote dépendra en grande partie de la façon dont Obama gérera le dossier Castro. Si les cubain-américains semblent satisfaits des mesures assouplissant les contacts ou les virement d’argent vers l’Île, ils le sont beaucoup moins de la politique de détente vis-à-vis du régime. Avec un retour aux stratégies de campagne chères à Karl Rove ciblant le coeur de l’électorat républicain, les électeurs blancs et des zones démographiques précises, le Parti Républicain n’a pas dit son dernier mot. Nate Silver propose ainsi des cartes et des scénarios de victoire tout aussi intéressants qu’incongrus.

Pondérons tout de même les prédictions de la mathématique électorale et imaginons une fracture plus nette entre GOP et latinos: si l’on prend comme l’a fait 538.com les résultats de 2008, que l’on incrémente de 20% la population latino et que l’on transfert la moitié des électeurs latinos de McCain au Parti Démocrate, des États comme le… Texas sont en jeu pour les Démocrates. Ce serait alors une toute autre carte électorale que nous regarderions, même si en politique il est déconseillé de trop faire briller la boule de cristal.

Que les Républicains le veuillent ou non, le vote latino sera définitivement un facteur sur lequel garder un oeil, notamment dans les prochaines élections de 2010, que nous aurons tout le loisir de détailler dans un prochain article.

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