POLITIQUE

Le Marcheur d’Independance Avenue – Ouverture du Mémorial Martin Luther King

Le Mémorial Martin Luther King a ouvert au public le 22 aout 2011, à Washington DC. L’inauguration aurait du avoir lieu le jour du 48ème anniversaire du discours le plus connu du Dr. King, sur les marches du Mémorial Lincoln. La tempête Irene en ayant décidé autrement, Barack Obama a inauguré le mémorial le 16 octobre dernier.

Le Président des États-Unis a rendu hommage à l’œuvre du pasteur de Montgomery, en reconnaissant que « dans trop de quartiers en difficultés à travers le pays, les conditions de vie de nos concitoyens les plus pauvres ont très peu changé par rapport à ce qui existait il y a 50 ans […] Il avait confiance en nous … et c’est pourquoi il a sa place sur ce Mall: parce qu’il a perçu ce que nous pourrions devenir. »

D’ un montant de 120 millions de dollars, il se situe sur le National Mall, quasiment à équidistance du Jefferson Memorial, au delà du bassin Tidal, et du Lincoln Memorial. Le mémorial se place d’emblée au même niveau que ses illustres voisins. Le visiteur n’a pas l’impression de traverser une place de nature différente, un mémorial anecdotique. La statue de King mesure même 9,15 m (30 feet), dépassant les 6 m (19 feet, 6 inches) des statues de Thomas Jefferson et d’Abraham Lincoln. L’homme est taillée de la même façon que les pères fondateurs de la Nation américaine et les anciens Présidents. Les trois monuments sont alignés, créant une « ligne du leadership » visuelle.

En plus de la statue, le Mémorial se compose d’un long mur, où sont regroupées les citations du pasteur, d’une boutique et d’environ 200 cerisiers. Le fruit représente symboliquement le lien entre différentes composantes d’une même société.

L’ouverture d’un tel lieu est un évènement historique.

C’est le premier monument du National Mall qui célèbre une figure afro-américaine. C’est aussi le premier qui met en avant le prix Nobel de la Paix de 1964, un homme qui n’a pas été Président des États-Unis.
La statue de Luther King fixe le petit temple qui abrite celle de Thomas Jefferson. C’est une référence intentionnelle à la façon dont le pasteur considérait la Déclaration d’Indépendance, dans un discours en 1963, comme une « note pleine de promesses » à partir de laquelle « l’Amérique a failli…dans la mesure où ses citoyens de couleur sont concernés. »
Sur un côté de la statue, on peut lire le message gravé : « Out of the Mountain of Despair, a stone of Hope ». [de la Montagne du Désespoir, une pierre d’Espoir].

Ces mots sont extraits du fameux discours I Have a Dream:

« Avec cette confiance, nous serons capable d’extraire, de la montagne du désespoir, une pierre d’espoir. »¹

Afin de filer cette métaphore, on pénètre dans le mémorial en passant à travers deux immenses pierres qui symbolisent la « montagne du désespoir ». La « pierre de l’espoir » se tient plus en avant, extraite du reste minéral, au sein de laquelle la statue de Martin Luther King émerge.

Le plus célèbre des activistes en faveur des droits civiques n’a jamais été, de son vivant, une figure consensuelle. Son mémorial est lui aussi source de diverses polémiques.
L’homme de granite affiche un visage grave, pensif, déterminé. La Commission américaine des Beaux Arts avait précédemment insisté pour que la statue n’offre pas une figure agressive, et elle s’était au passage émue du « style réalisme-social » du projet. Mais le visage a finalement été approuvé par la famille King.

Sur le versant nord, on découvre l’inscription « I was a drum major for Justice, Peace and Righteousness ». [Je fus tambour-major pour la Justice, la Paix et la Vertu]

Cette assertion est en fait un raccourci des propos de King, ce qui ne plaît pas à tous.
En février 1968, à l’attention des fidèles de l’Ebenezer Baptist Church à Atlanta, Martin Luther King déclarait exactement:

Si vous souhaitez dire que je fus tambour-major, disons que je le fus pour la Justice. Disons que je fus tambour-major pour la Paix. Je fus tambour-major pour la vertu. Et toutes les autres choses superficielles ne compteront pas. »²

Certains, à l’instar de Maya Angelou, écrivaine et figure importante du mouvement des droits civiques, n’hésitent pas à critiquer l’inscription, car elle ferait passer le Dr. King pour un idiot insolent (« arrogant twit »). Selon elle, il était tout sauf ça, « un homme bien trop profond pour que ces quatre mots puisse s’appliquer. »

La question de la couleur de la statue a aussi beaucoup fait débat. La pierre, donc la « peau » de la statue, est pâle, légèrement rosée. Le mémorial tend donc à délaisser les thématiques raciales et conflictuelles pour proposer une figure apaisée, consensuelle, le visage d’une Nation réconciliée.

Mais c’est la nationalité du sculpteur qui fait le plus réagir.
Lei Yixin, artiste chinois, a en effet été choisi pour réaliser la statue, en coopération avec ROMA Design Group, société américaine en charge de la conception du parc. Avant cette statue, Yixin a créé plusieurs représentations héroïques de Mao Zedong. Il n’en fallait pas plus pour que nombre de contempteurs dénoncent le détournement du message d’émancipation de Martin Luther King, et le coup de communication à peu de frais du gouvernement chinois. L’antenne californienne de la NAACP a par exemple adopté en 2007 une résolution condamnant le choix, par la fondation en charge du projet, d’un artiste d’État chinois, dénonçant une « sous-traitance de la production du monument auprès de la République Populaire de Chine, ce qui est un affront à l’idéal de dignité humaine. »
Ajouter à cela une construction faite en Chine, pour des raisons  pratiques (disponibilité et prix de la matière première), difficile de ne pas lire « made in China » en petits caractères aux pieds de la statue. Certains exploitants de carrières minières aux États-Unis mettent aussi en avant le nombre d’emplois qui auraient pu être créés par une telle commande, dans un secteur économique déjà en grande difficulté.
Harry Johnson, le directeur de la fondation pour le Mémorial rejette ces attaques en paraphrasant les mots du Dr. King ; on ne devrait pas juger une personne selon la couleur de sa peau mais selon le fond de son caractère.

Visite virtuelle:

Sur le site du Washington Post.

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¹“With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope.” Traduction de l’auteur.

² “If you want to say that I was a drum major, say that I was a drum major for justice. Say that I was a drum major for peace. I was a drum major for righteousness. And all of the other shallow things will not matter.” Traduction de l’auteur.

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