La toile d’Arianna

The Huffington Post lancera en novembre prochain sa version française, en partenariat avec Le Monde. La France sera le premier pays à accueillir une version non-anglophone du site d’informations, avant des déclinaisons prochaines en Europe.A Paris, Mme Huffington a été accueillie telle une rock-star, gratifiant au passage les étudiants du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) de ses réflexions lors de la leçon inaugurale, intitulée Le journalisme selon Arianna. Peu connue en France, Arianna Stassinopoulos Huffington est devenue une imposante figure médiatique aux Etats-Unis, à la fois très écoutée et très controversée.

Son entreprise repose essentiellement sur sa personne. Véritable ambassadrice du site, elle enchaine interventions dans des talk-shows, remarques sur l’actualité sur les chaînes d’info en continu, et publications de livres (essais politiques, manuels de connaissance de soi, biographies de Maria Callas ou Pablo Picasso…).

Femme d’affaire plutôt que journaliste, ses talents ont permis au HuffPost, depuis son lancement en 2005, de devenir l’un des sites web les plus fréquentés au monde, et le premier site américain d’informations en ligne en terme d’audiences.

The Huffington Post n’est pas un journal numérique, mais une plateforme regroupant une multitude d’articles, qui repose sur une équipe de 1500 journalistes, quelques contributions de célébrités (Colin Powell, Jesse Jackson, Alec Baldwin, Scarlet Johansson…et BHL), et une armée de 9 000 blogueurs bénévoles. Certains d’entre eux ont d’ailleurs souhaité que leurs contributions soient reconnues, en réclamant 105 millions de dollars au site. Ils protestent contre le rachat, en février dernier, du Huffington Post par AOL pour 315 millions de dollars. Arianna Huffington a depuis conservé sa position de Présidente et d’éditrice en chef.

Le parcours professionnel de la ‘Reine des nouveaux médias’ dénote. Elle n’est pas diplômée d’une grande école américaine de journalisme ou de commerce, et ne s’est intéressée que tardivement à la l’information en ligne.

Née en 1950 en Grèce, elle fait ses études à Cambridge au Royaume-Uni, avant d’immigrer aux Etats-Unis. Dans sa précédente vie, Arianna était d’abord la femme de Michael Huffington, Représentant Républicain de Californie de 1993 à 1995. Ses idées politiques étaient très conservatrices, anti-Etat, et économiquement libérales.

Dans un entretien au Washingtonian en 1995, elle présentait par exemple des idées à l’opposé de ce qu’elle défend aujourd’hui. Celle qui a publié en 2008 Right is Wrong, était alors responsable de son propre talk-show, Critical Mass, sur la chaîne droitière National Empowerment Television. Dans l’entretien, elle déplore que tous les dirigeants politiques, même Républicains, sont sous l’influence d’une mentalité « New Deal ». Elle fait aussi part de son combat, à travers ses publications, pour la reconnaissance du rôle des individus, des familles comme les seuls capables de résoudre les problèmes du pays, et elle attaque à plusieurs reprises toute idée de « big governement ». Entre deux diners mondains, elle écrit une douzaine de livres. Des soupçons de plagiat entache sa renommée naissante.

Michael et Arianna Huffington divorcent en 1997. Mr Huffington rendra publique sa bisexualité l’année suivante et deviendra un activiste des droits LGBT. En 2003, Arianna Huffington tente de se lancer elle-même en politique, en se déclarant candidate au poste de gouverneur de Californie. Arnold Schwartzenegger met un terme à ses espoirs en remportant l’élection.

Arianna Huffington évolue progressivement vers la gauche et lorgne désormais sur les opportunités de l’information en ligne. Elle déclare que cette passion lui vient de son père, qui dirigeait en Grèce une kyrielle de journaux locaux.

L’idée était alors de créer un contrepoint progressiste au très conservateur Drudge Report. Ses opposants reprochent au site d’être trop « gauchiste », trop populiste, mélangeant information produite par ses propres journalistes et reprises d’articles d’autres médias sans les citer, le tout entre deux ou trois buzz du moment ou photographies de modèles en bikinis.

Bill Keller, du New York Times, a baptisé Mme Huffington de « Reine de l’agrégation ». Il note qu’en Somalie, « on qualifierait cela de piraterie. Dans la sphère médiatique, c’est un modèle économique respecté» tout en dénonçant l’ « American Idol »-isation de l’information.

Arianna Huffington est aussi un des symboles d’une relative féminisation de la présidence des rédactions. Les directrices de journaux ne sont plus aujourd’hui cantonnées à la presse féminine.

Nancy J. Woodhul fut par exemple funding managing editor de USA Today dès 1982, présidente de Gannett News Service & Media et pionnière de la diversité au sein des rédactions.

Jill Abramson est la première femme à prendre la direction du New York Times en 2010.

Tina Brown dirige le site d’information en ligne The Daily Beast / Newsweek. Elle était auparavant éditrice de Vanity Fair et du New Yorker.

Publié par

Vincent Dozol

Vincent Dozol

Journaliste, ancien correspondant pour la presse française à New York (2012-2017). vincent.dozol@bullypulpit.fr

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