2012 POLITIQUE

En attendant le Super Tuesday

A l’occasion de l’accélération des primaires républicaines, Geoffrey Skelley, du Center for Politics de l’Université de Virginie nous livre ses analyses et prévisions.
Le Center for Politics est un institut non-partisan fondé et dirigé par Larry Sabato, auteur de A more Perfect Constitution (Walker & Company, 2007). Il intervient régulièrement sur l’actualité politique dans les média américains. M. Skelley élabore avec M. Sabato les commentaires politiques et pronostiques de la Crystal Ball.

Mardi 28 février, Mitt Romney a remporté les primaires républicaines de l’Arizona et du Michigan. Les résultats sont très serrés dans le Michigan, État particulièrement important pour Mitt Romney.
Même s’il a effectué sa carrière politique dans le Massachusetts, Romney est né et a grandi dans le Michigan. Son père, George W. Romney, fut le gouverneur de l’Etat de 1963 à 1969. Lors de la primaire républicaine de 2008, Romney avait remporté le Michigan de manière nette face à John McCain (38% / 29%).  Début janvier, les sondages donnaient encore Romney largement vainqueur dans le Michigan, devançant de plus de 10 % ses concurrents. Avec la percée de Santorum, la victoire annoncée s’est révélée moins nette. Pour Romney perdre le Michigan aurait été un point noir fragilisant énormément sa campagne. S’il a évité la catastrophe, les résultats ne sont pas vraiment élogieux pour « l’enfant du pays ».

Pour le Center for Politics, la course à investiture va probablement continuer jusqu’à Juin. Romney devrait être le vainqueur en capitalisant sur son nombre de délégués à la convention républicaine qui entérinera la nomination.
On oublie souvent la capacité déterminante de l’establishment républicain (élus nationaux, gouverneurs, attorneys…) à peser sur le résultat final. Les résultats des straw poll, ces votes pour rire de l’été dernier, peuvent différer grandement des résultats des vraies primaires, si l’establishment républicain s’en mêle.
Hors la majorité de l’establishment supporte Romney. Même si les super-délégués du Parti Républicain n’ont pas autant de pouvoir que leurs homologues du Parti Démocrate, ils pèsent beaucoup dans le processus de sélections, et ils supportent dans l’ensemble Mitt Romney. Pas nécessairement parce qu’il ferait un bon président, mais parce qu’il apparait le mieux placé pour battre Obama.

Alors comment expliquer que les résultats soient si serrés dans le Michigan et qu’il y ait une séparation entre les aspirations de l’establishment et les votants républicains ordinaires?
Romney doit faire face à une campagne difficile car le vote anti-Romney est profond et divers. Il a été d’abord incarné par des candidats non-sérieux comme Michele Bachman, puis s’est porté vers la candidature de Rick Perry, qui représentait une alternative sérieuse à Romney. On l’a vu, ce dernier a complètement raté sa campagne, en enchainant les gaffes et annonces ratées, il a du abandonner rapidement. Rick Santorum a en quelque sorte pris la relève des anti-Romney. La « base » du Parti Républicain ne se retrouve pas dans la candidature de Romney. Il est perçu comme trop modéré sur les questions sociales en tant qu’ancien gouverneur du Massachusetts, Etat très modéré. La couverture santé qu’il a mise en place est un crime pour les plus conservateurs du Parti Républicain, d’autant plus qu’Obama s’en est inspiré pour sa propre réforme de l’assurance santé. Santorum semble plus « proche » de ces votants et joue la ligne dure sur les questions sociales. Il met sans cesse en avant son grand père travaillant dans une mine de charbon, en opposition au père de Mitt Romney, ancien porte-parole-lobbyiste de l’Automobile Manufacturer Association. La richesse personnelle de Santorum, réelle, est incomparable à la fortune de Mitt Romney. Ces facteurs fragilisent la candidature Romney pour la nomination, mais leur impact dans l’élection présidentielle de novembre reste inconnu. Romney n’est pas le conservateur que la base du Parti veut, mais ils devront probablement faire avec. Leur rejet du Président Obama sera unificateur.

Les victoires de Romney dans l’Arizona, le Michigan et l’état de Washington samedi dernier rassurent son équipe de campagne à la veille du Super Tuesday, Mardi 6 mars.
10 états [Georgie (76 délégués), Idaho (32), Massachusetts (41), Dakota du Nord (28), Ohio (66), Oklahoma (43), Tennessee (58), Vermont (17), Virginie (49), et Alaska (27)] votent le même jour. Romney devrait récupérer la majorité des délégués à l’issue du scrutin.

L’Ohio est comme toujours au centre des attentions, car « as Ohio goes, so goes the Nation ». Santorum y devançait encore récemment Romney dans les intentions de vote. Si Santorum l’emporte, la candidature de Romney en sera profondément affectée. Santorum devrait gagner les très conservateurs Tennessee et l’Oklahoma sans surprise. Newt Gingrich compte sur sa terre d’élections, la Géorgie, qui l’a propulsé Speaker of the House de 1995 à 1999. Les caucuses de l’Alaska et du Dakota du Nord sont très difficile à prédire.

Nous reviendrons dans un prochain article sur l’importance de la Virginie, un swing state, et de son gouverneur, Robert McDonnel, fervent supporter de Romney et possible candidat pour la Vice-Présidence.

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