CULTURE POLITIQUE

De « Fala » à « Bo », histoire d’une cynophilie présidentielle

Dès son discours de victoire à Chicago, Barack Obama s’y était engagé : ses filles Malia et Sasha auraient droit à leur puppy (chiot) pour égayer leurs soirées à la Maison Blanche. C’est chose faite depuis le 14 avril, avec l’arrivée en fanfare au 1600 Pennsylvania Avenue de Bo, « chien d’eau portugais » offert par Ted Kennedy. Dès la promesse à ses filles, la recherche du canidé idéal a capté l’attention des journalistes américains pendant un semestre. Cette séquence médiatique rappelle d’autres précédents fameux de l’utilisation de l’animal de compagnie dans la communication des chefs d’Etat américain.

Le premier chien présidentiel à être passé à la postérité est un Scottish-terrier répondant au nom de Fala. Fala connaît son quart d’heure de célébrité lors d’un discours prononcé en 1944 par son maître Franklin Roosevelt, discours connu comme le « Fala speech ». FDR répond alors aux nombreuses attaques lancées par ses adversaires républicains. L’une d’entre elles est d’avoir oublié son animal pendant sa tournée dans les îles Aléoutiennes, et fait envoyer aux frais du contribuable un croiseur de la Navy pour aller rechercher le chien négligé. Roosevelt réplique par l’ironie, mettant en scène la blessure de son terrier écossais face à ces attaques (« son âme écossaise était furieuse, il n’a plus jamais été le même depuis »).

S’inspirant du discours de Roosevelt, Richard Nixon mit aussi son chien en avant dans un moment critique de sa vie politique. Alors candidat à la vice-présidence sur le ticket d’ Eisenhower, Nixon est accusé d’avoir touché des sommes indues de la part de ses soutiens de campagne. Il riposte par un discours télévisé regardé par 60 millions d’américains, dans lequel il fait la liste de tous les biens possédés par sa famille. Nixon conclut en mentionnant un cadeau fait à ses deux enfants, un cocker nommé Checker par sa fille Tricia, assurant goguenard, que « malgré tout ce qu’on pourra dire sûr lui, nous comptons le garder ». Ce « Checker speech » rencontra un grand succès, et permit à Nixon de conserver sa place sur le ticket.

Depuis ces deux épisodes, il n’est pas un président qui n’ait exhibé son animal de compagnie. De Taca le Husky de Reagan, à Buddy le labrador de Bill Clinton, le chien devient l’élément indispensable d’une communication basée sur la famille et la proximité avec la Middle America. Le chien comme attribut essentiel des joies simples d’un foyer uni et heureux.

On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’exhibition du chien est préférée à celle d’autres animaux de compagnie (sur les cinq derniers présidents, on recense seulement un chat pour douze chiens). Dans son enquête publiée en 1988, l’ethnologue François Héran remarque que le chat est largement plébiscité par les populations à fort capital culturel (artistes, intellectuels), alors que le chien reste l’animal préféré d’une frange plus large de la population. Dans une logique d’identification, pas de surprise donc que les présidents américains affichent une nette tendance cynophile. Au delà des ces considérations sociologiques et historiques, il y a fort à penser qu’avec son beau poil frisé et son caractère folâtre, Bo ait de grandes chances de représenter un atout séduction pour la présidence Obama.

Journaliste politique. Diplômé de Sciences Po Lyon et du Centre de Formation des Journalistes à Paris.

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