Article publié par Télérama, 29 juin 2017 
Accro à twitter, Donald Trump accepte de moins en moins de se soumettre aux questions des journalistes. Pourquoi garder des points presse à la Maison Blanche alors que le Président qualifie la presse “d’ennemie du peuple” ?

« Les conférences de presse quotidiennes ont aujourd’hui peu à voir avec la mission d’informer depuis la Maison Blanche, et leur valeur diminue chaque année », écrivait déjà le journaliste David Sanger dans une tribune du New York Times en 2006, après sept années à suivre la présidence américaine. Sous l’ère Trump, les relations entre le pouvoir exécutif et les médias n’ont cessé de se dégrader. Et une vidéo tourne désormais sur la toile montrant l’incrédulité et parfois la consternation des journalistes soumis aux points presse de la présidence américaine.

Le candidat Trump a longtemps gardé les journalistes à distance pendant sa campagne, le Président, lui, n’a pas donné de véritable conférence de presse depuis le mois de février. En mai dernier, agacé par l’importance médiatique accordée au limogeage de l’ancien directeur du FBI James Comey, Donald Trump s’est interrogé sur Twitter : « Peut-être que la meilleure chose à faire serait d’annuler toutes les futures “conférences de presse” et de fournir des réponses écrites dans un souci d’exactitude??? » Il réfléchirait à limiter ce qu’il nomme « le spectacle » à une séance par semaine, les journalistes devant soumettre leurs questions écrites en amont. Plutôt que la simple suppression, la Maison Blanche semble avoir choisi une autre méthode : la diminution de la fréquence, de la longueur et de l’importance des contacts avec les journalistes accrédités.

“Sean a grossi”

Ces derniers temps, difficile pour les correspondants d’apercevoir le porte-parole Sean Spicer ou Sarah Huckabee Sanders, son adjointe. Quand ils se présentent devant les micros, ils excellent dans l’art de ne rien dire, reconnaissent régulièrement ne pas avoir d’information sur les sujets évoqués ou conseillent de s’adresser à d’autres interlocuteurs. Impossible de poser des questions sur les enquêtes concernant les liens entre le gouvernement russe et des proches du président. Toutes les demandes doivent dorénavant être envoyées aux avocats privés de Donald Trump. En février, la BBC, The Guardian et CNN ont été interdits de participation à un press gaggle (point de presse informel) autour de Sean Spicer. Depuis le début du mandat, les journalistes de la Maison Blanche ont dû faire de la place à de nouveaux « collègues ». Breitbart News, le site d’extrême droite et plateforme de l’alt-right des suprémacistes blancs, les sites complotistes Infowars d’Alex Jones et The Gateway Pundit ont obtenu une accréditation officielle tandis que Sean Hannity, le commentateur radio d’extrême droite et animateur sur Fox News compte parmi les conseillers officieux du Président. Une nouvelle étape vient d’être franchie le 19 juin : la diffusion télévisée de la conférence de presse du jour a été interdite par la Maison Blanche. Rosie Gray, journaliste à The Atlantic, a demandé au conseiller spécial Stephen Bannon les raisons de cette décision. Sa réponse : « Sean a grossi ».

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Vincent Dozol

Posted by Vincent Dozol

Journaliste, correspondant pour la presse française à New York. vincent.dozol@bullypulpit.fr

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