2012 romney_ryan

Publié le 13 août 2012 | par Arthur de Boutiny

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Il faut sauver le représentant Ryan

Il n’est pas vrai de dire que l’on s’attendait à la nomination du représentant du Wisconsin Paul Ryan comme colistier de Mitt Romney. Beaucoup ne croyaient plus à des choix audacieux de la part d’une campagne très morne. Or, qui est ce nouvel acteur de la campagne présidentielle ?

Qu’est-ce qu’un colistier, d’abord ? La Constitution américaine stipule que le vice-président doit être élu sur le même billet que le président. D’après Joel K. Goldstein, sommité en la matière, le colistier doit être choisi selon six critères : idéologiques, géographiques, expérience, âge, spécialités et religion. Une fois en poste, outre le fait qu’il devra être prêt à succéder au président en toutes circonstances, le vice-président sera le principal négociateur auprès du Congrès, un ambassadeur extraordinaire, un homme de campagne et le successeur probable du président comme candidat, une fois ses deux mandats accomplis.

Paul Ryan est un choix bien plus avisé que Sarah Palin sur bien des points. Certes, son Wisconsin natal ne fait pas partie des États les plus importants du collège électoral, même s’il a souvent défrayé la chronique ces derniers temps. Mais à 42 ans, Paul Ryan a vingt-trois ans de moins que Romney, s’affirmant donc comme un visage plus jeune et un successeur potentiel, lui qui était déjà vu comme candidat républicain probable en 2016 ou 2020. Jugé trop modéré, Romney a fait appel à l’un des hérauts actuels du Parti républicain et du Tea Party, aguerri par quatorze ans passés à la Chambre des représentants. Car si Ryan est devenu une star de la politique américaine, c’est grâce à son cheval de bataille depuis 2009, son « budget Ryan », construit en réponse aux propositions d’Obama, encore rebaptisé « la Route vers la Prospérité », qui prévoit ni plus ni moins de démanteler l’État-providence que les Républicains haïssent comme la peste.

Son histoire le dessert également : Paul Ryan, né dans une famille aisée, découvrit à seize ans le corps sans vie de son père. Il se jura dès lors de se consacrer à l’étude : après avoir été diplomé de l’université de Miami, Ryan partit travailler à Washington comme assistant parlementaire, au service de son mentor et un temps idole des conservateurs, le sénateur Bob Kasten ; il arrondissait ses fins de mois en étant coach dans un club de sport ou comme serveur. Il s’est marié en 2000 avec Janna Little, une avocate en droit des affaires, qui lui a donné trois enfants. Fervent catholique, Paul Ryan crée aussi une curiosité avec le mormon Romney : c’est la première fois dans l’histoire des États-Unis qu’un billet présidentiel est dépourvu de protestants.

Ainsi, avec Paul Ryan, l’accent sera mis pour sûr sur l’économie, principale question de cette élection. Or, cela pourrait bien se retourner contre Romney/Ryan. Les principales mesures du budget Ryan sont la privatisation du Medicare, le remplacement des allocations aux personnes âgées par un système de coupons, et une suppression des taxes progressives sur le revenu et les entreprises au profit d’une augmentation des impôts sur la consommation des ménages moyens. En effet, Ryan n’a jamais caché son admiration pour Ayn Rand, la papesse du libertarianisme et exégète de l’individualisme forcené. Alors que la mode chez les Démocrates est de présenter Romney comme le candidat des très, très riches, ça ne semble pas très bon.

Quant aux qualités de campagne de Paul Ryan, qu’en dire ? L’homme a été réelu par de larges majorités dans le 1er district du Wisconsin, plutôt conservateur, et n’a jamais concouru à un poste plus élevé. De plus, quatorze ans au Congrès, est-ce bien appréciable pour le Tea Party, qui mène la charge contre les politiciens enfermés à Washington ? Car si ses propositions de budget lui ont valu leur sympathie, le représentant aura voté en faveur de la guerre en Iraq et les tentatives de sauvetage des banques en 2008, qui auront encore plus accentué la dette actuelle. Des ombres sur son CV qui devront encore affronter la campagne démocrate et les talents d’orateur de son adversaire, le vice-président Joe Biden.

Quoi qu’il en soit, si Romney perdait, Paul Ryan ne serait pas vice-président, mais concourra forcément dans les primaires républicaines en 2016, en 2020 ou plus tard ; il l’avait déjà en projet, poussé par sa jeunesse et sa popularité, mais à présent il est auréolé du choix aurait été fait par Mitt Romney, l’homme de 2012. Celui-ci vient peut-être de s’ajouter des bâtons dans les roues, mais il aura fait un choix audacieux, en préparant déjà l’avenir. Car Paul Ryan reste un des hommes de demain en Amérique et, pour reprendre le lapsus de Romney lors de son annonce, peut-être « le futur président des États-Unis ».

[box]EN SAVOIR PLUS : Lire ce très dense et passionnant portrait de Paul Ryan par le New Yorker : http://www.newyorker.com/reporting/2012/08/06/120806fa_fact_lizza?currentPage=all[/box]

 

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Un article de :

Etudiant au Centre de Formation des Journalistes à Paris.



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